Brûlent nos cœurs insoumis à la MAC de Créteil

© Photo : Patrick Berger

Christian & François Ben Aïm ne viennent pas à proprement parler du monde de la danse. Du moins pas strictement puisqu’ils ont un parcours où le théâtre physique et le cirque ont beaucoup participé de leur formation et continuent d’être une ligne créatrice. Les deux frères, qui ont mené des carrières parallèles, ont fait compagnie de leur duo-tandem (comme ils le nomment) et depuis ont fait trace avec une vingtaine de créations. Pour leurs pièces chorégraphiques ils ne négligent aucun concours pour aboutir. Ici, avec Brûlent nos cœurs insoumis (première création en Île-de-France), Guillaume Poix, comédien, metteur en scène, dramaturge et écrivain est de la partie comme Ibrahim Maalouf le trompettiste et pianiste franco-libanais au talent si fort et rare reconnu internationalement.

Alors devant nous se déroule un drame intense, brut où quatre corps d’hommes musclés, solides, se jettent les uns contre les autres, se nouent, se tiennent d’un doigt, font repas, dans une danse de lutte. Quelle lutte ? Celle que nous menons de manière erratique le plus souvent mais sans fin pour les plus lucides, les plus courageux… les plus insoumis à des destins que l’on dit implacables. Des combats solitaires autant que fraternels, cela peut dépendre. Hiératiques aussi.

La chorégraphie où la lumière joue un rôle très important nous offre dans les premiers mouvements une succession de tableaux inédite : un bref noir total et un nouvel instantané de mouvements figés ou presque seulement. De là provient une intériorité peu fréquente en danse, une image plus habituelle au théâtre.

La lumière éclaire aussi les musiciens dont les ombres blanches apparaissent lentement, partie prenante indissociable de ce qui, grâce à une composition magistrale d’Ibrahim Maalouf, devient un long poème, une sorte de chanson de geste. Magnifique quatuor à cordes (Quatuor Voce) avec percussion et trompette (Geoffroy Tamisier).

Brûlent nos cœurs insoumis multiplie les champs et contre-champs par une mise en abyme des guerres réelles et subjectives qui déchirent les hommes et notre monde contemporain, mais elle ne nous consume pas, elle nous donne plutôt chaud au cœur.

DERNIÈRE CE SOIR – 21h00 / MAC de Créteil

Réservations : 01 46 86 70 70

La Fresque d’Angelin Preljocaj… lorsque les cheveux aussi sont chorégraphie

© Photo Jean-Claude Carbonne

Une nouvelle fois le chorégraphe Angelin Preljocaj s’empare d’un conte pour nous offrir un spectacle d’une très grande délicatesse. Après L’Anoure (1995), Blanche-Neige (2008), Siddharta (2010) cette fois il s’agit d’un conte chinois La peinture sur le mur. Comme toujours les tableaux s’enchaînent dans une fluidité rare et les danseurs sont, ce qui est rare en danse contemporaine dirigés dans leurs gestes jusqu’au bout des ongles. Dès le troisième tableau, magnifique moment où l’on découvre les danseuses immobiles, personnages du tableau, de la fresque… la chorégraphie va utiliser les cheveux des artistes pour participer à cette ode à la sensualité. Il y aura, plus loin, un fantastique tableau de danse où la bien-aimée se voit tresser son chignon de mariée par celles qui l’entourent. Magique moment.

La magie Preljocaj toujours unique.

À 20h00

CE SOIR 3 mars et DEMAIN samedi 4 mars à la MAC de Créteil

Réservation : 01 45 13 19 16

DAVID WAMPACH ET NOS PULSIONS

UrgeSans du tout vouloir jouer avec les mots, Urge (pulsion en anglais) est plutôt une transe qu’une danse. Une transe primitive même. De la salive des danseurs (grenouilles, insectes, sauriens ?) qui bavent sur leur costume de caoutchouc les serrant de près jusqu’aux culs nus façon bonobo, c’est l’animal, donc l’humain, qui crache, s’observe, fait le beau et la belle en parade d’amour, copule, enfante… et recommence. Qui se mord aussi, ou se mange. Du frottement à l’extase. De la caresse à la possession. Les moments d’orgie collective aux grondements sourds et de solitude qui fait hurler. Sous une lumière crue d’argent ou d’or et dans l’ombre de la mare initiale de nos vies. En pointe la persistance sexuelle au-delà de nos apparences et de nos cultures. David Wampach est chorégraphe et il nous propose là, comme toujours, une « réflexion ». Le public est étonné, choqué, et pour partie quitte la salle. S’agit-il uniquement de provocation ? Je ne le pense pas. S’agit-il vraiment de chorégraphie ? Certes, car il y a une belle utilisation de l’espace. Sont-ce des danseurs ? Oui, ils ont la formation de cet art et leurs corps est en capacité de nous le démontrer, mais en de rares occasions seulement. Au moins est-ce esthétique… pas vraiment. Ni beau, ni laid, ni repoussant. Une performance alors ! Probablement, non pas dans le sens « succès » du mot, mais dans celui d’« exploit ». L’exploit d’oser remuer ces tréfonds et d’oser en faire un spectacle c’est-à-dire d’attirer l’attention. Une exhibition, ni plus ni moins…

Jusqu’au samedi 16 avril 2016

Spectacle à 21h00

Mac (La Maison des Arts de Créteil) – Festival Exit

Réservation 01 45 13 19 19

mac@maccreteil.com

Jan Fabre 3 – Preparatio Mortis, hymne à la vie

Notre paradis est terrestre et est la vie avec ses rêves et ses désirs. © Photo Achille Lepera.
 La vie est notre paradis terrestre avec ses rêves et ses désirs. © Photo Achille Lepera.

Moment particulier que d’assister hier soir au troisième spectacle du metteur en scène, plasticien et écrivain flamand Jan Fabre. Pensée de soutien au peuple frappé par la barbarie djihadiste et action de reconnaissance aux  artistes, à l’un des membres de cette communauté internationale qui fait la vie, sur tous les continents, dans toutes les langues et qui clame la richesse de toutes les civilisations. Car Preparatio Mortis, malgré son titre est une ode à la vie. À la renaissance même puisque ce magnifique solo de danse d’Anabelle Chambon la voit s’extraire de son tombeau pour danser et retrouver la vie pleinement physique sur un parterre de fleur, sorte de jardin du Paradis terrestre retrouvé. Continuons la présentation de ce spectacle à la manière des deux premières, par un extrait du texte de présentation : « Preparatio Mortis est un spectacle consacré au corps, à la transformation et à l’utopie. Naturellement, Fabre le présente à sa manière typique, en abordant les tabous de la société contemporaine : dans ce cas, la mort, dissimulée par notre société, bannie et confinée dans l’environnement froid et stérile des maisons de soins et des hôpitaux… Dans Preparatio Mortis, Fabre met tout d’abord la vie au centre de la scène car « la mort nous montre la vie sous un autre jour. La mort nous pousse à avoir une vision plus complète, plus intense sur la vie – je cherche en permanence à atteindre un post-mortem stadium of life », explique Fabre. Dans Preparatio Mortis, un tapis de fleurs riant envahit une tombe de milliers de fleurs jaunes, rouges, mauves et blanches. Ce duvet coloré semble respirer en rythme ; une main apparaît, un bras, une tête, deux pieds nus. La danseuse Annabelle Chambon semble se lever d’entre les morts.