Naissance du Méliès « merveilleux », Montreuil en fête !

Capture d’écran 2015-09-19 à 11.28.12En ce jour où l’inauguration officielle du Méliès va être l’occasion d’une grande fête de la culture et que des écrits politiques reviennent sur l’histoire très mouvementée de sa gestation, je m’associe pleinement à ce grand moment pour dire comme Jacques Audiard présent le 4 septembre à Montreuil, « le nouveau Méliès est merveilleux ».

Je tiens aussi à donner mon regard un peu particulier de celui qui fut maire-adjoint de la culture au moment même où la décision de la majorité d’alors et de sa maire, Dominique Voynet, fut celle de sa construction.

En effet, malgré des mois de débats, d’incertitudes et de doutes, c’est cette majorité en charge, avec toute la gauche fut-elle alors d’opposition municipale, qui en décida. La droite n’ayant pas d’élus à l’époque ne manquait pas en revanche de faire valoir son opposition sur des postures uniquement idéologiques, peu au courant et peu intéressée au fond du dossier. Elle semble d’ailleurs bien silencieuse aujourd’hui encore.

Or, sur quelques points, les différents partis et composantes de la majorité d’alors s’interrogeaient davantage qu’il est dit aujourd’hui sur la nature d’un cinéma public tel qu’il s’affiche aujourd’hui.

Un débat légitime

Ce n’était pas nouveau, l’ancien député-maire Jean-Pierre Brard lui-même à l’origine du projet, avait en son temps hésité : fallait-il un cinéma municipal sous la responsabilité d’une équipe d’agents de la direction des affaires culturelles ou sous une forme que l’on qualifiera de « délégation de service public ». Ce n’est qu’après réflexion et échanges avec des opérateurs, en l’occurrence ceux là-mêmes qui ont aujourd’hui la responsabilité des salles Étoile Lilas (mais aussi historiquement des salles de qualité de La Pagode, du Balzac, et de Saint-Germain (comme on peut le voir sur leur site) que le choix municipal fut retenu.

Au changement de majorité, avec d’autres dossiers, cette question allait logiquement revenir sur la table et traverser tous les groupes politiques. Y compris le mien, Renouveau Socialiste Montreuil. En effet, comme toute structure culturelle, lorsqu’une municipalité fait un choix de développement, investissement pour construction et budgets annuels pour son fonctionnement, le problème des coûts se posent. Qui doit payer (dont le public) et combien ? En toute logique, la recherche de la meilleure solution s’imposait. Mais à une condition impérative : l’objectif ne pouvait pas être dévié par une vision purement économique. Le rôle, essentiel, d’action culturelle ne devait pas passer à la trappe. Ni l’importance des tarifs qui devaient rester bas, ce que les opérateurs cités, que j’avais aussi rencontré au nom de la maire – fait vite connu du microcosme du cinéma comme celui du politique – ne pouvaient assumer selon les objectifs que nous nous fixions.

C’est pourquoi j’ai défendu le cinéma municipal, en tant que maire-adjoint à la culture, au nom de mon groupe. Auprès de Dominique Voynet, en bureau municipal et autant de fois qu’il fut nécessaire en conseil municipal.

Je rencontrai à l’époque régulièrement les différents acteurs montreuillois attachés au cinéma public de cette nature : association de spectateurs, cinéastes, conseil du cinéma… Beaucoup d’amoureux du cinéma et de défenseurs du cinéma municipal, face à cette réflexion qui durait selon eux trop longtemps, s’inquiétaient et, malgré mes propos sur mon engagement, je sentais bien un doute. Chacun sait bien qu’en France le poids d’un maire-adjoint, voire d’une majorité de sa majorité, ne pèse guère face à celui du maire.

Et Dominique Voynet n’en faisait d’ailleurs pas mystère : elle s’interrogeait. Elle a même fait état des ses « aller-retour » dans sa réflexion. Il faut dire que son propre parti, EELV, était particulièrement divisé. Certains de ses membres souhaitant plutôt le maintien de l’ancien Méliès (rénové) à la Croix-de-Chavaux et d’autres la création de petites salles dans les quartiers, faisant fi de mon point de vue de la logique d’attraction d’un multiplex dans un quartier central et culturel (avec le Nouveau Théâtre de Montreuil).

La décision fut donc longue mais au final claire : le Nouveau Méliès serait bien un cinéma municipal. Je me souviens d’un déjeuner où Dominique Voynet affirma clairement sa position, un mois avant l’annonce officielle, en échangeant avec des cinéastes montreuillois. La période était délicate, car une rencontre décisive allait avoir lieu pour enterrer la « hache de guerre » avec UGC et MK2 qui craignaient une concurrence commerciale faussée. Un accord fut trouvé, sans concession de la part de la maire, lors d’une rencontre à laquelle j’assistais. J’écris cela pour tous ceux qui, comme moi, jugent l’action politique à ses traductions en faits et non par les paroles qui l’obscurcissent le plus souvent.

Certes, certains peuvent regretter que la maire de l’époque n’ait pas fait une annonce plus forte, on peut s’amuser à supposer qu’il y avait encore des doutes, on peut même écrire aujourd’hui (publication d’EELV) « Le projet était de toute manière trop engagé » (lire du point de vue technique… alors que le fond du problème était culturel)… il reste que les faits sont têtus. La décision de la construction d’un Nouveau Méliès, véritable cinéma municipal était prise. Un mot en complément : tous ceux (nombreux et membres de la majorité d’aujourd’hui) qui étaient contre la communauté d’agglomération qui allait devenir Est Ensemble se félicitent aujourd’hui de son importante contribution à l’investissement du Nouveau Méliès et accueilleront chaleureusement à l’inauguration son président… Effectivement, sans son apport, l’édification du multiplexe 6 salles n’aurait pas été possible dans ces conditions, ni sans le soutien du Conseil général, dont l’ancien président Claude Bartolone, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, qui sera aussi présent ce soir.

Et le conflit politique ?

À cette étape, je vais décevoir quelques lecteurs qui s’interrogent : quid du conflit qui opposa Dominique Voynet et sa majorité à l’équipe du Méliès (je n’en étais plus à l’époque puisque la maire avait écarté tous les adjoints de RSM pour « insubordination » eux qui avaient refusé la hausse des impôts) ?

Je n’écrirai rien, pour l’instant, sur ce point. J’attendrais, selon un principe auquel je ne déroge jamais, que le temps de la Justice soit définitivement passée, même si déjà le motif principal de mauvaise gestion a été écarté par le tribunal confortant ainsi tous ceux s’étaient mobilisés sans compter pour défendre une équipe soumise à un vrai procès politique très éloigné, selon RSM, des vrais enjeux propres à l’épanouissement du Méliès.

Et maintenant ?

J’étais persuadé, après un examen je crois sérieux du dossier, de la pertinence d’un 6 salles comme un atout important d’une politique culturelle ambitieuse. J’ai été attristé, mais à vrai dire peu surpris, des nombreuses utilisations politiques, se servant du Nouveau Méliès, pour d’autres visées. Mais aujourd’hui, l’heure est à la mobilisation des équipes et des spectateurs pour que l’une des plus belles salles d’Ile-de-France, la seule sous responsabilité publique, soit une réussite. Je n’en doute pas. La programmation, l’accueil, mais aussi le débat politique – je pense au Conseil municipal – autour des actions culturelles menées, mais aussi du nombre de spectateurs, seront autant de facteurs d’information, de compréhension, de plaisir et de mobilisation pour l’épanouissement et le rayonnement de notre cinéma. Décidemment, vraiment merveilleux !

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