Les portraits masqués du Musée du Louvre

Le LouvreCe sont des touristes étrangers interrogatifs devant ces visages masqués de la palissade et les prenant en photos qui m’ont invité à faire de même.

En effet la communication grand format #MuséeduLouvre a de quoi surprendre. Multipliant en plusieurs langues le joli mot de « bienvenue », la photo de la borne d’accueil – laquelle en réalité est située à quelques mètres seulement – expose de bien laids visages des hôtesses et hôtes en charge de l’information. Pourquoi ? Pour préserver leur identité ? Dans ce cas, à la demande de qui et pourquoi ne pas hésiter alors à montrer celle d’amateurs du musée qui n’ont pas été « floutés » ? Pourquoi ne pas avoir choisi un autre graphisme, des volontaires, un « casting », le dessin par exemple, que cette photographie de piètre qualité où le personnel est tout simplement transformé en pantins particulièrement rebutants ?

Ces « tâches » ou « pâtés » sont une bien étrange manière de recevoir le public qui fait vivre le musée ! Une certaine manière aussi de considérer et présenter le service public et d’utiliser les moyens de communication.

Été 14… un monde si ancien ?

Canotier, cravate et insouciance...
Canotier, cravate et insouciance…

 

23 juillet – 4 août 1914… Comment de l’ultimatum de l’Autriche à la Serbie soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat de François-Ferdinand, l’archiduc héritier du trône de l’empire Austro-Hongrois, à l’entrée en guerre du Royaume-Uni, des politiques en vacances ou en voyage, des chancelleries se croyant en capacité de rétablir toutes les situations tendues dont elles sont les actives manipulatrices, comme des empereurs de même famille, et nombre d’acteurs principaux qui ne voulaient pas la guerre… arrivent néanmoins, par leurs conventions établis, leurs actes et au final leur volonté à déclencher la Grande guerre. Celle dont tous étaient en conscience qu’elle allait être une boucherie humaine puisque tous savaient combien les nouveaux matériels étaient en capacité de destructions massives. Deux empires disparurent, celui d’Autriche-Hongrie et l’empire Ottoman, l’Allemagne vaincue en tirera un ressentiment qui fut un des éléments déclencheur de la seconde guerre mondiale. L’Europe subissait là une saignée dont on mesure aujourd’hui qu’elle mit fin à son « âge d’or » (de certains) et qu’elle fut son suicide collectif. Par une présentation très didactique, en sept espaces thématiques, qui met très bien en valeur les collections de la Bibliothèque nationale de France, nous sommes plongés au cœur de ces treize jours… avec cette angoissante question : avec aujourd’hui les mêmes ressentiments nationaux (qui montent), les mêmes incompétences de politiques dépassés par des événements sur lesquels ils n’ont plus prise (qui dirige ?), les mêmes intérêts économiques avivés par la crise, qui peut affirmer l’impossibilité d’un même enchainement « mécanique » de perte de contrôle généralisée ? Ne serions-nous pas à nouveau dans « les derniers jours de notre monde » ?

Bibliothèque Nationale de France – Site François Mitterrand. Quai François-Mauriac, Paris 75013.

Exposition ouverte du mardi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 13h à 19h.

Auguste, le premier empereur de communication.

Auguste, l'empereur de l'âge d'or de Rome
Auguste, l’empereur de l’âge d’or de Rome.

 

Fils adoptif de Jules César, après l’assassinat de ce dernier (15 mars 44 av. J.-C.), Octavien doit composer avec ses rivaux et instaure (43 av. J.-C.) le second triumvirat (le premier fut celui de César avec Pompée et Crassus) avec deux autres césariens, Lépide et Marc Antoine. Mais à la suite de la victoire de la bataille navale d’Actium (31 av. J.-C.), il prend pied autour d’Alexandrie en Egypte et après les suicides d’Antoine et Cléopâtre (30 av. J.-C.), il devient seul détenteur du pouvoir. Trois ans plus tard le sénat lui donne le titre d’Augustus et celui qui était nommé jusqu’alors Octavien devient Auguste. Il sera le premier empereur romain et marquera le siècle de son règne de son nom puisqu’il sera à jamais qualifié de « siècle d’Auguste ». Son goût pour les arts et les lettres, l’inscription de son règne dans une période de longue paix (relative) et de prospérité (tout aussi relative) lui faisait dire qu’il avait trouvé une Rome de briques et qu’il laisserait une Rome de marbre. L’exposition « Moi, Auguste, empereur de Rome » remarquablement agencée et présentant des pièces rares, fait revivre l’effervescence de ce règne exceptionnel. Je retiendrai, comme ce fut le cas au musée archéologique de Séville (ville « italienne » en Espagne s’il en est), le véritable tournant de communication imprimé par Auguste pour asseoir sa domination spirituelle, économique et militaire. Il instaura la création et la multiplication en grand nombre de ses statues reproduites en tous les formats possibles. De même les pièces de monnaies et bijoux à son effigie ont rapidement – à son initiative mais aussi à celle de ceux qui voulaient lui prouver leur amour et fidélité ! –littéralement envahi le territoire de l’empire. Il offrait les premières aux cités et peuples vaincus ou associés avec méthode, les secondes se multipliaient avec ferveur. Auguste avait une volonté précise être reconnu de tous. Ainsi, sur les sculptures, ce fin travail attaché à la représentation d’une mèche de cheveux caractéristique de son port et véritable signature à vocation universelle. Auguste fut donc le premier empereur de communication.

Jusqu’au 13 juillet 2014. Ouvert tous les jours de 10h00 à 20h00. Nocturne jusqu’à 22h00 le mercredi.

GRAND PALAIS, GALERIES NATIONALES
3, avenue du Général Eisenhower – 75008 Paris.

L’exposition est organisée par la RMN – GP et le musée du Louvre, Paris, avec l’Azienda Speciale Palaexpo – Scuderie del Quirinale et les musées du Capitole, Rome.

Intelligentsia… inédite !

© Photo : RGAKFD – André Gide lors de son voyage en URSS en 1936
© Photo : RGAKFD – André Gide lors de son voyage en URSS en 1936

L’exposition m’avait échappé et elle se termine ce 11 janvier ! Des archives inédites du XXème siècle entre France et Russie, voilà pourtant une révélation – partielle toutefois – de grand intérêt. Il s’agit en effet, par une collaboration entre les archives de la Fédération de Russie et des fonds méconnus de France, d’une première depuis l’effondrement du Bloc soviétique. Trois cents pièces éclairent ce siècle mouvementé d’idéologies antagonistes. C’est un choc de découvrir André Gide, dont on sait qu’il fut à ce point bouleversé par son « voyage en URSS » (en 1936) qu’il publia son « Retour d’URSS » qui lui valut les attaques haineuses des communistes alors qu’il décrivait parmi les premiers ce qu’était le totalitarisme soviétique. De le voir, aux côtés de Staline et Molotov sur les murs du Kremlin, saluer la dépouille de Maxime Gorki est d’autant plus frappant que l’on voit aussi, sur une photo proche, le « petit père des peuples » porter le catafalque du grand écrivain. La mise en scène est là à son apogée pour une propagande qui ne néglige pas, les privilégiant même, les intellectuels nombreux que l’on découvre dans cette belle exposition : Henri Barbusse et Céline, Jean-Richard Bloch, Aragon et Triolet, Eluard, Malraux… les plus grands sont là qui comme Picasso, sa colombe et son fameux portrait de Joseph Staline. Tous ont été séduits, sont devenus et restés des compagnons de route ou, plus ou moins rapidement, sont devenus des dissidents honnis. Que d’illusions perdues pour autant d’acteurs engagés dans leur art et dans la société. Il fallait au totalitarisme un homme nouveau et c’est d’une manière inédite que l’on découvre comment il a tenté de façonner une intelligentsia inédite. Au final avec grands dégâts, mais sans succès.

École nationale des beaux-arts – 13, quai Malaquais, 75006 Paris / Jusqu’au 11 janvier.

www.france-russie2012.com