Dieu reconnaîtra les siens

Les églises Saint-Louis-des-Français et Saint-Augustin à Rome

Les églises Saint-Louis-des-Français et Saint-Augustin ne sont distantes que de quelques petites centaines de mètres. Tout près de la piazza Navona. Mais, à Rome, chaque pas vaut des siècles. Et à cette vitesse tous les esprits ne suivent pas. Mêmes les plus saints. Ces deux églises ont un point commun : elles présentent des œuvres de Caravage, celui-là même qui allait projeter de son vivant la peinture dans un autre siècle. Si une femme correctement vêtue – de noir, c’est dire ! – peut entrer épaules dénudées et bronzées, admirer la Vocation de Saint-Matthieu, Saint-Matthieu et l’ange, le Martyre de Saint-Matthieu dans une chapelle de la première, elle sera promptement chassée et ne pourra pas admirer un quatrième chef-d’œuvre la Madone des Pèlerins dans la seconde. La raison ? Un cerbère veille. Sacrément et avec force voix ! A en faire trembler l’autel mais pas ses certitudes. Ici, c’est clair, pas d’épaules à la vue de tous. Même en dehors des messes (ce que l’on peut comprendre… et d’ailleurs accepter). Et le stentor de clamer que c’est un lieu de culte « comme Notre-Dame de Paris. » Passons sur le fait qu’à Paris, justement parce que nous sommes dans un pays laïc, il n’y a pas ce type d’hypocrisie, mais surtout notons deux points essentiels. Le premier, selon ce raisonnement, implique que Dieu n’est pas respecté à Saint-Louis-des-Français… et en bien d’autres églises de Rome ! Mais cela, le garde de sécurité badgé comme tel, ne l’entend pas. A sa manière, fidèle, il est l’intégriste du devoir payé qu’il est pour chasser toute image qui lui semble être impie. Même si pour ce faire son bras n’est pas loin de porter la foudre physique sur qui veut dialoguer et insister… Pour sa défense, l’homme qui ne voit Dieu qu’en son église de labeur est soumis à une rude besogne tant les femmes, y compris se signant devant l’autel avant qu’il surgisse, sont nombreuses à être ainsi « dénudées ». Pour ce garde simplement mortel comme nous tous, ce doit être autant de provocations et de douleurs continues. Et c’est là où un second point est intéressant, il s’agit bien de son regard sur les femmes, du moins celui de la religion telle qu’il l’entend. En effet, ferait-il de même avec un Marlon Brando et son Marcel tout droit sorti du film « Un tramway nommé désir » (je sais le titre est mal choisi) ? Et si demain, ce ne sont pas les joueurs de football qui vendent leurs maillots à la jeunesse, mais les athlètes qui courent sur les pistes olympiques, seront-ils poursuivis de même et inviter à se couvrir puisqu’ils seraient bras nus ? Pas sûr en cette religion où – comme d’autres – c’est avant tout la femme qui est visée.  Elle doit être d’abord et avant tout une mère. Au moindre faux pas, ou faux plis de vêtement, elle glisse vite au rang de prostituée. Vous me direz, sans religions pas d’intégrisme. Ce n’est pas faux… bien que j’ai connu des intégristes de la pensée qui étaient tout à fait laïques. De l’Être suprême au Petit père des peuples, l’histoire des rêves et des légendes reste vigoureusement en marche et l’homme a su y placer des stèles où il affirme et conforte son pouvoir. A se demander, au-delà des siècles, si l’homme n’a pas créé Dieu à son image.

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