Le printemps communicant et l’Europe des citrons

N'oubliez jamais que la lecture "papier" procure des plaisirs sans être capté et limité par les pixels des LED d'un écran, mais au plein large du format ciel.
N’oubliez jamais que la lecture « papier » procure des plaisirs sans être capté et limité par les pixels des LED d’un écran, mais au plein large du format ciel.

CALEPIN HEBDO 1 – Heureux hasard pour le lancement de la rubrique hebdomadaire « Calepin Hebdo », la communication y a une grande place, notamment – et c’est suffisant rare pour être souligné, la naissance d’un nouveau journal, hebdomadaire lui-aussi, mais papier. C’est le un qui veut faire mentir les tenants de la fin de la presse papier. J’y crois, même de derrière mon ordinateur…

Lundi 7 – Vivre ensemble

Sous l’appel à l’espoir de Martin Luther-King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots », une publicité corporate titrée « Vivons ensemble » dans nos quotidiens. Le texte présenté à l’initiative du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) il est signé par 5 représentants d’autorités religieuses (catholique, musulmane, protestante, juive, bouddhiste), 5 dirigeants politiques (PS, UMP, UDI, MODEM, EELV) et deux responsables syndicaux (CFDT, CFTC). Je relis… et m’aperçois que des leaders de gauche et d’extrême gauche (politique et syndicale) manquent à l’appel. Avec cette immédiate question : pourquoi ? N’ont-ils pas été sollicités, ont-ils oublié le courrier dans la bannette… Seraient-ils contre ? Dans ce cas, à nouveau… pourquoi ? Aurons-nous un jour l’explication de ce « blanc » d’organisations et de leaders d’ordinaire moins silencieux et parfois même tonitruants ?

Mardi 8 – Costume de printemps pour L’ Humanité

Quand on aime la presse, on l’aime dans son entier. Même lorsqu’on ne partage pas son point de vue. C’est pourquoi en ce jour de nouvelle maquette de l’Humanité (probablement le quotidien qui en a le plus changé ces dix dernières années), je la salue ici. Le quotidien, qui diffuse en moyenne France 40 558 exemplaires payés, ambitionne un rebond. Sur la première Une, on découvre un logo qui n’est pas en haut de page mais, en bandeau, sous une photo qui le surplombe. Étonnant et rare sinon révolutionnaire ! Plus classique, la typographie me semble faire un retour dans le passé, façon vintage « à la mode ». Je fus un lecteur assidu il y a bien longtemps quand l’Humanité était explicitement « le quotidien du Parti Communiste Français » (ce qu’il est toujours même s’il ne l’affiche plus), et si j’ai bon souvenir, il me semble  que les caractères d’aujourd’hui se réfèrent à cette époque des années 1970. Il est vrai qu’à partir d’un moment, ou on se répète, ou bien on se trompe.

Mercredi 9 – L’Europe des citronniers

L’Europe commence à démanger les esprits … ça sent les élections. Dans Le Monde un article signé par le sociologue et philosophe allemand Ulrich Beck, au titre plein de soleil « Oui à l’Europe des citronniers ! ». Naturellement le propos est acide mais aussi, contrairement à la politique allemande, tourné vers l’espoir d’une pensée Méditerranée, terme emprunté à la journaliste Iris Radisch « La pensée Méditerranée, à la fois régionale et confédérale, a survécu aux grandes idéologies nationales et politiques et c’est peut-être la seule utopie sociale du XXIe siècle qui a encore un avenir. » Et le professeur à l’université de Munich d’écrire : « Ne peut-on pas dire que, si les Allemands avaient été à l’école des joueurs de pétanque du sud de l’Europe, ils n’auraient jamais plongé le monde dans la seconde guerre mondiale ? Ou si la chancelière Angela Merkel avait été une passionnée de pétanque, jamais elle n’aurait cherché à convertir les pays méditerranéens à une cure d’économie d’allure très protestante ? Et si Poutine était né sur les bords de la Méditerranée et avait pratiqué la pétanque depuis son enfance, jamais il n’aurait eu l’idée totalement folle d’annexer l’Ukraine ! ». Et plus sérieusement encore : « Le nationalisme interventionniste et agressif de Poutine montre que l’on ne peut pas projeter le passé des nations sur l’avenir de l’Europe sans détruire l’avenir de ce continent. Mais qui sait si l’ethno-nationalisme impérial de Poutine ne constitue pas un choc salutaire pour une Europe accablée par l’égoïsme national ? On le voit, rejouer la carte nationale, c’est réactiver les tendances autodestructrices de l’Europe, et cela ne vaut pas seulement pour Poutine mais aussi, d’une autre façon, pour la Grande-Bretagne comme pour la droite et la gauche antieuropéennes. » C’est toujours agréable de lire les philosophes

Jeudi 10 – le un se déploie

Ce journal, lancé par Éric Fottorino et ses compères Laurent Greilsamer, Natalie Thiriez et Henri Hermand, veut ouvrir ses ailes de papier au plus large pour nous questionner. Ouvrir veut ici dire déplier car le format (qui me fait penser à certains supports de la campagne électorale des municipales à Montreuil…) passe en trois ouvertures successives de l’A4 à l’A1… en passant par les beaux imprimés A3 et A2. Ne voyez pas en cet endroit une publicité cachée… le un n’en a pas, même subliminale. Hebdomadaire le un n’a qu’un thème (pour son numéro 1 « La France fait-elle encore rêver ? ») par parution et son dépliage d’ailes de papier (la racine latine d’expliquer n’est autre que… déplier, précise Éric Fottorino qui, à l’évidence, a fait ses humanités) ouvrira chaque semaine des espaces de rêves et de réflexions portés par de belles plumes de poètes, de philosophes, d’académiciens (mais oui !), de réalisateurs, d’écrivains, de chorégraphes, d’historiens, de photographes (car il y a de la quadrichromie où il faut et juste où il faut)… et de journalistes. L’équipe de cet ovni (objet venu nous interpeller) salutaire qu’est le un n’est pas là pour faire un numéro de marketing, elle ambitionne seulement de proposer un des possibles renouveaux de la presse écrite et imprimée. Merci aux concepteurs, aux financiers… et aux nombreux lecteurs que j’invite à me rejoindre pour ce grand moment de plaisir à seulement 2,80 € tous les mercredis.

Vendredi 11 –  Sony surchauffe

« Éteignez immédiatement votre ordinateur ». C’est l’appel par un communiqué de presse de Sony à tous ses clients ayant choisi le PC portable Vaio Fit 11A. Une première dans l’injonction d’urgence pour le geste du consommateur… mais il y a moins de réactivité pour le geste du constructeur vendeur Sony. En effet, il faudra attendre avant d’ouvrir à nouveau sa boite mail – on ne sait combien de temps ! – puisque le même communiqué de presse précise « Nous sommes en train d’étudier le contrôle et la réparation gratuite des produits affectés. »  Écrans noirs et cauchemar du géant japonais de l’électronique qui pourtant avait récemment décider de ne plus rêver du marché des ordinateurs. En février dernier un accord était signé pour la vente de 95 % de sa division PC à Japan Industrial Partners (JIP), un fonds d’investissement japonais. Pour Sony, c’est la surchauffe, pour JIP c’est le coup de froid.

Je vais aller à une conférence du Front de gauche

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Que mes lecteurs habituels ne s’inquiètent pas.

En effet, il s’agit du Front de gauche de l’art dont la revue LEF, créée par Vladimir Maïakovski en mars 1923 a été un moment révélateur des utopies (réelles) et des impasses (totales et sanglantes) de la révolution soviétique. Ce fut aussi une évolution des rapports entre l’art et le pouvoir… dont il faut noter (voir ci-dessous un extrait de « Le chantier russe », Littérature, société et politique. Tome 1 Edition de l’Harmattan par Claude Frioux) que les plus engagés auprès du pouvoir allaient, pour le plus grand nombre dont Maïakovski en premier, être les victimes. On voit combien les échauffements de l’esprit peuvent monter au front et faire perdre la raison aux plus censés et aux plus sincères.

« (…) Ils poussent à l’extrême le radicalisme utilitaire. L’art pour eux doit renoncer à toute recherche désintéressée, contemplative, décorative ou gratuitement inventive tels que les tableaux de chevalet, roman, longs poèmes, architecture d’apparat, etc.

En ce sens ils n’hésitent pas à réclamer bel et bien la mort de l’art tout entier, la disparition de la condition d’artiste.

C’était l’opinion défendue particulièrement par Tretiakov avec une âpreté d’inquisiteur digne de Pisarev. L’artiste doit devenir un technicien « producteur » comme les autres. Il prêche « la désindividualisation et la déprofessionnalisation de l’art. »

LA REVUE LEF – VLADIMIR MAÏAKOVSKI

Conférence proposée par Gérard Conio, professeur émérite de l’histoire de l’art à Université Nancy 2.

Centre Pompidou – Petite salle

Dimanche 24 novembre de 11h30 à 13h00.

L’homme nouveau emporté par les eaux

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Soutenu par Gorki, professeur à l’Institut Polytechnique, un des maîtres et inspirateurs du cercle littéraire des « Frères Sérapion », Evgueni Zamiatine avait une place de premier plan dans le monde littéraire soviétique. Mais voilà, en 1920 il avait écrit Nous autres où il  exprime ses grandes craintes face à l’institutionnalisation de la Révolution en laquelle il crût comme tant d’autres. À un tel point que cet ouvrage, interdit par la censure, véritable contre-utopie, est considéré comme la source d’inspiration du 1984 d’Orwell. Suite aux traductions anglaise (1924), tchèque (1927) et française (1928), traductions pourtant réalisées sans son aval, il est accusé d’anti-bolchévisme en 1929 aux côtés de Boris Piliak et d’Ilya Ehrenbourg. Il démissionne de l’association des écrivains et publie L’Inondation, ultime parution d’avant l’exil. En 1932 et il se réfugie à Berlin, puis s’installe à Paris où il décèdera en 1937 à 53 ans. Extrait : (…) Sofia fit le tour de la maison. De fait, la fenêtre n’était pas attachée. Sofia l’ouvrit sans peine et se glissa dans la cuisine. Elle pensa : n’importe qui pourrait entrer – peut-être était-ce déjà fait ? Elle crut entendre un bruissement dans la pièce voisine. Sofia se tint coite. Pas un bruit, hormis le tic-tac de la pendule, au mur, qui résonnait jusqu’en elle. Sans bien savoir pourquoi, elle se mit à marcher sur la pointe des pieds. Sa jupe se prit dans la planche à repasser, qui était appuyée contre la porte, et elle se renversa à grand fracas. Aussitôt retentit dans la chambre un piétinement de pieds nus. Sofia poussa un petit cri, recula vers la fenêtre – il fallait se sortir de là – appeler à l’aide… Elle n’en eut pas le temps (…)». La suite, comme vous savez, en cliquant sur Chemins de lecture www.daniel-chaize.com (rubrique située juste sous le 9)

Zamiatine (Evgueni), L’Inondation, Édition Sillage, avril 2013.