Une analyse nécessaire sur le second tour : les éclaircissements et la banalisation

À une semaine du second tour de la présidentielle, les Français vont avoir un choix clair pour l’avenir de la France.

D’un côté Marine Le Pen, candidate d’un parti ouvertement xénophobe, raciste, dont de nombreux membres sous soumis à des procédures judicaires avec des accusations graves, bref un parti d’extrême-droite si l’on veut bien accorder encore un peu de sens aux mots et à l’Histoire. Ajoutons que la candidate qui se dit du peuple est aussi une héritière fortunée.

De l’autre Emmanuel Macron, modèle du mérite républicain dont les engagements et les valeurs sont au service des libertés, au service de la République, ancrés dans notre démocratie et l’identité de la France généreuse et ouverte. Un candidat qui a osé rompre avec les pratiques de partis politiques usées dont les Français ne veulent. Ils ont d’ailleurs validé cette irruption inédite dans le paysage politique en le plaçant premier le soir du premier tour.

C’est pourquoi, il est nécessaire – alors que nous savons que Marine Le Pen va, une nouvelle fois, va recueillir des millions de voix – d’analyser sérieusement les événements qui viennent de se dérouler cette dernière semaine.

À droite chez Les Républicains (LR), pour des raisons probablement variées, la parole de la totalité ou presque des grands leaders est sans équivoque. Nicolas Sarkozy, ancien président, François Fillon, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, anciens premiers ministres, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, présidents de Conseils régionaux, mais aussi d’autres figures comme Rachida Dati ou Nathalie Kosciusco-Morizet appellent a faire barrage à Marine Le Pen et donc… à voter Emmanuel Macron. Viennent-ils tous d’être brutalement frappés ou convertis par une “macronite” aigüe ? Non, bien sûr ! Ils votent pour la République, cet espace commun qui nous permet, quels que soient nos idées et nos engagements, de faire vivre notre démocratie chèrement acquise, notamment contre le fascisme et le nazisme.

À gauche, de manière toute aussi claire, directe et attendue, le Parti socialiste (PS) a immédiatement appelé à voter pour Emmanuel Macron. De même, fidèle en cela à son histoire où son engagement à lutter contre l’extrême-droite en toutes circonstances, le Parti communiste français (PCF), a demandé à ses électeurs de soutenir le candidat En Marche ! le dimanche 7 mai.

Ces deux partis sont-ils tous deux en train de nier leurs propres programmes, de tourner le dos à leurs convictions ? Évidemment non et ils ne manquent pas, à juste titre, de le souligner. Chacun sait que dès l’ouverture de la campagne des législatives ils s’engageront à nouveau pour la défense de leurs idées et que leurs candidats ne manqueront pas d’audace pour tenter de remporter de nombreuses victoires.

Il reste le cas, décidément très particulier et personnel, de Jean-Luc Mélenchon. Après un mutisme de plusieurs jours étonnant pour un responsable politique qui vient de remporter une victoire incontestable en rassemblant des forces vives nouvelles, notamment de nombreux jeunes électeurs primo-votants, le leader de La France insoumise, quasi subrepticement sur son YouTube, a déclaré : « Je ne voterai jamais pour Marine Le Pen. » Quel langage alambiqué ! Quelle surprise ! Lui a-t-il fallu tous ces jours de réflexion alors qu’en 2002 sa réponse avec été prompte et sans ambiguïté pour le vote Chirac ? Ainsi, on ne saura pas s’il vote blanc, s’il biffe un bulletin d’une formule rageuse, s’il met à nouveau un des siens du premier tour conservé à cet effet… ou s’il votera pour Emmanuel Macron. Quelles circonvolutions d’une pensée brumeuse qui par nature diffuse du brouillard. C’est irresponsable !

En effet, comme ne cessent d’ailleurs de lui dire le PCF et certains de ses amis, le leader de La France insoumise joue avec le feu ! Pas seulement parce que cela pourrait permettre à Marine Le Pen de l’emporter – je ne le crois pas, mais comme beaucoup je n’aime pas à me poser la question – mais plus essentiellement parce qu’il participe – et ce n’est pas à l’insu de son plein gré tant il a de l’expérience à revendre – à la banalisation du Front national. Beaucoup des jeunes qui l’ont suivi ont le feu de la jeunesse en colère qui les anime. Ils sont en souffrance, ils voient leur avenir bouché, ne croient plus aux politiques et veulent du neuf, le « dégagisme » les a convaincu. D’ailleurs LR et le PS en ont payé le prix fort. Mais en n’invitant pas à voter clairement contre Marine Le Pen donc pour Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon laisse à penser qu’au final… il n’y a pas si grande différence entre ses ennemis. Sa position laisse penser que les deux ennemis sont presque identiques. Ce n’est ni plus ni moins que le renforcement de la banalisation du Front national. Les études montrent qu’environ 15 % des électeurs du Front de Gauche sont aujourd’hui prêts à voter pour le Front national. Savent-ils tous que Marine Le Pen est la fille de celui qui a nié l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis et qu’elle est entourée au plus proche par des personnages qui partagent et diffusent cette opinion révisionniste ? Ont-ils bien écouté, hier encore, les propos racistes et homophobes de Jean-Marie Le Pen, fidèle soutien de sa fille quoi qu’il en pense. 15%, c’est beaucoup. D’autres, qui ne le feront pas, vont s’abstenir ou s’apprêtent à le faire. On voit, c’est le principal danger et une perversion absolue, qu’il y a ceux qui considèrent que l’élection de Marine Le Pen pourrait même être un avantage pensant ainsi que le combat pour la renverser sera plus aisé que celui pour abattre Emmanuel Macron Président, puisqu’elle n’aurait pas de majorité au Parlement ! Conscient du danger, Gérard Filoche, du PS, a eu cette phrase juste : « Essayer Le Pen, c’est comme essayer Hitler : vous avez un ticket aller mais sans ticket retour. Il ne faut donc pas courir un tel risque. »

La vérité est que Jean-Luc Mélenchon n’a qu’une idée – obsessionnelle – en tête, être l’unique fédérateur et leader – sous ses conditions – de l’opposition de demain. Au passage en éliminant, s’il le peut comme il le veut, un PCF en état de faiblesse. Bien triste parcours où l’esprit s’est perdu dans la langue. Comme quoi l’esprit de revanche l’emporte sur la responsabilité.

Il y a bel et bien une banalisation grandissante du Front national. Les vagues d’adhésions sont réelles, les ralliements symboliques mais pour certains significatifs aussi se multiplient. Qu’on en juge par cette dernière semaine : Le Sens commun, Christine Boutin et hier Nicolas Dupont-Aignan sont en campagne avec Marine Le Pen. Ce dernier a été membre de cabinet deux ministres : François Bayrou et Michel Barnier, il est donc le signe que les frontières d’hier se franchissent de plus en plus et que la porosité avec les idées du pire produisent à terme leurs effets.

Dans une semaine, où d’autres événements peuvent encore se produire, c’est bien le choix entre deux France qu’il s’agira de trancher.

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