A Montreuil, une Faille qui ouvre la brèche

Au Nouveau Théâtre de Montreuil – Réservations : 01 48 70 48 90

D’une certaine manière Mathieu Bauer… était attendu. Il s’agissait avec sa pièce Une faille de sa première mise en scène en tant que directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil (CDN – Centre Dramatique National). D’autant que, s’étant lancé dans un nouveau genre – le feuilleton théâtral – nous attendions  les premiers épisodes de sa série à l’esthétique télévisuelle avec une interrogation : de quel ovni va-t-il s’agir ? La saison 1 de Haut-bas-fragile (épisodes 1 à 4) est magnifique. A la manière d’une téléréalité, on voit se mettre en place des personnages qui se révèlent peu à peu, séquence après séquence. Et c’est peu dire qu’ils sont de notre temps, de notre lieu et qu’ils font histoire. C’est sans aucun doute du théâtre.

De notre temps car il y a là une médecin énergique mariée à un banquier sans scrupule, un père ancien critique de cinéma et toujours donneur de leçons, provocateur de solitudes qui fuit son fils jusqu’à se réfugier dans une maison de retraite, un promoteur asthmatique qui laisse filer le béton pour ne pas laisser filer l’argent, une jeune policière reine du jogging mais qui perd son souffle lors des moments d’angoisse et un jeune roi de la débrouille qui fait mieux que tous pour un vivre ensemble qui lui sauve la vie et la mise.

De notre lieu, car la pièce se passe à Montreuil et d’ailleurs, face à l’événement dramatique qui se déroule, des vrais Montreuillois sont sur scène pour jouer le public témoin de la catastrophe qui s’y joue. Ils ne font pas que regarder, il tentent d’aider, il voudraient être solidaires, citoyens actifs, mais il sont aussi repoussés par les pompiers experts et attentifs. Chacun sa place. Il y a aussi, à Montreuil comme ailleurs – car Montreuil n’est que ville témoin et prétexte – les politiques, en l’occurrence le maire et un directeur de cabinet. Les deux s’agitent sur leurs téléphones portables, cherchent leurs mots, ces mots qui protègent et valorisent. Mais ce n’est pas simple, la réalité ne s’écrit pas toujours avec les mots des manuels de Com’. Il y faut du cœur, mais il est où le cœur ?

Tous les personnages font histoire, car une imbrication lente construit le scénario, avec des révélations dignes de la téléréalité, mais elles tissent des liens nouveaux entre eux, ceux de leurs rapports connus ou invisibles. Certains liens tissés à l’insu de leur plein gré, mais désormais pleine face. L’effondrement d’un bâtiment sur une maison de retraite enferme en fait plusieurs de nous-mêmes sous les gravats de notre société. Quelques blocs en équilibre instable, des tiges de fer chancelantes pour s’accrocher un temps encore à un cadre que l’on veut solide, un fil d’air et une communication radio avec la vie du haut où les pompiers rassurent les enfermés « du dessous ». C’est l’univers de notre proximité commune qui est dessiné. Chacun se débat, se défend, prend peur de ses faiblesses du moment et de ses actes passés, essaie de maquiller son rôle, cherche la défausse, pleure et rit aussi. Sauve qui peut la vie. On rit souvent. De nous-mêmes, de ces paroles convenues de pantin qui surgissent d’un dialogue écrit par une sociologue-auteure. La mise en scène s’appuie sur une scénographie solide et une utilisation judicieuse de la vidéo qui, comme la musique, est là quand il faut et pas davantage. Salle pleine qui ne connaîtra pas la fin dans le bruit final… car Une Faille n’a fait qu’ouvrir la brèche et chacun mesure qu’elle va s’élargir. On attend les épisodes de décembre avec un peu d’inquiétude, mais surtout d’impatience.

Horaires : Lundi, vendredi, samedi à 20h30, mardi jeudi à 19h30.
Relâche : mercredi – Grande salle Jean-Pierre Vernant

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