Chacun a sa part de chien en soi ; le laïque, du dur et du droit ; les cocus qui regimbent ; la carte du tendre des écolos ; l’interview ? Agressive, percutante, directe, courtoise…

5 septembre 1948 - Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »
5 septembre 1948 – Serait-il trop ambitieux ? Pourquoi est-il si jalousé ? « Pour quelle raison fait-on encore appel à vous ? » demandent des membres de son parti. Il plaît. Malgré son jeune âge, il ne cache pas ses ambitions et semble se plier aux usages de ce qu’on attend du haut personnel de la IVe République. Reconnu pour son courage oratoire face aux communistes, il séduit, autant qu’il irrite, par sa causticité. De plus, il aime se projeter dans le futur et se déclare ouvertement européen. En mai précédent, ayant participé au Congrès de l’Europe à La Haye, il avait été fortement impressionné par le discours de Churchill. Laure Adler dans « François Mitterrand. Journées particulières. »

(…) Personne n’a proposé de préparer son discours. On sait que ce n’est pas la peine. C’est dans le train qu’il rédige l’éloge funèbre de son ancien Premier ministre. Il commence par un vif hommage aux résultats de sa politique. La fin, il l’a rédigée pendant la cérémonie de la cathédrale, à la mairie, dans le bureau du défunt lui-même. Il la médite depuis l’annonce de sa disparition. Le jour des funérailles, il a du mal à maîtriser son émotion. Et c’est d’une voix blanche, au bord de se briser, que devant le palais ducal il apostrophe l’opinion : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme, finalement, sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. » Qui sont les chiens ? Dans le train pour Paris, aux questions des journalistes il répond : « Chacun de nous reconnaîtra les siens.»  À son retour à l’Élysée, il nous confie : « Les chiens ? C’est nous. C’est moi. C’est vous. Chacun a sa part de chien en soi. »

François Armanet, à propos de « François Mitterrand. Journées particulières », biographie par Laure Adler, L’OBS, 24 au 30 septembre 2015, n° 2655.

(…) Une frontière, c’est une ligne consentie, faite pour être franchie, à certaines conditions légales mutuellement agréées. La frontière est une conquête de la civilisation, et quand il n’y en a pas, c’est la loi du plus fort, qui dresse un mur, sans rien demander à personne. Une frontière peut mal tourner, mais l’absence de frontières, c’est la jungle assurée, tôt ou tard. (…) Mais si c’était la politique au sens fort du terme qui nous disait adieu ? Et si c’était la fin d’un cycle ouvert chez nous par la Révolution et qui mettait une vision du monde au cœur des luttes pour le pouvoir, et non l’autodéfense d’une province, d’une dynastie, d’un groupe d’intérêts ou d’un taux de croissance ? La division gauche-droite, ça naît en 1789, avec pour ligne de partage une idée de l’avenir et de l’être humain. On s’en était bien passé pendant des siècles. Et tout ce qui est né mérite de périr. En tout cas, je ne dis pas adieu mais bonjour à la laïcité, sur laquelle nous préparons avec un ami un petit guide pratique, très précis et utilitaire. Pour sortir du blabla cotonneux des valeurs et des bons sentiments. Le laïque, c’est du dur et du droit. Cela ne donne pas une raison de vivre, ce n’est pas la religion des sans-religion, mais ça permet, c’est déjà beaucoup, de respirer côte à côte sans s’entre-tuer. (…) Les idées générales manquent par trop de saveur et de couleurs. Mais pourquoi de droite ou de gauche ? La lumière est bien à la fois onde et particule. Pourquoi ne pas être les deux ? Et donner le pas à l’un ou à l’autre bord, selon le moment et le lieu ? De gauche pour le bulletin de vote, de droite dans ses goûts esthétiques .Ça équilibre, non ?

Régis Debray, Le Point, 24 septembre 2015, n°2246.

Non, mais pincez-moi ! Secouez-moi jusqu’au réveil ! Car dans mes rêves les plus débridés, les plus réactionnaires, je n’avais jamais osé envisager autre chose pour l’école qu’une ou deux dictées mensuelles. À la rigueur, hebdomadaires. Voilà que d’un coup, d’un seul, prenant tout le monde à contre-pied, Najat Vallaud-Belkacem nous régale de la dictée quotidienne ! Dieu me pardonne, mais dans cette façon d’aller sans crier gare à rebours de ses propres orientations, il y a, j’en jurerais, la patte de François Hollande… Depuis, c’est la panique dans le camp pédagogiste. Au Conseil supérieur des programmes, dans les récents rapports duquel la ministre a découvert des orientations qui ne s’y trouvaient pas. Les occasions de rire sont trop rares aujourd’hui pour ne pas saisir celle-là. Il y a aussi le ton déconfit, déconcerté, outré, des responsables de la chronique éducative dans la presse progressiste, qui se font depuis des années les relais dociles de la Rue de Grenelle. Des cocus qui regimbent, cela s’est déjà vu, et c’est aussi très réjouissant.

Jacques Julliard, Marianne, 25 septembre au 1er octobre 2015, n°962 .

(…) C’est comme ça chez les écolos, on se déchire en public, mais les liens sont tels dans cette miniformation (7 000 adhérents revendiqués) que les désaccords politiques se mêlent aux histoires d’amitiés et d’amour. À l’époque de Dominique Voynet, il était impossible de comprendre les alliances qui s’y tissaient et la violence des ruptures sans connaître les relations du trio qu’elle formait avec Yves Cochet et Alain Lipietz. Vingt ans après, le parti n’a pas changé, consanguin jusqu’à la moelle. Emmanuelle Cosse est l’épouse de Denis Baupin, député de Paris sur la même ligne que Placé et de Rugy, tandis qu’elle doit donner des gages aux « gauchos » du parti. Et s’il n’y avait qu’elle… La carte du tendre des écolos se confond avec les stratégies politiques, ce qui en rend toute lecture difficile pour les non-initiés. Quelques exemples parmi tant d’autres : Jean-Vincent Placé partage la vie de la députée de l’Essonne Eva Sas, qui fut l’ancienne compagne de l’ex-ministre délégué au Développement Pascal Canfin ; Barbara Pompili, coprésidente du groupe écologiste au Palais-Bourbon, proche de Placé, vit avec Christophe Portier, vice-président de la région Picardie allié au Front de Gauche pour les futures élections ; le démissionnaire François de Rugy est le compagnon d’Emmanuelle Bouchaud, vice-présidente de la région Pays-de-la-Loire… Daniel Cohn-Bendit parle des « couples terrifiants qui règnent sur Europe-Écologie ». « Les écolos, c’est une grande famille… » préfère sourire l’ancien candidat à la présidentielle Noël Mamère.

Vanessa Schneider, M le magazine du Monde, 26 septembre 2015, n°210.

(…) Il y a plus de différence entre les Anglais et les Français qu’entre les Américains et les Français. Les Anglais peuvent être vraiment très agressifs dans leurs questions, même avec un Premier ministre. En France, on interview le président de la République toujours à deux le jour du 14-Juillet, c’est très formel. Aux Etats-Unis, c’est un groupe de journalistes qui suit le président et cela a été aussi beaucoup critiqué. Pourtant, c’est suite à la question d’une journaliste américaine de CBS sur Cécilia Sarkozy que l’ancien président s’est levé et a quitté le studio [lors de l’émission « 60 minutes », en 2007 ]. Je ne sais pas si un journaliste anglais aurait posé une question sur la vie privée dès le début de l’entretien… ni comment David Cameron réagirait à ce genre de question ! En réalité, c’est plus une différence de style que de fond. Il faut être percutant avec courtoisie et la frontière est très tenue. Je pose en général des questions assez directes et tout le monde n’apprécie pas. Cela se sent immédiatement chez l’interlocuteur, dans son body language… J’ai interviewé beaucoup de leaders au Moyen-Orient. Si on ose les interrompre, on sent que ça les gêne, mais ça impose aussi le respect. Chaque pays a son propre formatage. Par exemple, une émission de reportages comme « Envoyé spécial » sur France 2 ne passerait jamais aux Etats-Unis. Pour trouver des reportages en prime-time outre-Atlantique, il faut aller sur une chaîne spécialisée comme PBS avec l’émission « Frontline ».

Hala Gorani, journaliste à CNN, TÉLÉOBS, 19 au 25 septembre 2015, N° 2624.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *