Les lumières de la ville de Montreuil par Pauline Bureau

Jusqu'au 7 juin. Réservations 01 48 70 48 90.
Après Mathieu Bauer et Bruno Geslin, Pauline Bureau clôt la saison 2 de « Une faille ». Jusqu’au 7 juin. Réservations 01 48 70 48 90.

 

La « Série théâtrale » imaginée par Mathieu Bauer se termine donc. Fin du feuilleton. Happy end même, car à Montreuil – au final – elle est plus belle la vie ! Du moins si chacun sait prendre en main la sienne et s’écouter « du dedans ». Par exemple rester lucide, même plongé par la dépression, et tirer leçons de ce silence qui humanise celui qui fut le bavard et prétentieux directeur de cabinet de la maire avant de prendre une déculottée comme candidat. Il retrouvera vie dans le noir d’un appartement/cage éclairé d’un blafard aquarium. De son côté la médecin acceptera l’amour d’un – homme jeune et non « jeune homme » – qui lui, enfin, retrouvera le fil de sa vie à travers son père trame de son premier film où il découvre « les gens » et non plus seulement les murs de sa cité. C’est Pauline Bureau qui met en scène les deux derniers épisodes et, à mon avis, ils sont parmi les meilleurs, surtout le second. Sont approchés de près comme jamais jusqu’ici l’intimité des personnages, du moins avec davantage d’épaisseur que dans les épisodes précédents. L’Histoire, avec un grand H ou un grand A puisque l’actualité la construit parfois sous nos yeux aveugles, est toujours là mais de manière plus intériorisée dans les corps et les dialogues. L’aventure du « feuilleton » brésilien sur le plateau, des telenovelas au teatronovelas, était un pari risqué. Certains s’interrogent : « est-ce que le public a suivi, avec mémoire suffisante, ce long parcours sur plusieurs années ? » Et si, plus simplement, chaque saison n’avait été qu’un morceau du puzzle de notre vie de proximité dans un Montreuil, ville qui n’échappe pas aux qualités et aux maux du monde dont elle est avec ses habitants, et que l’ensemble nous avait mieux dessiner son/notre présent, son/notre passé et éclairer ses/nos possibles futurs ? Du théâtre quoi !

Nouveau théâtre de Montreuil (CDN) – Salle Maria Casarès / 63, rue Victor Hugo (derrière la mairie), M°9 Mairie de Montreuil.

Montreuil-New-York, les temps de la vie

Life & Times

 

Début du spectacle 14h00… sortie du Nouveau Théâtre de Montreuil… à 00h30, c’est-à-dire le lendemain. C’était  hier, c’était aujourd’hui. En programmant Life and Times de la compagnie new-yorkaise Nature Theater of Oklahoma (Off-Off-Broadway), Mathieu Bauer et son équipe ont réussi leur pari : inviter avec succès les spectateurs à une « intégrale ». Il s’agissait des épisodes 1, 2, 3 et 4 de la comédie musicale créée à partir d’un récit né d’une simple question : « Peux-tu me raconter ta vie ? ».

Les réponses sont là, mot pour mot, avec les nombreux « hum… », les « tu vois… » et autres « genre… ». L’ensemble, rigoureusement assemblé, est posé sur une partition où danse – ou stagne –  la middle class américaine. Durant ces quatre épisodes nous suivons les personnages de la naissance jusqu’à 18 ans, du moins pour ce qui est raconté car le flash-back est aussi utilisé. Surgissent des morceaux de mémoires marqués à l’encre noire des obsessions et des douleurs, des émotions d’émois encore mal contenus et à peine soufflées, des rancoeurs et des jalousies qui raclent durablement la gorge, … ces sommes d’instants qui, les années passant, construisent pour partie nos vies. Avec toutefois une exigence vitale à chaque instant présente : la liberté. Elle chemine, peut tergiverser au gré des contingences et des soumissions aux ordres familiaux et culturels, mais obtenue, elle explose les murs des enfermements et ouvre les horizons. En revanche, en attente ou en perdition, elle fait exploser les individus sur eux-mêmes et ne produit que décombres. Toujours ce seul choix : la vie ou la mort.

Hier donc, plus de dix heures d’affilée avec les comédiens-chanteurs-danseurs… puisque même durant les pauses ce sont eux qui délivraient les sandwichs et épis de maïs grillés lors du barbecue, ou les brownies ainsi que le chocolat chaud final.

Au centre dramatique national (CDN) de Montreuil, c’était tout à la fois le Festival d’Avignon avec cette possible longue immersion dans un univers théâtral, le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine (Vincennes) ou plus proche encore de celui de la Girandole (Montreuil) avec cette convivialité des repas partagés en commun. Trois lieux certes très différents, mais pourtant ouverts à la même famille : celle des spectateurs du théâtre. Une large famille dont Montreuil peut s’enorgueillir * car durant toute la durée de « Life and Times » la salle n’a pas désempli. Kelly Copper et Pavol Liška qui dirigent la compagnie étaient surpris et heureux car, à New-York City, le succès public n’avait pas été aussi important pour l’intégrale. Il convient donc de noter qu’en France, lorsque l’on donne les moyens au public de découvrir tous les théâtres, il se forme, devient de plus en plus curieux, fait ses choix selon ses préférences, mais a aussi soif de nouveautés. C’est le résultat des efforts opiniâtres des artistes et d’une politique d’investissements des pouvoirs publics. Un effort qui doit être commun et régulier pour qu’il devienne un partage sur le fond. Les politiques « en charge » ont la responsabilité – en principe ! – d’en faire l’expérience eux-mêmes afin de mesurer concrètement les bénéfices importants de leurs actions. Pas pour eux… mais ici pour les Montreuillois et, accessoirement (même si ce n’est pas rien), pour le rayonnement de Montreuil.

* Montreuil, outre le CDN (salles Jean-Pierre Vernant et Maria Casarès)  compte sur « ses terres » les salles municipales du Théâtre Berthelot, du théâtre de Lanoue, de celui de la Maison des Roches et, en salles privées, La Girandole, la Fabrique MC11… sans oublier les nombreux metteurs en scène, comédiens et intermittents du spectacle qui en font une grande ville du théâtre.

Les représentations de Life and Times à Montreuil ont été soutenues par le French-American Fund for Comtemporary Theater, un programme de FACE et par l’Office national de diffusion artistique (Onda).

Faille, tunnel… et lumière à Montreuil

Une faille 2

J’évoquais le 6 mai, avant d’avoir vu les deux derniers épisodes (7 et 8) de Une faille, le feuilleton théâtral de Mathieu Bauer, combien les citoyens – en l’occurrence les 21 Montreuillois amateurs qui font choeur – étaient restés jusque là en peu « en retrait ». Pour ce final, ils envahissent la scène. De manière étonnante et onirique puisqu’ils sont d’abord des morts-vivants plus vivants que morts qui hantent l’esprit du directeur de cabinet du maire et l’éveillent au réel en même temps. Puis ils deviendront des sortes de centaures-bisons qui se réapproprient leur territoire où pousseront enfin des roses… pour qui saura les planter. Mathieu Bauer a réussi son final. Car c’est la dernière pour lui qui va passer le relai de son idée à d’autres metteurs en scène invités dès l’année prochaine : Bruno Geslin et Pauline Bureau. « C’est l’occasion d’aborder des thèmes tels que le logement ou la justice sous des angles esthétiques et théâtraux différents. Car contrairement à la télévision, le théâtre propose des formes plus diverses, il prend plus de risques, il est plus vivant et plus inventif. Il n’y a pas une façon de dire un texte, de mettre en scène une pièce, il y en a mille. » Le directeur de notre CDN de Montreuil continuera lui à faire vivre Une Faille lors d’une tournée en France. Ne pas manquer, jusqu’au 7 juin, ces deux derniers épisodes, où une faille et la faillite d’un système économique et politique ouvrent – un peu – un espace de lumière.

Nouveau Théâtre de Montreuil / Centre Dramatique National.

Jusqu’au 7 juin 2013.

Place Jean-Jaurès. 93100 Montreuil. M°9 – station Mairie de Montreuil.

Résumé des épisodes précédents sur www.nouveau-theatre-montreuil.com

Réservation au 01 48 70 48 90

Que nous disent les séries TV ? Réponses au Théâtre de Montreuil…

Les séries télé seront-elles le cinéma de demain ? Mathieu Bauer les a déjà propulsées sur le devant de la scène théâtrale avec sa pièce « Une faille », voir article sur ce blog en date du 5 octobre. Demain, 11 novembre, il nous invite à une après-midi de réflexion, de découverte, d’avant-première et même à une master class ! C’est un partenariat du Nouveau Théâtre de Montreuil, d’Arte et de France-Culture. C’est toute l’après-midi. Comment haïr les dimanches ?