ADEL HAKIM, SES ROSES ET SON JASMIN À JAMAIS

Adel Hakim, acteur, metteur en scène et dramaturge nous a quitté prématurément à la fin de l’été dernier. Ses combats pour la paix et l’amour entre les hommes ont été incessants dans ses dramaturgies et dans sa vie. Fils d’un père égypto-libanais et d’une mère italienne, il ressentait au plus profond de lui-même l’égalité qui nous unit tous. Il ne se résignait pas à accepter les guerres d’où qu’elles viennent. Une humanité exceptionnellement rare portée par une voix douce et une écoute attentive et respectueuse de tous les points de vue dès l’instant où ils étaient portés par la raison.

Le Théâtre des Quartiers d’Ivry, dont il fut le directeur avec Élisabeth Chailloux reprend à partir de soir et jusqu’au 16 mars sa dernière pièce (texte et mise en scène) « Des roses et du jasmin » qui fut unanimement salué par la critique et le public (voir les nombreuses critiques sur le site theatre-quartiers-ivry.com). À voir absolument.

Trois générations

Dans les années quarante, l’Angleterre occupe la Palestine. Une jeune juive venue de Berlin, Miriam, tombe amoureuse de John, un officier anglais. Ils auront une fille, Léa. Dans les années soixante, Léa tombe amoureuse de Mohsen, un jeune palestinien. Ils auront deux filles, Yasmine et Rose. Vingt ans plus tard, au moment de l’Intifada de 1988, Yasmine et Rose se trouveront dans deux camps opposés.

Allant de 1944 à 1988, Des Roses et du Jasmin relate le parcours, à travers trois générations, d’une famille dans laquelle convergent les destins de personnages palestiniens et juifs.
La Tragédie Grecque a servi de modèle pour ce spectacle. L’intime y est mis en rapport avec la société et le monde. Le spectateur se trouve alors seul juge des actes des protagonistes. Le poids du passé, pour tout individu, quel qu’il soit, détermine son identité, son inconscient, ses actions, son destin. Il y a certes une part de libre arbitre dans nos choix et dans nos projets de vie. Mais nous sommes constitués, génétiquement et culturellement, de ce que les générations précédentes ont construit et nous ont légué. Il est fort difficile de se libérer, ne serait-ce que partiellement, de ce poids du passé. A moins d’avoir conscience qu’il existe. Et d’en parler.
Dans Des Roses et du Jasmin ce n’est pas seulement du Moyen-Orient qu’il s’agit ou de communautés particulières. C’est ce que nous vivons tous, d’une manière ou d’une autre.

Adel Hakim

 

Tragique d’aujourd’hui en Palestine

“Avec deux productions en quatre ans, le metteur en scène Adel Hakim redonne un véritable élan au Théâtre National Palestinien (TNP). Son premier spectacle présenté ici, on s’en souvient encore, Antigone de Sophocle, a été un authentique succès. Si la logique existe en matière théâtrale, il ne fait aucun doute que Des Roses et du Jasmin devrait suivre le même chemin. Créé le 2 juin à Jérusalem-est, le nouveau spectacle qui retrouve le même excellent noyau de comédiens que pour Antigone, marque le retour d’Adel Hakim à l’écriture théâtrale que l’on espérait depuis longtemps. Un retour pour le moins ambitieux, puisque cette “ épopée musicale ”, entend rien moins que de développer sur trois générations successives l’histoire d’Israël et de la Palestine, de 1948 à 1988. Ecrite et montée dans l’exacte suite d’Antigone, elle met en présence sur le plateau, dans un égal partage et dans une égale implication, les deux protagonistes du conflit, les protagonistes de la tragédie. De l’écriture à sa réalisation scénique, il est évident qu’Adel Hakim pense à la tragédie grecque, met ses pas dans ceux d’Eschyle et de Sophocle, invente une histoire de famille à l’aune de celle des Labdacides ou des Atrides.”

Jean-Pierre Han

Les Lettres françaises

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Je vais aller à une conférence du Front de gauche

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Que mes lecteurs habituels ne s’inquiètent pas.

En effet, il s’agit du Front de gauche de l’art dont la revue LEF, créée par Vladimir Maïakovski en mars 1923 a été un moment révélateur des utopies (réelles) et des impasses (totales et sanglantes) de la révolution soviétique. Ce fut aussi une évolution des rapports entre l’art et le pouvoir… dont il faut noter (voir ci-dessous un extrait de « Le chantier russe », Littérature, société et politique. Tome 1 Edition de l’Harmattan par Claude Frioux) que les plus engagés auprès du pouvoir allaient, pour le plus grand nombre dont Maïakovski en premier, être les victimes. On voit combien les échauffements de l’esprit peuvent monter au front et faire perdre la raison aux plus censés et aux plus sincères.

« (…) Ils poussent à l’extrême le radicalisme utilitaire. L’art pour eux doit renoncer à toute recherche désintéressée, contemplative, décorative ou gratuitement inventive tels que les tableaux de chevalet, roman, longs poèmes, architecture d’apparat, etc.

En ce sens ils n’hésitent pas à réclamer bel et bien la mort de l’art tout entier, la disparition de la condition d’artiste.

C’était l’opinion défendue particulièrement par Tretiakov avec une âpreté d’inquisiteur digne de Pisarev. L’artiste doit devenir un technicien « producteur » comme les autres. Il prêche « la désindividualisation et la déprofessionnalisation de l’art. »

LA REVUE LEF – VLADIMIR MAÏAKOVSKI

Conférence proposée par Gérard Conio, professeur émérite de l’histoire de l’art à Université Nancy 2.

Centre Pompidou – Petite salle

Dimanche 24 novembre de 11h30 à 13h00.

L’homme nouveau emporté par les eaux

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Soutenu par Gorki, professeur à l’Institut Polytechnique, un des maîtres et inspirateurs du cercle littéraire des « Frères Sérapion », Evgueni Zamiatine avait une place de premier plan dans le monde littéraire soviétique. Mais voilà, en 1920 il avait écrit Nous autres où il  exprime ses grandes craintes face à l’institutionnalisation de la Révolution en laquelle il crût comme tant d’autres. À un tel point que cet ouvrage, interdit par la censure, véritable contre-utopie, est considéré comme la source d’inspiration du 1984 d’Orwell. Suite aux traductions anglaise (1924), tchèque (1927) et française (1928), traductions pourtant réalisées sans son aval, il est accusé d’anti-bolchévisme en 1929 aux côtés de Boris Piliak et d’Ilya Ehrenbourg. Il démissionne de l’association des écrivains et publie L’Inondation, ultime parution d’avant l’exil. En 1932 et il se réfugie à Berlin, puis s’installe à Paris où il décèdera en 1937 à 53 ans. Extrait : (…) Sofia fit le tour de la maison. De fait, la fenêtre n’était pas attachée. Sofia l’ouvrit sans peine et se glissa dans la cuisine. Elle pensa : n’importe qui pourrait entrer – peut-être était-ce déjà fait ? Elle crut entendre un bruissement dans la pièce voisine. Sofia se tint coite. Pas un bruit, hormis le tic-tac de la pendule, au mur, qui résonnait jusqu’en elle. Sans bien savoir pourquoi, elle se mit à marcher sur la pointe des pieds. Sa jupe se prit dans la planche à repasser, qui était appuyée contre la porte, et elle se renversa à grand fracas. Aussitôt retentit dans la chambre un piétinement de pieds nus. Sofia poussa un petit cri, recula vers la fenêtre – il fallait se sortir de là – appeler à l’aide… Elle n’en eut pas le temps (…)». La suite, comme vous savez, en cliquant sur Chemins de lecture www.daniel-chaize.com (rubrique située juste sous le 9)

Zamiatine (Evgueni), L’Inondation, Édition Sillage, avril 2013.