« Père, laisse moi apprendre de mes hésitations… »

Le fils demande au père d’attendre. Attends, attends, attends… Dans cette représentation Jan Fabre explore l’art de la procrastination. Le report à plus tard crée une réserve, un moment où tout reste possible, où aucun choix ne doit encore être fait. Danseur : Cédric Charron. © Photo Wonge Bergman.
Le fils demande au père d’attendre. Attends, attends, attends… Dans cette représentation Jan Fabre explore l’art de la procrastination. Le report à plus tard crée une réserve, un moment où tout reste possible, où aucun choix ne doit encore être fait. Danseur : Cédric Charron. © Photo Wonge Bergman.

Vu hier au théâtre de la Bastille, « Attends, attends, attends… (pour mon père » de Jan Fabre. Une nouvelle fois la force dans la tragédie et la philosophie présentes dans une poétique chorégraphiée. Le diplômé d’écoles d’Art né à Anvers est sans nul doute l’artiste le plus protéiforme de sa génération : œuvres plastiques, théâtre, danse, auteur. Et à chaque fois des performances de joie et de violence. Ci-après, un extrait de la présentation de « Attends, attends, attends… (pour mon père » par Luk Van den Dries. « Le temps entre le père et le fils est pavé de patience. Ils s’attendent dans un schisme qui tente de capturer une génération. L’un a tout vu, l’autre a encore tout à apprendre. Et inversement. L’un a tout perdu, l’autre doit encore tout découvrir. La flèche du temps est toujours à l’avantage du fils, car il peut recommencer, explorer le chemin depuis ses débuts et avoir encore un tas de temps, un malaise que le père tente de compenser en poussant et en pressant de toutes ses forces. Le fils doit suivre la voie de son père, un chemin fait d’instincts planifiés, parce qu’après tout il est le père, le père du temps. Il contrôle le temps, il a calculé le temps, il sait de quelle manière le temps doit se balader et il attends son fils, rempli de patiente impatience. Les fils exigent du temps. Du temps pour soi, du temps à perdre, à gaspiller, à donner. Pour un fils, le temps n’est pas une ligne droite, mais sinueuse. Il veut pouvoir se perdre dans tous les détours, suivre son propre chemin, ses propres instincts. Il veut mener le temps par le bout du nez, le précipiter pour qu’il suive son propre rythme cardiaque. Ou en renverser le sens, afin d’y créer un trou où se réfugier en rêve. Le fils demande au père d’attendre. Attends, attends, attends… Dans cette représentation Jan Fabre explore l’art de la procrastination. Le report à plus tard crée une réserve, un moment où tout reste possible, où aucun choix ne doit encore être fait. (…) Le fils se révèle comme étant Charon, le passeur qui prépare le père pour la dernière traversée. Il connaît la mort comme aucun autre. Comme l’artiste qu’il est devenu, il est un spécialiste de l’acte de mourir. Chaque soir à nouveau, il permet à la mort et à la naissance de venir. Chaque soir à nouveau, il traverse le Styx, il est après tout le complice du spirituel, il réveille les fantômes et les renvoie à leur paradis et à l’enfer d’où ils sont nés. Il connait bien son rôle, il l’a joué si souvent. Père vous joindrez-vous à moi ?

Deux spectacles de Jan Fabre à suivre

Drugs kept me alive, du 15 au 19 mars, et Preparatio Mortis du 21 au 23 mars. À 20h00.

Réservations : 01 43 57 42 14

Théâtre de la Bastille. 76, rue de la Roquette. 75011- Paris.

Marie Chouinard : Stravinsky et son Sacre, Henri Michaux et ses Mouvements

mouvements à jets multiples mouvements à la place d'autres mouvements  qu'on ne peut montrer, mais qui habitent l'esprit de poussières d'étoiles d'érosion d'éboulements et de vaines latences... Henri Michaux "Mouvements" 1951.
(…) mouvements à jets multiples mouvements à la place d’autres mouvements qu’on ne peut montrer, mais qui habitent l’esprit de poussières d’étoiles d’érosion d’éboulements et de vaines latences… Henri Michaux « Mouvements » 1951.

Deux soirées encore pour saisir l’occasion de découvrir Marie Chouinard. Tout d’abord avec Le sacre du printemps, ballet sur la musique de Stravinsky suivi de Henri Michaux : Mouvements une étonnante chorégraphie créé à partir d’une lecture et découverte des dessins du poète dans son livre Mouvements qui comprend 64 dessins à l’encre de Chine.

Deux moments magnifiques avec des danseurs de très haute volée, à la formation classique sérieuse – ce qui n’est pas toujours le cas en danse contemporaine – et une ingéniosité chorégraphique rare. Des gestes inédits où toutes les parties du corps sont sollicités, une composition graphique du plateau aux lumières remarquables de justesse. Ces spectacles proposés par la Mac (Maison des Arts de Créteil) et le Théâtre de la Ville de Paris, une première collaboration qui sera suivie d’autres durant la fermeture de ce dernier pour travaux durant deux ans, sont absolument à découvrir.

Marie Chouinard, danseuse et chorégraphe montréalaise accumule les récompenses depuis les années 1980 et est considérée par ses pairs comme une créatrice marquante de la danse contemporaine.

Avec son Sacre du printemps, créé à Ottawa (Canada) en 1993, nous assistons à un spectacle de toute première importance de la chorégraphie contemporaine.

Jusque samedi 12 mars à 20h00.

Le Sacre du printemps et Henri Michaux : Mouvements

Réservations : 01 45 13 19 19

Mac (Maison des Arts de Créteil) – Place Salvador Allende, Créteil.

Métro Ligne 8 station : Créteil-préfecture. Retour gratuit en navette jusqu’à la place de la Bastille.

Danse et pinceaux de lumières

Lumière et danse

Avec les chorégraphies « The measures taken » d’Alexander Whitley et « Méduses » de Vincent Glowinski nous quittons la danse pour entrer sur un plan vertical à une danse de lumière. Les dispositifs du Marshmallow Laser Feast pour la première et de Jean-François Roversi pour la seconde, on se trop qui suivent… Les danseurs sur le plateau ou les images qu’ils projettent en fond de scène. Si la chorégraphie d’Alexander Whitley, londonien formé à l’Ecole du Royal Ballet, s’appuie sur d’excellents danseurs et danseuses, on est conquis par eux. Avec Vincent Glowinski, dont la base du travail artistique est le dessin, les deux danseurs – plus proches du monde des circadiens, ce sont les véritables tableaux projetés et peints par les raies de lumière lancées par leurs gestes qui nous attirent.

Deux étonnants spectacles donnés la semaine passé à la Mac de Créteil.

Hauschka… le musicien de l’autre piano

Une représentation "d'humanisation de la musique électronique". Mac de Créteil.
Une représentation « d’humanisation de la musique électronique ». Mac de Créteil.

Le festival international  EXIT qui se tient à la Mac de Créteil est aussi l’occasion de découvrir des spectacle où « la technique » sonore, audiovisuelle, multimédia prend une part importante. Hier soir, avec « An envouter of improviser music & dance » d’Hauschka & Edivaldo Ernesto et « The measures Taken » d’Alexander Whitley, ce fut une nouvelle fois le cas.

Qui n’a pas vu le pianiste allemand Volker Bertelmann (pseudonyme Hauschka en référence au compositeur bohémien Vinrenz Hauschka ainsi qu’au Dr. Hauschka, le chimiste autrichien, fondateur de l’entreprise de soins cosmétique du même nom), peut s’interroger sur les sons qu’il produit avec son Bösendorfer. Quand on le voit de près on découvre alors qu’il pose sur les cordes de son piano divers objets : capsules de bouteilles, petites cuillères, blocs et billes de divers métaux ou coince entre les cordes des emballages de papier aluminium, des morceaux de cuir et de feutres. Entendre le résultat sur une video publiée sur ma page Facebook. Hier, son travail d’improvisation servait une chorégraphie dansé par Edivaldo Ernesto, danseur du Mozambique qui, depuis 2012, a commencé à travailler avec Judith Sánchez Ruíz pour des improvisations spontanées.

Leur travail commun est stupéfiant.