L’éternel Renouveau

"Pif, Pifou, Tata, Tonton, Hercule" plutôt que "Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao". Il faut savoir choisir son Renouveau.
“Pif, Pifou, Tata, Tonton, Hercule” plutôt que “Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao”. Il faut savoir choisir son Renouveau. Dessin de Louis Cance, un des successeurs de Claude Arnal créateur de Pif.

Puisque l’actualité met le Renouveau socialiste en avant, parlons un peu de temps anciens… et de Renouveaux qui ne doivent rien aux choix des militants socialistes pour une motion gagnante portant ce nom. Tout d’abord, il n’y a pas si longtemps que cela et à Montreuil qui plus est, quelques adhérents du Parti socialiste, dont certains anciens élus conseillers municipaux ou maires-adjoints, ne se retrouvaient plus vraiment en phase avec la ligne officielle de la rue de Solferino concernant les alliances présidant à la constitution de liste des élections municipales. Ils connaissaient bien leur ville et considéraient que l’alliance « traditionnelle », celle de l’Union de la gauche avec le Parti communiste ou ses affidés, ne valait plus pour Montreuil qui, selon eux, avait envie – et surtout besoin – de tourner cette page. Ils refusèrent la constitution d’une alliance avec le député-maire de l’époque… et se tournèrent vers une force politique montante sur la ville : les Verts. Les électeurs leur donneront raison puisque la liste commune où ils seront largement présents l’emportera à la surprise générale des commentateurs enfermés – qu’ils étaient et demeurent – dans les schémas classiques dessinés et figés dans les officines des partis et plus encore en méconnaissance totale du terrain. Certes, ils n’avaient pas pleinement anticiper ce que signifie le pluriel chez le(s) Vert(s) – ils ne seront pas les seuls ! – ni les curieuses alliances qui amèneront de nouveau un Parti communiste minoritaire à la tête de la ville au scrutin municipal suivant de 2014, mais ils se nommeront le « Renouveau socialiste montreuillois ». Ils ont d’ailleurs toujours deux élus. Ce Renouveau socialiste, certes local, ne doit rien évidemment à Jean-Christophe Cambadélis ni à Martine Aubry qui à l’époque, avec tous les autres responsables du Parti socialiste, vouaient aux gémonies ces dissidents. Notamment parce qu’ils avaient privilégié l’alliance avec les écologistes… Donnée de doctrine – probablement fondamentale – qui ne manque pas de sel quand on sait ce qui se passera… quelques courtes années plus tard avec les accords entre EELV et le PS pour les législatives, la distribution des portefeuilles ministériels, etc. On peut même ajouter ce qui se passe encore puisque si l’on suit les débats internes aux partis ainsi que les articles de presse concernant les projections sur un futur remaniement ministériel ou plus proche encore ceux sur les toutes prochaines élections régionales.

#Montreuil, s’est donc distinguée bien avant Solférino par l’émergence du premier Renouveau socialiste. Que l’Histoire s’en souvienne !

Permettez à l’auteur de ces lignes qui était de cette aventure, d’évoquer une autre participation à un autre Renouveau. Il s’agit de celui du syndicat UNEF. Au début des années 70, un enjeu était essentiel : la prise des commandes du syndicat étudiant. Deux forces pouvaient l’emporter, celle des trotskystes lambertistes de l’OCI (via sa composante jeunesse AJS) et celle des communistes. Aujourd’hui Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Laurent en sont des témoins toujours actifs, même si le premier a depuis longtemps rejoint le PS (accompagné de forts contingents de militants). Il se trouve qu’étant étudiant à Clermont-Ferrand, j’étais confronté à un des bastions de l’AJS. Deux congrès vont se tenir confirmant la scission. À Clermont toutes les facultés avaient voté pour l’AJS… sauf la faculté de médecine qui avait choisi l’UNEF Renouveau. J’en étais. Nous avons donc été deux délégués présents au Congrès fondateur et nous avons voté pour le premier président du Renouveau syndical, Guy Konopnicki dit « Konop ». Aujourd’hui chroniqueur à Marianne, il fut journaliste à Libération, au Matin de Paris, à Globe. Il est un amoureux de la Ligne 9, titre qu’il a choisi pour un de ses nombreux romans. L’humour qui lui est si cher était déjà présent dans les amphithéâtres lors des assemblées générales où se discutait, ni plus ni moins, l’avenir du monde. Ainsi aux maoïstes qui lançaient la hola au slogan : « Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao », je m’époumounais en réponse avec mes camarades qui ne voulaient en rien céder à ces prétentions marxistes : « Pif, Pifou*, Tata, Tonton, Hercule » du nom des héros de bande dessinée créés par José Cabrero Arnal dit Claude Arnal, ancien combattant républicain de la guerre civile espagnole, arrêté par la police française et déporté à Mauthausen. Avec ce slogan, mon premier Renouveau marquait en moi ma principale tendance marxiste : la tendance Groucho. Elle ne m’a heureusement pas quitté.

* Pifou est un personnage créé par Roger Mas qui prit la suite de Claude Arnal.

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