La nouvelle dignité des profs; les cow-boys bourrins du diesel ; une radio Canal+ ; l’acteur, cet homme seul qui peut tout ; la liberté du Floral à Athènes.

Cow-Boys au charbon

Sunday Press / 15

Un enseignement pour explorer les controverses (…) Un enseignement magistral, avec le monsieur ou la dame qui parle devant un amphithéâtre d’étudiants qui prennent des notes en vue de passer un examen, avait peut-être un sens au XXe siècle, il n’en a plus aucun aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que nous avons accès à des données (numériques ou pas) très nombreuses. On peut donc travailler dans la situation inverse, des étudiants tournés vers ces informations avec, derrière eux, un enseignant qui les guide dans leur exploration. A Sciences-Po, nous sommes précisément en train de dessiner une salle de classe qui correspond à cette nouvelle manière de faire : des écrans sur tous les murs, des tables mouvantes qu’on peut réagencer en chaises, et surtout des réseaux pour que les étudiants puissent apprendre à traiter les données controversées. A mon sens, cela redonne une nouvelle dignité au professeur : il n’est plus face à vous, il vous accompagne, vous conseille. Lorsqu’on applique cette pédagogie aux lycées défavorisés-Sciences-Po développe un programme appelé Forccast (formation par la cartographie de controverses à l’analyse des sciences et des techniques) -, on s’aperçoit qu’elle modifie les hiérarchies scolaires habituelles et valorise des profils très ouverts. Celui ou celle qui est capable de restituer une controverse scientifique n’est pas toujours celui ou celle qui peut faire un exposé en deux points avec parties et sous-parties. Dans l’avenir (mais je ne suis pas spécialiste), au lieu d’apprendre des morceaux de savoir détachés qui ne sont ni conceptuels, ni factuels, ni artistiques, on peut imaginer d’associer des apprentissages rigoureux (pourquoi pas du « par cœur », tables de multiplication et fables de La Fontaine) avec ce type d’explorations dirigées… Mais, là aussi, il faudra renouveler les institutions !

Bruno Latour, interview de Maxime Rovere, Marianne,

du 25 au 31 juillet, n° 901.

Les cow-boys mécanique, nouveaux bourrins contre l’écologie (…) Peut-on enfumer un écolo ? Le « coal rolling », ou « charbon roulant », est le nouveau mode d’expression des conservateurs américains qui conspuent le plan contre le réchauffement climatique annoncé début juin par Barack Obama. L’anti-écolo militant modifie le système d’échappement de son pick-up diesel afin de lâcher un épais nuage de fumée noire comme du charbon au passage d’un randonneur, d’un cycliste ou d’une voiture hybride, voire électrique.

Lou Marillier, M le magazine du Monde, 26 juillet, n° 149.

L’œil bienveillant de Bolloré sur une radio Canal+ (…) Vincent Bolloré soutient l’idée de Canal+, vaisseau amiral de Vivendi, de racheter une radio française pour développer sa stratégie multimédia. Et garde un œil attentif sur l’avenir de LCI, qui se joue mercredi. « Il regarde tout », confie son entourage.

Matthieu Pechberty, JDD, 27 juillet, n° 3524.

La merveilleuse fragilité du théâtre (…) Rarement plus qu’en ce mois de juillet on aura senti cette menace peser sur « l’espace fragile de l’acteur ». Mais cette fragilité subjugue : avec des épées faites de ruban, des explosions de confettis et l’efficacité narrative de Game of Thrones, le Henri VI de Thomas Jolly transforme les combats sur scène en fête. On se souviendra que juillet 2014 fut un combat. Aujourd’hui, le Festival s’achève, la cour d’honneur se vide, et Barthes a toujours raison : « Il n’est que de passer la tête, un jour d’hiver, par la grosse porte de bois qui ferme la cour du Festival, pour saisir qu’au théâtre aussi les hommes sont seuls et qu’ils peuvent tout. »

Frédérique Aït-Touati, Libération, 26 & 27 juillet, n° 10324.

Parfum de liberté à Athènes (…) À Athènes, les grands cafés comme le Byzantino, où le poète Georges Seferis, les philosophes Cornelius Castoriadis et Kostas Axelos avaient leurs habitudes, le café Brazilian fréquenté par les surréalistes, ou encore le Floka, lieu chéri par Melina Mercouri, Nikos Gatsos ou Manos Hadjidakis, n’existent plus. À l’image du dernier village d’Astérix, un quartier a été épargné : Exarchia. Situé au centre d’Athènes il tourne le dos au Musée archéologique. Typographes, éditeurs, poètes écrivains s’y sont établis avant la guerre. Exarchia a toujours été peuplé d’anarchistes, gauchistes, intellectuels, révolutionnaires… Sur la place centrale, au rez-de-chaussée du célèbre immeuble bleu de style Bauhaus, se trouve le Café Floral. La clientèle est éclectique : des vieilles dames devisent non loin de réfugiés politiques, metteurs en scène, acteurs, écrivains et autres fashion designers venus de Londres ou de Berlin, tandis que des étudiants occupent de vastes tables de lecture. Sur la terrasse comme sur la place, vous ne verrez jamais de policiers en uniforme et les voitures peuvent se garer comme bon leur semble : les contraventions sont abolies dans le secteur. Voilà le dernier lieu à Athènes où affleurent les parfums d’amour et de révolution, voilà Exarchia et son vieux café Floral (80, rue Thermistokleous, quartier d’Exarchia).

Manolis Charos (peintre athénien), le un, 23 juillet, n° 16.

Les pirates masqués sont toujours à Montreuil

Programme Bessac

J’ai cru un moment que les garnements de pendant ce temps-là à Montreuil (http://pendantcetempslaamontreuil.tumblr.com) avaient rendu leur tablier. Pour en prendre un autre ? Usés dans l’inspiration ? Assommés par le résultat et l’élection de l’union improbable ? Membres de la majorité devenus prudents… Membres de l’opposition laminés ? Et bien non, ils étaient – disent-ils – seulement en vacances. Bon j’espère qu’ils ont rechargé leur batterie et leurs batteries de pirates de la politique. Ils me manquaient. Ils sont de retour.

Le printemps communicant et l’Europe des citrons

N'oubliez jamais que la lecture "papier" procure des plaisirs sans être capté et limité par les pixels des LED d'un écran, mais au plein large du format ciel.
N’oubliez jamais que la lecture « papier » procure des plaisirs sans être capté et limité par les pixels des LED d’un écran, mais au plein large du format ciel.

CALEPIN HEBDO 1 – Heureux hasard pour le lancement de la rubrique hebdomadaire « Calepin Hebdo », la communication y a une grande place, notamment – et c’est suffisant rare pour être souligné, la naissance d’un nouveau journal, hebdomadaire lui-aussi, mais papier. C’est le un qui veut faire mentir les tenants de la fin de la presse papier. J’y crois, même de derrière mon ordinateur…

Lundi 7 – Vivre ensemble

Sous l’appel à l’espoir de Martin Luther-King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots », une publicité corporate titrée « Vivons ensemble » dans nos quotidiens. Le texte présenté à l’initiative du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) il est signé par 5 représentants d’autorités religieuses (catholique, musulmane, protestante, juive, bouddhiste), 5 dirigeants politiques (PS, UMP, UDI, MODEM, EELV) et deux responsables syndicaux (CFDT, CFTC). Je relis… et m’aperçois que des leaders de gauche et d’extrême gauche (politique et syndicale) manquent à l’appel. Avec cette immédiate question : pourquoi ? N’ont-ils pas été sollicités, ont-ils oublié le courrier dans la bannette… Seraient-ils contre ? Dans ce cas, à nouveau… pourquoi ? Aurons-nous un jour l’explication de ce « blanc » d’organisations et de leaders d’ordinaire moins silencieux et parfois même tonitruants ?

Mardi 8 – Costume de printemps pour L’ Humanité

Quand on aime la presse, on l’aime dans son entier. Même lorsqu’on ne partage pas son point de vue. C’est pourquoi en ce jour de nouvelle maquette de l’Humanité (probablement le quotidien qui en a le plus changé ces dix dernières années), je la salue ici. Le quotidien, qui diffuse en moyenne France 40 558 exemplaires payés, ambitionne un rebond. Sur la première Une, on découvre un logo qui n’est pas en haut de page mais, en bandeau, sous une photo qui le surplombe. Étonnant et rare sinon révolutionnaire ! Plus classique, la typographie me semble faire un retour dans le passé, façon vintage « à la mode ». Je fus un lecteur assidu il y a bien longtemps quand l’Humanité était explicitement « le quotidien du Parti Communiste Français » (ce qu’il est toujours même s’il ne l’affiche plus), et si j’ai bon souvenir, il me semble  que les caractères d’aujourd’hui se réfèrent à cette époque des années 1970. Il est vrai qu’à partir d’un moment, ou on se répète, ou bien on se trompe.

Mercredi 9 – L’Europe des citronniers

L’Europe commence à démanger les esprits … ça sent les élections. Dans Le Monde un article signé par le sociologue et philosophe allemand Ulrich Beck, au titre plein de soleil « Oui à l’Europe des citronniers ! ». Naturellement le propos est acide mais aussi, contrairement à la politique allemande, tourné vers l’espoir d’une pensée Méditerranée, terme emprunté à la journaliste Iris Radisch « La pensée Méditerranée, à la fois régionale et confédérale, a survécu aux grandes idéologies nationales et politiques et c’est peut-être la seule utopie sociale du XXIe siècle qui a encore un avenir. » Et le professeur à l’université de Munich d’écrire : « Ne peut-on pas dire que, si les Allemands avaient été à l’école des joueurs de pétanque du sud de l’Europe, ils n’auraient jamais plongé le monde dans la seconde guerre mondiale ? Ou si la chancelière Angela Merkel avait été une passionnée de pétanque, jamais elle n’aurait cherché à convertir les pays méditerranéens à une cure d’économie d’allure très protestante ? Et si Poutine était né sur les bords de la Méditerranée et avait pratiqué la pétanque depuis son enfance, jamais il n’aurait eu l’idée totalement folle d’annexer l’Ukraine ! ». Et plus sérieusement encore : « Le nationalisme interventionniste et agressif de Poutine montre que l’on ne peut pas projeter le passé des nations sur l’avenir de l’Europe sans détruire l’avenir de ce continent. Mais qui sait si l’ethno-nationalisme impérial de Poutine ne constitue pas un choc salutaire pour une Europe accablée par l’égoïsme national ? On le voit, rejouer la carte nationale, c’est réactiver les tendances autodestructrices de l’Europe, et cela ne vaut pas seulement pour Poutine mais aussi, d’une autre façon, pour la Grande-Bretagne comme pour la droite et la gauche antieuropéennes. » C’est toujours agréable de lire les philosophes

Jeudi 10 – le un se déploie

Ce journal, lancé par Éric Fottorino et ses compères Laurent Greilsamer, Natalie Thiriez et Henri Hermand, veut ouvrir ses ailes de papier au plus large pour nous questionner. Ouvrir veut ici dire déplier car le format (qui me fait penser à certains supports de la campagne électorale des municipales à Montreuil…) passe en trois ouvertures successives de l’A4 à l’A1… en passant par les beaux imprimés A3 et A2. Ne voyez pas en cet endroit une publicité cachée… le un n’en a pas, même subliminale. Hebdomadaire le un n’a qu’un thème (pour son numéro 1 « La France fait-elle encore rêver ? ») par parution et son dépliage d’ailes de papier (la racine latine d’expliquer n’est autre que… déplier, précise Éric Fottorino qui, à l’évidence, a fait ses humanités) ouvrira chaque semaine des espaces de rêves et de réflexions portés par de belles plumes de poètes, de philosophes, d’académiciens (mais oui !), de réalisateurs, d’écrivains, de chorégraphes, d’historiens, de photographes (car il y a de la quadrichromie où il faut et juste où il faut)… et de journalistes. L’équipe de cet ovni (objet venu nous interpeller) salutaire qu’est le un n’est pas là pour faire un numéro de marketing, elle ambitionne seulement de proposer un des possibles renouveaux de la presse écrite et imprimée. Merci aux concepteurs, aux financiers… et aux nombreux lecteurs que j’invite à me rejoindre pour ce grand moment de plaisir à seulement 2,80 € tous les mercredis.

Vendredi 11 –  Sony surchauffe

« Éteignez immédiatement votre ordinateur ». C’est l’appel par un communiqué de presse de Sony à tous ses clients ayant choisi le PC portable Vaio Fit 11A. Une première dans l’injonction d’urgence pour le geste du consommateur… mais il y a moins de réactivité pour le geste du constructeur vendeur Sony. En effet, il faudra attendre avant d’ouvrir à nouveau sa boite mail – on ne sait combien de temps ! – puisque le même communiqué de presse précise « Nous sommes en train d’étudier le contrôle et la réparation gratuite des produits affectés. »  Écrans noirs et cauchemar du géant japonais de l’électronique qui pourtant avait récemment décider de ne plus rêver du marché des ordinateurs. En février dernier un accord était signé pour la vente de 95 % de sa division PC à Japan Industrial Partners (JIP), un fonds d’investissement japonais. Pour Sony, c’est la surchauffe, pour JIP c’est le coup de froid.