La « Lantern », la lampe d’Aladin censée éclairer les journalistes

Assis au bureau, en marche ou à la course pour le travail, le Financial Times a créé sa « Lantern » pour suivre ses lecteurs pas à pas. Les journalistes seront ainsi éclairés pour le « succès » de leurs articles. Lueur d’espoir économique pour la presse ?
Assis au bureau, en marche ou à la course pour le travail, le Financial Times a créé sa « Lantern » pour suivre ses lecteurs pas à pas. Les journalistes seront ainsi éclairés pour le « succès » de leurs articles. Lueur d’espoir économique pour la presse ?

Les journaux s’intéressent de plus en plus à leurs lecteurs. Ils y tiennent pour mieux nous tenir car nous sommes de moins en moins fidèles et de plus en plus dispersés. En conséquence les plus grands titres font des efforts pour parvenir à nous séduire.

L’enjeu est considérable car il s’agit de contrer la baisse continue des revenus liée au départ du lectorat. Non seulement les journaux papiers souffrent ou disparaissent – le 26 de ce mois, un historique et beau titre de la presse anglaise The Independent arrêtera son édition papier pour passer au 100 % numérique – mais l’information en ligne est elle aussi confrontée à la baisse des revenus publicitaires et à la montée en puissance des « adblockers » qui accentue le risque de chute mortelle. Au profit, notons-le, de Facebook et Google qui attirent la publicité… et sont des lieux de partage d’informations qu’ils réceptionnent à bon compte. Gratuitement. Bien sûr, les éditeurs peuvent faire payer – ce qui relève de la plus stricte logique – les articles qu’ils produisent et diffusent. Plus de trois quarts des grands journaux américains ont un modèle payant pour leur site Internet. Un prix pour un certain nombre d’articles, plus cher pour l’abonnement.

Il faut donc fidéliser ! Le New York Times et le Financial Times ont été les pionniers de la contre-attaque. Dans la salle de rédaction du quotidien britannique – en fait désormais japonais puisque le groupe Nikkei l’a acquis en juillet 2015 – trône désormais au centre de la salle de rédaction un responsable de l’engagement avec l’audience. Et selon le rédacteur en chef, cela aurait changé la donne…

Le lecteur va donc être « pisté » sur la manière dont il consomme l’information et la partage. Autant de données sur son comportement qui permettent de mieux cibler la publicité. Voire de la personnaliser et de lancer de nouveau services hors médias.

Aujourd’hui le Financial Times a une équipe de 30 personnes chargées des études et des actions de fidélisation. Pour garantir l’efficacité, il a fallu cerner le concept même de lecteur engagé. Tom Betts, responsable data du journal, explique qu’au final trois critères ont été retenus. Le premier est le caractère récent ou non de la dernière visite du lecteur. Le deuxième est la fréquence des visites. Le troisième est celui des volumes d’informations consultées. L’important est de multiplier les profils « engagés » parmi les volages… sans perdre les « accrochés ».

Afin d’éclairer puissamment le chemin espéré de la réussite pour les journaux, le Financial Times croit avoir trouver sa lampe d’Aladin pour exaucer ses vœux de prospérité : la « Lantern ». Il s’agit d’un outil grâce auquel – en temps réel ! – chaque journaliste, car ils l’auront tous sous les yeux dans leur ordinateur, pour découvrir « l’engagement » suscité par ses articles.

Le métier de journaliste de demain, d’aujourd’hui déjà : avoir de bonnes informations ou des informations qui plaisent ? On peut être optimiste en étant certain que les bonnes informations plaisent toujours…

Article rédigé suite à la lecture d’articles rédigés par Nicolas Madelaine dans Les Échos du 2 mars 2016.

Les trois antisémitismes / L’identité de la France / Les banques défendent mieux l’intérêt général que les partis et les syndicats ! / L’Angleterre pays de petits épiciers / L’amitié, esprit de réciprocité.

Peut-être le Brexit sauvera-t-il aussi le continent. Il faut désormais, hélas, que l’Europe aille au bout de son impuissance pour se décider à exister.
Peut-être le Brexit sauvera-t-il aussi le continent. Il faut désormais, hélas, que l’Europe aille au bout de son impuissance pour se décider à exister. Jacques Juilliard, Marianne.

(…) Blum avait affaire à l’époque, comme tous les autres juifs, à un seul antisémitisme, qui était l’antisémitisme de droite, d’inspiration contre-révolutionnaire, qui s’était manifesté et cristallisé au moment de l’affaire Dreyfus et qui était très fort. Aujourd’hui, il y a au moins trois antisémitismes, qui sont à la fois différents et confondus. Il y a cet antisémitisme de droite classique qui revient, dans le sillage d’un catholicisme identitaire qu’on a vu surgir au moment de la Manif pour tous et qui s’est traduit par un phénomène comme « Jour de colère ». Il y a aussi l’antisionisme d’une partie de la gauche, pro-palestinien, dont la frontière avec une forme d’antisémitisme inavoué est mince et incertaine. Et il y a l’antisémitisme de provenance musulmane, qui a été longtemps quelque chose de non-dit. Il peut d’ailleurs aller jusqu’au crime avec l’islamisme politique. Le phénomène Dieudonné représente du reste une synthèse inédite de ces trois antisémitismes.

Pierre Nora, propos recueillis par Aude Lancelin, L’OBS, 23 février au 2 mars 2016, N° 2677.

(…) Les crises agricoles qui se succèdent mettent en jeu ce que l’historien Fernand Braudel appelait « l’identité de la France ». Moderniser l’agriculture, mais à quel prix ? Ne va-t-elle pas devenir américaine, hollandaise, danoise ou allemande, alors que, dans ces temps de mondialisation, la physionomie de la France, ses « pays » et ses paysages que recherchent tant de touristes étrangers, sont au cœur de sa singularité ? Au-delà du prix du lait ou du cochon, le nœud de la discorde est là, qu’aucun dirigeant politique ou syndical n’a encore jamais tranché.

Éric Fottorino, le un, 24 février 2016, N°95.

Bien peu d’institutions trouvent grâce aux yeux des Français sur le critère de l’intérêt général. Seules celles qui sont les plus proches d’eux font mieux que la moyenne : les maires (65 %), les petites entreprises (62 %) et les mutuelles. Les grandes entreprises, pourtant accusées souvent d’être devenues mondialisées, sont mieux classés (48 %) que syndicats (30 %) et politiques (15 %). Ensuite, c’est la dégringolade, avec quelques surprises : aux yeux de nos compatriotes, le gouvernement est moins au service de tous les Français que les grandes entreprises (40 %), et les syndicats moins que les banques (32 %) ! Étonnante aussi la place où sont relégués les nouveaux acteurs de l’économie numérique ou collaborative : réseaux sociaux, plateformes type AirBnB ou Uber (27 %)… Mais le comble du discrédit est atteint par les partis : seuls 15 % des sondés estiment qu’ils servent en bien la collectivité.

Henri Gibier, Les Échos WEEK-END, 26 et 27 février 2016, N° 20.

(…) Une chose et une seule reste claire : l’Angleterre est moins que jamais européenne : elle ne veut ni de l’euro, ni de Schengen, ni d’une diplomatie ni d’une politique européennes. La seule chose qu’elle défend jalousement, c’est la place financière de Londres, au détriment de Francfort, Paris ou Milan. Ce pays de grands commerçants est devenu un pays de petits épiciers, capables d’un héroïsme farouche, égal à celui de 1940-1941, autour de ses comptoirs. La complaisance des Vingt-Six envers l’Angleterre n’a su au fond qu’une signification : leur détermination à ne pas faire l’Europe. Ils ont supplié Cameron de rester l’alibi de leur inaction. En cédant à toutes les exigences de l’Angleterre, les Européens ont justifié le mépris dans lequel celle-ci les tient. Une seule chance demeure de repartir sur des bases saines : le Brexit ! À la vérité, on n’en voit plus bien les raisons, tant le Royaume-Uni est, dans le statu quo, libre de toute obligation envers l’Union. Je ne sais qui a dit que la force de l’Angleterre est dans ses imbéciles… Peut-être le Brexit sauvera-t-il aussi le continent. Il faut désormais, hélas, que l’Europe aille au bout de son impuissance pour se décider à exister.

Jacques Julliard, Marianne, 26 février au 3 mars 2016, N° 985.

(…) La Boétie («parce que c’était lui ; parce que c’était moi»), les affinités amicales restent mystérieuses mais elles renvoient à nos affects. Par contraste avec l’amour, on dira que l’amitié ne vient pas combler un manque, qu’elle consiste au contraire en une élection libre de l’autre à qui on donne sa confiance. Pour moi, il s’agit d’un sentiment désintéressé, sans aucune intention morale et sans autre dessein que celui d’être bienveillant. D’un ami je n’attends rien, sauf l’esprit de réciprocité, lequel ne renvoie pas à un quelconque calcul proportionnel des bienfaits mais tout à l’élan qui porte vers l’autre, à partir d’intentions homologues, et laisse soupçonner des possibles d’existence. Les amis échangent non de l’avoir, mais de l’être. Avez-vous remarqué que si les amants disent «nous», les amis disent toujours «je»? Toute amitié véritable implique à la fois rapprochement et maintien d’une distance, qui est l’autre nom du respect de la liberté de chacun.

L’amitié constitue un«être-avec» et non pas un «être-nous». A mon sens, le terme d’alter ego, traditionnellement utilisé pour qualifier les amis, n’est pas satisfaisant car ceux-ci sont à la fois semblables et différents. Je pense même que des amis très chers peuvent rester quelque peu étrangers l’un à l’autre. Je préfère parler d’ego alter car, je le redis, dans l’amitié, on ne s’oublie pas soi-même, autrement on aurait affaire à une relation motivée par la charité. Tous les penseurs de type kantien qui mettent sans cesse en doute nos intentions disent que l’amitié renvoie à soi, qu’elle relève en dernière instance d’un amour propre qui ne s’avoue pas comme tel. Selon moi, l’amitié renvoie plutôt à soi à travers l’autre: c’est un altruisme par amitié de soi qui bannit l’égoïsme de l’individu renfermé sur lui-même. C’est pourquoi l’amitié représente le cœur battant de la réflexion éthique.

Michel Erman, philosophe, propos recueillis par Robert Maggiori et Anastasia Vécrin, Libération, 27 et 28 février 2016, N° 10814.

De « Spotlight » à « Global Connection », vers quelle presse allons-nous ?

De Spotlight à Global ConnectionAlors que les ventes de la presse quotidienne française continuent de chuter et que, pour la première fois en 2015 aussi largement, ce sont les résultats de la presse hebdomadaire – jusqu’ici fleuron de la presse nationale – qui lui emboîtent le pas, il est toujours bon de rappeler l’importance d’une presse forte et indépendante.

Spotlight nous en offre l’occasion. Le film solide de Tom McCarthy, inspiré d’un fait réel – une enquête de plus de six mois en 2001 qui aboutit en 2002 à la révélation d’abus sexuels sur mineurs perpétrés par 90 prêtres de l’archidiocèse de Boston – décortique le travail quotidien des journalistes mobilisés sur le sujet. Sans effets de manche, de mise en scène ronflante, sans gloriole « héroïque », mais au contraire au plus près de cette routine répétitive nécessaire à la recherche et au recoupement des faits et des sources. Sans omettre les doutes voire les arrangements avec la vérité qui parfois prennent le dessus par manque de vigilance, par endormissement ou faiblesse face à  « l’esprit dominant » du moment. Le Boston Globe n’avait-il pas laisser passer comme insignifiants des avertissements précis et probants envoyés par des lanceurs d’alerte quelques années plus tôt ?

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette histoire. La première est le rôle décisif de l’impulsion initiale. Ici, c’est un nouveau rédacteur en chef – ne connaissant pas Boston et ne mesurant pas la force de l’emprise de l’Église catholique sur la ville fondatrice de l’Amérique catholique avec la présence d’immigrés irlandais, italiens, allemands et polonais. Venu pour essayer de redresser la situation financière du Boston Globe, il n’hésite pourtant pas – parce que peut-être justement il est de l’extérieur et par ailleurs de confession juive – à lancer sur le sujet l’équipe dédiée aux enquêtes de fond, Spotlight, en lui donnant le temps, les moyens et sa protection. Il agit uniquement en professionnel de l’information.

Après l’impulsion, il faut que la rigueur et le talent suivent. Quatre journalistes seulement en équipe restreinte. Elle travaille dans le secret et isolée des autres journalistes du quotidien. La ténacité chevillée au corps, la franchise directe lors des désaccords qui surgissent, l’honnêteté et la transparence vis-à-vis des sources, le tact réservé d’interviewer rodé à toutes les situations sont là. La connaissance des réseaux influents de la ville – politiques, avocats, religieux – par le responsable, lui-même diplômé de la plus grande école de la ville, parachève l’ensemble. Tous sont reconnus par tous comme intègres. Ce qu’ils démontreront.

Autant de forces qui jointes à la puissance économique du groupe de presse sont l’indispensable gage de la réussite de telles enquêtes. Notamment dans ce monde de concurrence où le Boston Globe doit affronter tous les jours le Boston Herald, journal conservateur affirmé.

Depuis 2002, date de la sortie de l’enquête de Spotlight, on sait que le nombre de prêtres coupable d’abus sexuels sur Boston n’était pas de 90, mais de 293. On sait aussi que Boston et les États-Unis plus largement n’étaient pas les seuls pays touchés par ce fléau avec la bénédiction du pouvoir central de l’Église, à savoir Rome qui a tenté jusqu’il il y a récemment d’étouffer les scandales. Le générique de fin du film cite toutes les villes concernées. On peut y repérer, dans ce défilement important la ville française de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie).

Nous sommes donc bien loin des journaux d’aujourd’hui qui deviennent exsangues financièrement dont lees équipes s’étiolent.

Tout autre chose… bien que. Avant-hier, Le Monde – journal qui demeure un excellent quotidien pour avoir su prendre mieux que d’autres le tournant de l’information électronique qu’il diffuse aussi avec qualité – a inséré dans son numéro un cahier de 12 pages de pure communication, entièrement consacré aux qualités, succès et richesses de la Turquie qui certes n’en manquent pas. Bien sûr, très lisible en haut de chaque page le mot « publicité » avertissait le lecteur afin qu’il ne confonde pas ce rédactionnel avec le reste du journal. En octobre 2015, déjà avec un autre sujet centré sur la Turquie, Le Figaro avait inséré un « supplément » comparable. Ces cahiers importants dépendent du groupe Global Connection international media dont le logo apparaît clairement en page Une du cahier. Le siège est à Lausanne, la naissance remonte à 1993 et à l’époque, comme on peut lire sur Internet. le Groupe se présentait comme une « organisation indépendante qui se consacre uniquement à l’appui des partenaires expatriés ». Aujourd’hui le site a une formulation qui me semble plus claire « groupe de communication qui se fixe l’objectif d’assister les pays dans leur promotion internationale. » Die Welt en Allemagne, The Daily Telegraph au Royaume-Uni, Kommersant et Komsomolskaya Pravda en Russie, Golf News aux Émirats arabes unis sont aussi des clients/partenaires. Difficile de savoir quels sont les finances de  Global Connection international media. Une approche simple ne le permet pas. Rien sur les sites internet et le site facebook n’en dit pas plus sauf qu’il est rédigé en turc. Coïncidence avec le sujet du moment ?

On peut s’interroger si en d’autres temps, pas si anciens, les finances auraient-elles obligé de la sorte Le Monde ? En effet, qu’elle pourrait être une autre motivation…

Revenons pour finir au Boston Globe, né en 1872 et qui a reçu 18 prix Pulitzer. Où en est-il aujourd’hui ?

En 1973, le groupe était passé sous le contrôle d’Affiliated Publications, compagnie publique. En 1993, elle s’était jointe à la New York Times Company. Puis récemment, en 2013, le journal et ses sites web ont été acquis par John W. Henry, un homme d’affaires qui est le propriétaire de l’équipe Boston Red Sox, l’équipe historique de base-ball à Boston… mais aussi du Liverpool F.C., le mythique club de foot anglais.

Le monde de la planète Presse, c’est-à-dire de la planète Démocratie va-t-il passer insensiblement au monde de la planète Foot, c’est-à-dire au monde de la planète des excès et magouilles revendiquées ?

Pub, naming, lutte des classes, parole politique et solidarité

Le grand argentier Jacques Coeur change de banque.
La ville du grand argentier Jacques Coeur               change de banque.

 

Lundi 21 avrilAdidas, Nike et Saucony coupés dans leur élan. Deuxième semaine de grève, manifestation jugée comme l’un des plus importants mouvements sociaux du pays ces dernières années, les ouvriers chinois d’une usine de chaussures du sud du pays déstabilisent comme jamais le pouvoir chinois. Employés de Yue Yuen Industrial Holdings à Dongguan, dans la province du Guangdong, les 30 à 40 000 protestataires,  rejoints vendredi par plus de 2 000 travailleurs d’un autre site de Yue Yuen dans le Jiangxi, se plaignent que leur employeur ne verse pas ses cotisations aux assurances sociales et au fonds de prévoyance du logement dont ils sont censés bénéficier. Le « communisme ultra-libéral » découvre la lutte des classes à ses dépens. Le site de Dongguan, le plus important centre de production de Yue Yuen avec 1,4 million de mètres carrés, selon son site Internet, fabrique des chaussures pour Adidas principalement, mais aussi pour d’autres marques comme Nike et Saucony.

Mardi 22 avrilLe printemps de Bourges se mutualise. Magnifique trace de la fulgurance du premier septennat de François Mitterrand en matière de culture sous la tutelle du ministre Jack Lang, le Printemps de Bourges entre dans l’ère du « Naming » et devient Le printemps de Bourges Crédit Mutuel, la banque mutualiste qui « investit » depuis quelques années dans la musique. Le crédit mutuel se présente comme « LA banque de la musique » est déjà partenaire des Victoires de la Musique et de celles du Jazz, de la tournée Star 80, des Francofolies, des Vieilles Charrues, des Femmes S’en Mêlent, du Zénith de Paris, des NRJ Music Awards, et de bien d’autres festivals. Le point positif est que le financement de ces manifestations est largement assuré par la banque à un moment où les collectivités territoriales souvent partenaires réduisent leurs subventions. Le point qui interroge certains organisateurs concernent la mutualisation qui invite la banque à considérer que faire pression sur les « tourneurs » de spectacle peut permettre de faire baisser les prix de certaines stars si elles sont garanties de participer à plusieurs manifestations. En effet, il ne faudrait pas que mutualisation deviennent standardisation.

Mercredi 23 avril – Premier pas vers la reconnaissance du génocide arménien ? En présentant les condoléances de la Turquie « aux petits-enfants des Arméniens tués en 1915 » lors des massacres visant cette communauté sous l’empire ottoman, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan laisse la question en suspens. Politiquement, c’est-à-dire avec ce langage qu’il faut souvent lire entre les lignes, on peut considérer que c’est un premier moment fort car inédit jusqu’à ce jour. En effet parler aux « petits-enfants des Arméniens » c’est évoquer les grands-parents en les nommant par défaut. En politique il faut savoir reconnaître toute avancée. En revanche comme le premier ministre turc a aussi précisé qu’il ne devait pas « y avoir de hiérarchisation des souffrances », qu’il serait inadmissible « d’instrumentaliser les évènements de 1915 pour exprimer de l’hostilité envers la Turquie » et enfin puisque ses condoléances vont aussi à « tous les citoyens ottomans qui ont perdu leur vie dans des conditions similaires durant cette période », la gêne persiste. Conditions similaires ? Lesquelles ? De quel autre génocide M. Erdogan parle-t-il ? En fait du génocide arménien, incontestable, il ne parle toujours pas.

Jeudi 24 avrilFusion ou coup de pub ? La fusion entre Omnicom et Publicis est plus lente que prévu et il n’est « pas possible » de savoir quand elle se finalisera. La faute à qui ? Annoncée en juillet 2013, la formation du numéro un mondial de la publicité est suspendue au feu vert des autorités chinoises de la concurrence et… à l’épineuse question de la résidence fiscale étudiée de près par les autorités britanniques et néerlandaises.
 « Si nous ne pouvons obtenir ces approbations, cela pourrait compromettre la probabilité de satisfaire les conditions nécessaires à la finalisation de notre transaction », a déclaré John Wren, président de l’américain Omnicom, Les services fiscaux français doivent aussi se prononcer et du côté des autorités de marchés américaine et néerlandaise, il est précisé qu’aucun document n’a été déposé.

Vendredi 25 avrilVérone chasse les SDF et interdit la solidarité. Flavio Tosi, maire de Vérone depuis 2007, membre du parti populiste la Ligue du Nord, a signé un décret punissant les associations et les citoyens surpris en train de distribuer de la nourriture aux sans-abris dans le centre historique de la ville. D’après les journaux italiens cités par Courrier international, les Véronais voulant faire preuve de charité risquent une amende de 25 à 500 euros. L’amour des Amants de Vérone (film d’André Cayatte de 1949) est bien loin.