Juste un point d’ironie…

Point d'ironie MetzgerLe n° 58 du périodique Le point d’ironie * est réalisé par Gustav Metzger. Né en Allemagne dans une famille juive polonaise orthodoxe, il arriva en Grande-Bretagne avec un convoi d’enfants réfugiés en 1929 ; ses parents et d’autres membres de sa famille périront dans les camps. Metzger, radical, est un pionnier de l’art conceptuel et performatif, ainsi qu’un militant intransigeant des causes anticapitalistes et environnementales.

* Le point d’ironie trouve son origine lors d’une discussion entre agnès b, Christian Boltanski et Hans-Ulrich Obrist en 1997.

Six à huit numéros paraissent chaque année. Chacun est investi par un artiste qui se l’approprie pour en faire un objet d’art singulier.

Périodique atypique tant par sa gratuité, son format et sa diffusion, le est distribué sur le mode de la dispersion numéros déjà parus : d’ironie (cent mille exemplaires à travers le monde dans des musées, galeries, librairies, écoles, cinémas, boutiques, etc.)

Inventé par l’écrivain français Alcanter de Brahm à la fin du XIXe siècle, le « point d’ironie » est un signe de ponctuation employé à la fin des phrases (comme un point d’exclamation ou un point d’interrogation) pour indiquer les passages ironiques d’un texte.

L’ironie fondatrice de Paul Klee à Beaubourg Centre Pompidou

Chemins de serpents, 1934. Aquarelle et crayon sur toile sur châssis à clés, cadre original, 47,6 x 63,8 cm. Collection particulière. © Photo Éric Simon.
Chemins de serpents, 1934. Aquarelle et crayon sur toile sur châssis à clés, cadre original, 47,6 x 63,8 cm. Collection particulière. © Photo Éric Simon.

Très belle et rare exposition de Paul Klee au centre Pompidou. Peintre majeur du XXème siècle, il reste encore partiellement méconnu. Ainsi cette exposition est la première grande rétrospective qui lui est consacrée depuis 1969… Cela fait long, mais elle est magnifique par les 230 œuvres retenues et les sept sections thématiques qui permettent de comprendre un artiste au final assez radical malgré ses évolutions picturales inscrites dans son temps. Le titre de l’exposition « L’ironie à l’œuvre » est, de ce point de vue, particulièrement bien choisi. Tout d’abord car il y a de nombreux tableaux que l’on peut qualifier de « drôles », même parmi ceux qui sont très loin dans le temps et la forme de ses premiers dessins satiriques. Mais plus fondamentalement parce que Paul Klee, sûr de son talent, a toujours voulu servir la liberté. La sienne et celle de la société des hommes où il était pleinement impliqué, notamment jusqu’à la fin de sa vie avec une dénonciation et un combat artistique sans équivoque contre le nazisme et Hitler.

Paul Klee – L’ironie à l’œuvre

Jusqu’au 1er août 2016 – Centre Pompidou.

L’exposition « Picasso. Sculptures » : du Paléolithique aux studios Pixar

© Photo Andrew Burton / Getty Images North America / AFP
© Photo Andrew Burton / Getty Images North America / AFP

Comme promis dans mon texte d’hier « Miquel Barceló au musée Picasso », restons sur les lieux du Musée et investissons les étages de l’Hôtel Salé pour une magnifique exposition de maitre des lieux en tant que sculpteur. Elle est tout simplement à ne pas rater ! Pour l’évoquer, je ne vois pas comment faire mieux que de publier quelques extraits du très beau texte « Picasculpteur » par Marc Lambron, de l’Académie Française à disposition sur place (édition spéciale Le Point). (…) « C’est que la sculpture, avec des nuances, est longtemps restée pour Picasso un terrain de jeu, le lieu discret de la non proclamation. Certes, à l’époque de « Tête de femme, Fernande », considérée en 1909 comme la première sculpture cubiste, l’artiste faisait éditer et diffuser par le marchand Ambroise Vollard des figures de bronze. Certes, il laissa le photographe Brassaï pénétrer en 1932 dans son atelier de Boisgeloup pour de saisissants clichés de plâtres convulsés. Mais le Minotaure lyrique qu’était Picasso sembla longtemps réserver à ses sculptures le destin de stèles magnétisantes et dérobées, comme un Stonehenge intime d’où il tirait sa force tellurique. Il fallut attendre la grande rétrospective de 1966 pour que le Petit Palais révèle la fulgurance du Picasso sculpteur, dont l’exposition « Picasso sculpteur – du centre Pompidou donna en 2000, sous l’œil de Werner Spies, une vision mieux archivée et plus raisonnée. (…) Modelages de terre et de plâtre, taille de la pierre et du bois, assemblages, tôle pliée, bronzes coloriés, fer soudé, céramiques, monde ovidien des muses et des déesses, clin d’œil aux bois sculptés de Gauguin, Vénus de Lespugue d’époque Charlie Chaplin, préfiguration de Calder et de Giacometti, chèvres et guenons, femmes lacérées, totems stravinskiens, idoles océaniennes, paganismes ironisés. (…) Décidemment, Picasso n’aura rien raté, pas même ses silences. Il alignait parfois ses sculptures sur la terrasse des thébaïdes comme des pièces de jeu d’échecs, des compagnons de théâtre. À les regarder, on oscille dans une longueur de vision qui irait des poupées du Paléolithique aux figurines des studios Pixar. La dialectique du secret et l’extraversion travaille l’ensemble. »

Jusqu’au 28 août

Musée national Picasso-Paris. 5, rue de Thorigny. 75003 Paris. Fermé le lundi.

Miquel Barceló au musée Picasso

Tableau « En las tablas », Miquel Barceló (1990) au Musée Picasso, jusqu’au 31 juillet 2016, exposition « Sol y sombra ».
Tableau « En las tablas », Miquel Barceló (1990) au Musée Picasso, jusqu’au 31 juillet 2016, exposition « Sol y sombra ».

On ne peut dire si le taureau et le toréador se sont trouvés rapprochés par leur combat ou par la force du tourbillon qu’ils ont donné à l’arène… Ont-ils trouvé, enfin, un état de calme, d’apaisement après l’épuisement, de sérénité d’âme ? Avec ses yeux ouverts entre les cornes levées le taureau veut-il mettre fin à la lutte entre la vie et la mort ? Ce n’est plus l’habit de lumière qui nous éclaire, mais une clarté dont on ne sait si elle va les élever ou les entraîner dans un abîme.

La belle exposition d’un peintre essentiel de notre siècle est malheureusement mal mise en valeur, reléguée dans un sous-sol labyrinthique (quel manque de signalétique dans tout le musée !) et dont les trop peu nombreux exemplaires de tableaux, céramiques et sculptures me semblent desservir l’artiste. Quand on a eu la chance de découvrir son exposition « Terra-Mare » à Avignon en 2010 sur les trois sites Palais des papes, Collection Lambert et Petit Palais, on ne peut que rester sur sa faim. Malgré tout, notamment pour tous ceux pour qui il s’agit de découverte et pour les travaux les plus récents, c’est absolument à voir. D’autant que le même billet offre l’exposition unique et rare « Picasso. Sculptures » que nous évoquerons demain.