Nouveau Méliès de Montreuil : première étape réussie !

En route vers les 300.000 entrées... et plus ! Félicitations à l'équipe pour cette belle première année de renouveau.
En route vers les 300.000 entrées… et plus ! Félicitations à l’équipe pour cette belle première année de renouveau.

Il y a un an jour pour jour le Nouveau Méliès ouvrait ses six salles et sur douze mois il affiche un résultat de 270.000 entrées. Disons-le haut et fort, c’est un beau résultat ! En effet, il est assez nettement supérieur à la meilleure des années de l’ancien Méliès à trois salles (autour de 220.000 entrées de mémoire et je sais que des lecteurs attentifs et avertis corrigerons ce chiffre si ma mémoire n’est pas exacte). Certains pourraient dire, c’est bien mais insuffisant avec le double de salle, mais alors ils se tromperaient lourdement. En effet, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire ici, un équipement culturel peut perdre très rapidement son public, il met toujours longtemps à le retrouver. Lorsqu’il y a un an, j’évoquais ce sujet avec le directeur artistique Stéphane Goudet, je considérais que le premier objectif – aux alentours de 200.000 entrées – était un peu faible, mais je n’aurai pas affirmé que 270.000 « c’était dans la poche ». Bravo donc à tous ceux qui y ont contribué. En effet, non seulement le Méliès sortait d’un traumatisme énorme suite à ce qui s’était apparenté à un véritable objectif de destruction, mais aussi – incomparablement moins grave sur le fond mais malgré tout gênant sur la période de 12 mois qui nous occupe – l’ouverture, pendant de longues semaines, n’a pas permis le meilleur accueil du public (problèmes techniques récurrents obligeant à l’annulation de séances) – et les conditions mêmes de travail des salariés n’ont pas été optimum (le froid glacial notamment). Ceci pour dire que le résultat aurait certainement été meilleur sans ces ratés « de départ » aux responsabilités probablement diverses.

Ne boudons donc pas le succès, d’autant que la ligne de conduite du Méliès reste résolument ancrée sur ses objectifs : 88 % de la programmation est Art & Essai. À ce propos, parmi quelques scories qui traînent sur les réseaux dits sociaux, tâches écrites de nostalgiques des combats perdus, on peut lire quelques propos à la bile amère qui attaquent la programmation du Méliès qui serait « élitiste ». Vieille rengaine. Souvent, compte-tenu de l’évidente inculture cinématographique des auteurs et de leur incapacité à penser ce que signifie la défense d’un cinéma – pas seulement français mais mondial – de qualité et s’ouvrant aux producteurs indépendants, libres… et en danger, on a surtout envie d’en sourire de tristesse. Et de les laisser à leur place d’inconsistants râleurs à l’écho bien faible. Toutefois, si je les évoque, c’est que nous ne sommes jamais à l’abri – en ces temps où le personnel politique (de tous bords, j’y insiste) et la culture… comme on dit « ça fait deux ». On ne perd donc jamais son temps à réaffirmer la haute importance d’une programmation exigeante et ouverte à tous pour que justement le « peuple » ne soit pas méprisé et cantonné dans une case – celle de la médiocrité – qu’on lui prédéterminerait au motif de je ne sais à quel titre (si ne c’est celui de la démagogie). Une programmation culturelle de qualité doit être défendue en toute occasion, sinon il n’y aucune raison de vouloir un cinéma où une collectivité territoriale s’engage financièrement et en termes d’objectifs.

Bien sûr cette première année n’est qu’une première étape. Il apparaît que l’objectif de l’an 2 soit revu à la hausse, à savoir 300.000 entrées. C’est légitime et nécessaire… et comme l’an passé je pronostiquerai qu’il sera supérieur. Je crois vraiment, et ce depuis les débats nombreux qui ont présidé à la difficile naissance du Nouveau Méliès, et cela sans être obnubilé par une quelconque culture du chiffre, que le rythme de croisière oscillera à terme (an 3, an 4 ?) autour de 350.000 entrées. Pour cela bien sûr, il faudra continuer de promouvoir une programmation équilibrée et exigeante. Mais aussi mieux faire connaître encore le Nouveau Méliès par des activités variées de découverte permettant aux habitants de tous nos quartiers, de tout âge de le découvrir avec ses richesses dont je ne suis pas certain qu’elles soient toutes connues. Une de ses richesses à ne pas négliger étant d’ailleurs celle du prix bas du ticket. Il me semble que la communication, les événements qui, selon moi, ne peuvent se contenter d’être ces merveilleux accueils et débats avec les réalisateurs et les acteurs, sont autant de points de réflexion à creuser. Et concernant la communication, à améliorer avec d’autres supports que programme. J’ajouterai, cela peut paraître dérisoire mais c’est important, que l’entretien des locaux, la propreté, la maintenance des matériels, est un élément à ne pas négliger. La direction artistique c’est bien, c’est essentiel, mais la direction d’une telle « grande maison », cela ne s’improvise pas. Tous les directeurs de lieux culturels le savent, c’est un vrai métier aussi.

Stéphane Goudet nous invite à participer à l’objectif des 300.000 entrées, je vais essayer modestement d’y prendre ma part et vous invite à tout faire pour – vous-mêmes, vos amis et connaissances – à le dépasser.

Les moineaux du Méliès reprennent leur envol avec Bird People.

Pascale Ferran, la réalisatrice, présente au Méliès le mercredi 11 juin pour échanger et débattre avec le public.
Pascale Ferran, la réalisatrice, présente au Méliès le mercredi 11 juin pour échanger et débattre avec le public.

 

Les moineaux et les « tubes » ne font pas bon ménage. Le premier, seul ou en volées (car les moineaux sont nombreux et aiment la compagnie), est curieux à fouiner partout à la recherche de pépites, courageux lorsqu’il vient piquer dans nos assiettes, et surtout libre comme l’air. Les tubes, à l’inverse, manquent d’air frais même lorsqu’ils nous mènent vers les plus hauts cieux comme ceux avec tapis roulant inclinés de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Malgré leur transparence, on y trouve les mêmes foules précipitées que celles qui emplissent les tubes du métro et du RER, individus projetés à travers les portiques de sécurité et les portes cadencées à l’air comprimé, tous autant de moteurs de la société accélérée. Depuis Marshall Mc Luhan* nous savons que ce sont les média – ces prolongements technologiques de nous-même – qui nous modèlent avec leurs contraintes. Leurs voies nous enferment quasiment à l’insu de notre plein gré si nous n’y prenons garde. Grâce à eux nous sommes certes plus rapides, plus forts… mais pourquoi ? Le film de Pascale Ferran pose la question. Et ses deux personnages décident de rompre avec l’habitude, avec le (un) monde qui nous est proposé. Car c’est bien du monde moderne qu’il s’agit avec Bird People puisque toute société vit ses particularités dans son époque et nul par ailleurs. Sauf que… les moineaux ne peuvent rester enfermés dans les tubes et qu’à force de côtoyer les avions, l’envie leur vient de prendre leur envol. Pour leur survie, pour leur vie. Audrey et Gary prendront le leur.

Il me semble assez symbolique que la projection d’hier soir au Méliès de Montreuil ait coïncidé avec le retour effectif de son équipe enfin réintégrée dans ses droits. Stéphane Goudet, de nouveau au micro devant une salle pleine (ou presque) a rappelé en introduction combien la vie d’une salle qui veut défendre l’excellence, l’innovation, le patrimoine de l’histoire du cinéma, se doit d’être un cinéma populaire. Toucher le public, correspondre et échanger avec lui est l’essence même du cinéma. Tous ceux qui comme Truffaut, Renoir… et tant d’autres dont les critiques qui s’interrogent comme André Bazin « Qu’est-ce que le cinéma ? » savent qu’il n’y a pas d’autres chemins. Défendre les films d’Art et Essai et certains « blockbuster » de qualité, c’est vouloir rencontrer le public. Les publics qui, différents au départ, tissent au fil des rencontres Le public. À Montreuil, le Nouveau Méliès à six salles qui ouvrira en 2015 aura une belle coque, un emplacement idéal, des salles de confort et des équipements techniques les plus performants. Un beau média donc. Pourtant sans les moineaux libres de tous culots, pique-assiette de toutes les cultures, sachant voler fraternellement en compagnonnage avec les autres Arts et le public, le Nouveau Méliès resterait une coque vide. De sens et de public.

Pascale Ferran ne souhaite pas que le public soit (trop) informé sur le film avant qu’il le découvre. Je ne dirai donc que quelques mots elliptiques, d’autant que la réalisatrice sera présente au Méliès le mercredi 11 juin (à retenir donc !). Juste cette image : les moineaux, grâce à leur liberté fondamentale, sont les seuls à nouer des relations dans ce monde de « tubes ». Les foules de Bird People sont pleines de refuges où les individus tentent de préserver au mieux leur identité : leurs pensées et leurs divagations propres d’abord, leurs casques forts de musiques, leurs regards sur le monde… et sur les oiseaux, ces moineaux, qui leur rendent bien. Avec « sourire » et à des moment clés et déclencheurs. Seuls humains à faire de même, deux oiseaux de nuit partageant leur solitude et leur angoisse au pied d’un hôtel impersonnel bien qu’international. Bird People est un film surprenant, très innovant, superbe. La réalisatrice de Lady Chatterley, une nouvelle fois, sait capter la nature et le rapport que nous entretenons avec elle de manière subtile et forte même lorsqu’elle est à la frontière de ce Paris gigantesque où courent les masses uniformes. Les moineaux savent y voir beauté et s’y retrouver.

* Mc Luhan (Marshall), Pour comprendre les médias, Points essai, mars 1977.

Le Méliès de Montreuil de nouveau sur les rails

Bien sûr l’ouverture annoncée (septembre 2013)… ne sera effective probablement qu’au printemps 2015. Mais dès aujourd’hui le public qui « avait perdu l’envie » peut montrer son attachement au Méliès en retrouvant, notamment dès l’été, le plaisir qu’il avait perdu.
Bien sûr la première ouverture annoncée (juin, puis septembre, puis fin 2013, puis…)… ne sera effective probablement qu’au printemps 2015. Mais dès aujourd’hui le public qui « avait perdu l’envie » peut montrer son attachement au Méliès en retrouvant, notamment dès l’été, le plaisir qu’il avait perdu.

 

Les membres de l’équipe sont naturellement les premiers à diffuser l’information sur les réseaux sociaux : l’équipe du Méliès est réintégrée et dès le 1er juin elle sera à pied d’œuvre. Cette excellente nouvelle m’invite à trois premiers commentaires rapides.

1/ L’essentiel d’abord : bravo à l’équipe qui n’a jamais baissé les bras et à tous ses soutiens qui n’avaient comme objectif principal que la défense d’une certaine manière de partager et de faire vivre le cinéma ! Aujourd’hui cela redevient possible avec une équipe qui, de ce point de vue, n’a jamais démérité et a été soumise, à tort, à de véritables torpillages répétés, tordus parfois et délirants pour certains. L’heure est à un travail de reconquête des publics montreuillois dans une configuration nouvelle d’intégration dans Est-Ensemble. Tâche passionnante… et difficile. En effet, casser le lien de confiance avec le public fût facile, le reconstruire sera possible mais plus long. De plus, il s’agit à terme du Nouveau Méliès, à la fois en capacité d’une offre bien plus riche en diffusion et en animation, mais aussi avec une obligation de conquérir largement de nouveaux publics.

2/ Politiquement il faut noter que l’équipe de la majorité actuelle tient ici un de ses engagements. Pour une de ses composantes, les écologistes, c’est une prise de conscience nouvelle, soit la révélation de l’obligation de mettre fin à une injustice, soit la prise en compte d’un équilibre politique de l’exécutif, particulier, à assumer *. Il est vrai qu’à l’inverse, la confirmation du parc aquatique de plein air autour de la nouvelle piscine du haut-Montreuil a pu provoquer chez l’autre composante, le Front de gauche dont le maire, une sorte de même tourment ou pragmatisme. Si au final, un Montreuil apaisé se profile, dont acte et soutien.

3/ Politiquement encore, mais qui relève pour une part du passé, c’est une défaite cinglante pour l’ancienne maire Dominique Voynet. Son acharnement, ses débordements et son entêtement n’auront servi à rien sur le dossier dont elle est seule responsable bien qu’elle ait pu y entraîner nombre d’élus de l’ancienne majorité. Elle le présentait comme explosif… mais c’est elle qui en est la première victime. L’équipe conspuée est réhabilitée politiquement et administrativement. À noter que « l’affaire » (selon les propos de l’ancienne maire) n’est toujours pas terminée en Justice puisque si elle-même a « attaqué » à ce niveau, elle l’est aussi en retour. L’opinion du pouvoir judiciaire sera, dans quelques longs mois qui paraîtront heureusement moins longs et douloureux désormais, sera aussi passionnante à analyser.

* Ainsi le premier adjoint Vert de la ville, Ibrahim Dufriche a affirmé au quotidien Le Parisien n’avoir jamais été informé de ce choix : « C’est une décision unilatérale. »

Les mots et les maux du programme du cinéma Le Méliès.

Une nouvelle maquette maltraitée, non par ses concepteurs, mais par les responsables des textes. Affligeant !
Une nouvelle maquette maltraitée, non par ses concepteurs, mais par les responsables des textes. Affligeant !

 

Le programme de notre cinéma Le Méliès a fait peau neuve pour son numéro 88 et est devenu, du moins pour ce tirage, couleur vert printemps associé par ailleurs à un bleu ciel, ce qui fait que l’association des deux était tout à fait en phase avec ces mois de campagne électorale. Du moins pour une partie des candidats, en l’occurrence celle où se retrouvaient des élus de la majorité sortante. Mais même s’il m’amuse de le noter, ce n’est pas là le sens principal de cet écrit. Il concerne plus sérieusement une question récurrente depuis plusieurs numéros, à savoir : est-ce qu’il y a un relecteur attentif ? Visiblement non, ou bien il faut vite en changer ou lui offrir une formation. En effet les fautes sont nombreuses et se répandent quasiment sur toutes les pages. On ne peut incriminer Anatome, une agence sérieuse, qui est désormais en charge. Même s’il est difficile de trouver une originalité marquante à la nouvelle maquette, il serait injuste de dire qu’elle n’est pas claire et elle répond à ce besoin de changement régulier, en termes de presse, pour provoquer un nouveau désir de lecture, marquer une nouvelle étape. Il est probable que le gagnant l’a été suite à un appel d’offres en bonne et due forme et pour une durée probablement d’un an. Ce qui suit ne relève que d’un dilettantisme et d’une légèreté des rédacteurs des textes ou plus précisément des livreurs puisqu’aucun n’est signé d’un membre de la direction du cinéma. Les erreurs sont de niveaux de gravité différents par ailleurs. 1/ Amusant (mais maladroit) cet éditorial qui commence par le mot  Je sans les guillemets qui s’imposent puisqu’il s’agit d’une citation du dernier film d’Alain Resnais « Je préfère le cinéma » et qui est signé… par deux personnes. Peut-être que pour sa dernière intervention écrite sur le cinéma, l’ancienne maire Dominique Voynet se voyait mal passer à un nous, fût-il de politesse, qui n’a jamais été son mode de gouvernance et que ce Je était une dernière empreinte qui lui plaisait d’afficher. Mais il ne suffit pas de citer pour construire, surtout lorsque l’on a déconstruit… 2/ Étonnante cette bulle « explosive » façon pétard destructeur qui qualifie le film du mois dans la page sommaire. Comme un cœur qualifie les films « coup de cœur » on aurait pu penser que deux cœur auraient pu signaler le film particulièrement recommandé… et déjà présent en Une. 3/ Une page Une où s’il est bien écrit que le Méliès est un cinéma public… en revanche aucune trace des trois labels qui le caractérisent. Soyons juste, les programmes précédents ne le mentionnaient pas non plus, même si ce fut le cas, me semble-t-il, sur quelques numéros de l’ancienne formule. Le signaler pourrait faire justice de cette qualification revendiquée. 4/ Une bonne idée dans le sommaire, la signalisation très lisible des films pour le jeune public. Parfait… sauf qu’il serait intéressant, comme c’était le cas précédemment d’indiquer les âges car « à partir de 2, 3 ou 4 ans » n’équivaut pas à « à partir de 5 ou 7 ans » et encore moins à « à partir de 10 ou 12 ans ». Certes, la mention est présente mais uniquement, et en tout petit, dans la présentation des films. Il serait intéressant de pouvoir d’emblée savoir ce qui peut concerner les différents publics du jeune public. 5/ La signature des textes de présentation relève – depuis plusieurs numéros – de la plus grande impolitesse et d’une faute journalistique majeure. Les textes ne sont pas « sourcés », règle d’or de tout écrit emprunté. Parfois ce sont les noms et les prénoms… sans que l’on sache où écrivent ces critiques, par exemple Pierre Murat de Télérama. On imagine mal qu’il s’agisse d’écrits réservés au programme du Méliès… Parfois est écrit le nom d’un grand hebdomadaire, en l’occurrence l’Express (on se doute qu’il ne s’agit pas de M. ou Mme Express). Parfois de simples initiales énigmatique, comme KMBO ou HD (Humanité Dimanche ?). Sans parler de l’insensé signature « A voir et à lire »… comble de l’incompétence ! 6/ Enfin dans la grille des programmes, censé être le lieu où l’on s’y retrouve en un clin d’œil, un encadré de l’horaire est présenté comme indiquant la « Dernière diffusion ». Idéal… sauf que parfois c’est le samedi à 14h15 alors qu’une projection est notée pour le dimanche qui suit (Le secret de la pierre de lune) … ou il n’y a pas de fin indiquée alors que le film ne passe plus (The grand Budapest hotel). 7/ Enfin, une faute d’orthographe qu’il est difficile de pardonner par une faute de frappe ce fabuleux « faussés » dans cette phrase « (…) met ici en scène d’amour sous fond de faussés socioculturels (…)  du texte la critique de « Pas son genre ». Et je ne voudrais pas insister sur le « sous fond… » afin de ne pas descendre trop bas. Bref, c’est un véritable feu d’artifice des loupés. On pourra objecter que le numéro 88 est en fait un numéro zéro. On peut aussi penser, malheureusement, que c’est la direction du cinéma qui a atteint ce niveau plancher.