L’inquiétant rêve babylonien

La Tour de Babel par Pieter Bruegel l’Ancien (peintre flamand 1525-1569). On note ce fait troublant : les fondations et les couches inférieures de la tour n’ont pas été finies avant que les couches supérieures ne soient construites.

1 / La fête de la ville s’est déroulée samedi dernier sur le thème de Babel (« pour nous mener au sommet » titre, en toute simplicité, le journal municipal Tous Montreuil) ;

2 / Un Babel Web (jeu de mot à la certaine ambiguïté et à la réelle lourdeur !) figure en intertitre dans le texte présentant le futur site Web de la ville… Décidemment que de hauteurs annoncées ! Crêtes et cimes du bas monde… adieu, nous allons désormais respirer la vivifiante éther de la félicitée.

Je ne sais pourtant si les guides de haute communication qui se plaisent dans ces nuées de mots à l’oxygène raréfié ont mesuré le risque de leur course folle. En effet, comme longue marche, le mythe de la Tour de Babel se termine très mal pour leurs initiateurs et n’est pas à leur avantage.

Car la tour de Babel symbolise la confusion. Bien sûr, les hommes ont voulu s’élever très haut et on ne peut moquer cette ambition. Mais ils ont voulu être à l’image de Dieu, et c’est ce pathétique désir de gloire et de puissance qui les a perdu. L’homme n’a pas pu se détacher de son essence : l’homme n’est pas un dieu. En retour Dieu les punit en les « confondant » à travers leur moyen d’expression : la langue qu’il divisa en plusieurs langages. En conséquence, les hommes ne pouvaient plus s’entendre ni se comprendre.

Cette symbolique représente l’égocentrisme de l’individu qui se prend pour un Absolu et n’écoute, ni n’entend les autres. Elle est née d’une catastrophe sociale et résultera d’elle… une autre catastrophe sociale.

Selon Wikipédia (avec la mise en garde qui est toujours nécessaire à cette source) le pasteur protestant – et anticatholique – Alexander Hislop, né en 1807, mort en 1862, caractérise le régime Babylonien de la manière suivante : « la découverte des langages secrets, de l’Hermétisme (ce qui est caché), et ceci dans un but de Pouvoir. Pouvoir fondé sur la confusion des esprits et l’apparition de jargon, au sens profond desquels la masse des humains n’aurait pas accès. »

Babylone serait ainsi fondée sur la rétention d’information et donc de la valeur. Les populations n’ont droit qu’à une information simplifiée, dénuée d’intérêt, inopérante, destinée à produire une image insensée du monde. La superstition, entretenue par le clergé, domine. Et le pasteur de poursuivre : « c’est dans cette volonté de promouvoir des langages secrets que réside le pouvoir des classes supérieures, et aussi la cause de la confusion des langages et leur multiplication parmi les peuples. » Les humains de Babel trouvent ainsi leur punition dans le système de pouvoir qu’ils ont eux-mêmes inventé.

On le voit, associer le rêve Babylonien à un projet politique et à toute communication peut se révéler hasardeux et inquiétant.

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