Le piment de Montreuil au second tour des élections départementales

Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l'installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.
Montreuil échappe heureusement à la réalité incontestable du premier tour des élections départementales : l’installation à un haut niveau du Front national sur tout le territoire.

Poursuivons, après une petite semaine d’analyse et de rebondissements divers sur la nature des alliances électorales signées à l’encre sympathique, notre parcours sur la décantation lente des partis politiques sur Montreuil.

Un mot rapide sur la situation nationale dont la situation montreuilloise découle en grande partie.

En premier lieu, il y a un unique fait marquant : la victoire sans conteste du Front national. Puisque les élections se comparent aux élections précédentes et non aux sondages, toute tentative de minimiser le succès du parti de Marine Le Pen est un déni et une faute. Certes le PS, du moins en ce premier tour, n’a pas subi la Bérézina qu’il craignait et il est possible que l’engagement de Manuel Valls ait contribué à amoindrir la catastrophe pour la gauche. De même, il faut considérer que l’union UMP-UDI-Modem (pour partie concernant ce dernier) a elle aussi donner quelques couleurs à Sarkozy. Mais les deux partis sont dans le rouge et une nouvelle ère politique s’ouvre : le tripartisme. Notons au passage que l’espoir de certains au Front de gauche d’assister à une éclosion « à la grecque » s’est mal terminé. Il en va de même avec les tentatives d’union Verts-gauche radicale battues en rase campagne et, pour partie, responsables en certains endroits de la disparition de la gauche au second tour.

En second lieu, le taux de l’abstention est considérable. Malgré un léger regain par rapport à la précédente élection du genre (encore qu’il y ait des différences de scrutin), elle se situe à 48,93 %. C’est dire que seul un Français sur deux s’est déplacé. Il y a toujours des abstentionnistes qui ne savent ou ne veulent pas saisir ce geste qui fait notre démocratie. Mais à tous ceux qui imaginent que le vote obligatoire serait une réponse, il me semble qu’il faut répondre qu’il y a aussi un grand nombre de Français qui refusent de voter pour des partis en qui ils ne se reconnaissent plus et qui veulent ainsi l’exprimer en toute conscience. Quant aux élus locaux des départements qui n’ont de cesse de proclamer combien ils sont des élus de proximité, ils feraient bien de s’interroger pourquoi leurs ouailles sont désormais si loin d’eux. Par leur abstention et par leur souhait majoritaire mais aussi, selon des sondages répétés, par leur souhait de voir la disparition des départements.

Montreuil persiste dans ses recherches d’une politique nouvelle.

Nous avions vu combien « le concentré Montreuillois » était particulier (daniel-chaize.com du 22 mars 2015). Il le demeure. En effet, dans cette compétition entre les partis installés et les forces citoyennes sans logo ni parti, les résultats montrent une persistance peu commune. Du moins, dans un de ses cantons. Dans les deux cantons l’abstention dépasse 60 % ce qui fait tous les candidats de gauche sont en-dessous de la barre des 10 % des inscrits. Quelle représentativité invoquer avec de tels scores ?

Le canton Montreuil-1. Il comprend désormais Rosny-sous-Bois et avec son maire et conseiller général UMP, les partis en place dominent… avec un scrutin marqué par une abstention de 62,23 % ! L’UMP est à 29,55 %, suivi de l’alliance PS/Verts (binôme PS) à 26,73 %. Le Front national pointe à 17,92 % alors que le Front de gauche est à 18,77 %. La liste Force citoyenne (alliance de Ma Ville J’y Crois et d’Élire Montreuil), étant sans ancrage sur Rosny-sous-Bois, ne dépasse pas les 7,02 %.

Au second tour, selon les dernières informations… le Front de gauche ne soutiendra pas la liste de la gauche au second tour… car Jean-Luc Mélenchon ne veut en aucun cas soutenir le PS et il se trouve qu’une de ses représentantes était candidate sur ce territoire.

Le canton Montreuil-2. Il en ressort un tripartisme entre les forces de gauche dans un scrutin où l’abstention est de 61,39 %. Le Front de gauche, avec son candidat sortant, vire en tête avec 23,16 % devant l’union Verts/PS (binôme Verts) à 21,89 % et Force citoyenne à 18,89 %. 515 voix séparent le troisième du premier. Il reste difficile d’affirmer que les partis l’ont emporté nettement sur la liste locale dans ce duel évoqué la semaine dernière, situation que l’on retrouve dans de nombreux territoires français. En effet, le Front de gauche est lui-même composite de plusieurs sensibilités et son score n’est pas un franc succès malgré le soutien affirmé et répété du maire en place. Nettement moins de 25 %. Le binôme Verts/PS – le parti au pouvoir national et dirigeant le département associé à une force politique ancrée sur ce canton – peine à dépasser les 20 %. Force citoyenne obtient près de 19 % et confirme son importance croissante après qu’une de ses composantes, Élire Montreuil, ait réalisé 11 % aux élections municipales. Il ressort néanmoins, de ces deux élections notamment, que si les Français manifestent clairement leur défiance vis-à-vis des partis traditionnels (abstention et faible soutien en vote), ils hésitent encore à considérer les forces émergentes comme en capacité de l’emporter. Les partis, avec leurs moyens de communication, étant d’autant plus des forces refuges lorsque la situation internationale est inquiétante et que monte le danger de l’extrême-droite.

Le second tour, là encore, ne va pas clarifier la situation politique locale. En effet, les autorités locales et nationales du PS et des Verts demandent l’application stricte du désistement républicain en faveur du candidat de la gauche le mieux placé. Mais le binôme 100 % Verts du canton ne l’entends pas ainsi et se maintient considérant, ce qui est vrai malgré certains propos illuminés et surtout mal informés qui circulent sur les réseaux sociaux, que de toute manière le canton reste à gauche dans tous les cas de figure. Ainsi dans un canton les Verts suivent la directive du PS et dans l’autre… non ! On peut s’en étonner, voire s’en moquer et s’en désespérer. Mais, à mon avis, ce n’est que la traduction du manque de connaissance et de considération des instances dirigeantes des partis. En effet, que le PS – fortement secoué par le Front de gauche aussi bien nationalement qu’au niveau départemental (et qui comme il est écrit plus haut le combat dans l’autre canton Montreuillois), le préfère néanmoins aux Verts avec qui il a pourtant fait alliance au premier tour et dont, dit-on, le président de la République aimerait voir entrer de nouvelles figures au sein du futur gouvernement, voilà bien la pensée labyrinthique qui nous est proposée… Difficile à suivre.

Le désastre est annoncé pour la gauche au niveau national, même si on lit peu combien le Front national et l’UMP ont toutes les clefs pour faire tomber les candidats de gauche en tête. Sauf si elle parvient, ce que je souhaite, à réussir une mobilisation de son électorat sans précédent. Quels que soient les résultats, il faut espérer que les leçons de ces imbroglios tacticiens et suicidaires seront tirées.

À Montreuil, malgré un territoire de gauche secoué et bouleversé depuis de nombreuses élections, des évolutions marquantes se font jour malgré un équilibre de façade qui semble immobile. Ce dimanche est important. Dans un canton, la droite forte de son implantation à Rosny-sous-Bois pense et peut l’emporter. L’action du Front de gauche est en train de l’y aider. Dans l’autre les Verts, ce ne manque pas de piquant bien que leurs candidats n’en aient guère, brandissent la liberté citoyenne pour ne pas se coucher devant un oukase d’appareils. Ils ne font qu’exprimer, à leur manière, et avec la difficulté de rester honnêtement dès le lundi qui suivra le scrutin dans une majorité municipale où le maire les accuse ce jour par voie de presse « de posture antiunitaire privilégiant les ambitions personnelles aux ambitions communes de la gauche, mauvais coup porté aux ambitions communes de la gauche. Lundi, chacun devra bien réfléchir et faire son examen de conscience ». Cette situation, je le pense depuis des années, ne fait que démontrer la nécessaire – mais obligatoirement lente – recomposition locale et nationale de la gauche.

Une réponse nouvelle, avec souhaitons-le une meilleure mobilisation des électeurs, sera donnée dimanche prochain.

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