Ne défigurons pas la Grande Arche de la Défense

De l'importance de la préservation de la propriété intellectuelle.
De l’importance de la préservation de la propriété intellectuelle.

Article publié dans Le Monde daté du 13 septembre 2016.

Les travaux de rénovation de la Grande Arche doivent se terminer à la fin de l’année. Mais une partie de la façade sera revêtue de tôle plutôt que de marbre. Certains des plus grands architectes joignent leurs voix pour dénoncer cette entorse à la vision de son concepteur.

Le président de la République doit marquer de sa présence la fin des travaux de rénovation de l’Arche de la Défense, prévue pour la fin de l’année.

L’Arche a 30 ans. Ces travaux étaient nécessaires : il fallait remplacer le parement en marbre blanc, améliorer l’accueil du public, relever les performances thermiques. L’État a fait son devoir. Propriétaire des deux tiers du monument, il a confié à des professionnels – architectes, techniciens, entreprises – sa rénovation externe et interne. Pour ce qui nous importe, c’est-à-dire la préservation de l’identité de l’œuvre, l’intervention en cours y répond.

Mais c’est une ” presque Arche ” qui va être inaugurée, une Arche béquillarde et claudicante, car les propriétaires de la paroi Nord ont décidé de ne pas se coordonner avec les travaux menés par l’État et même de remplacer les plaques de marbre manquantes par des plaques en tôle émaillée ” de même ton “, nous assure-t-on.

Les propriétaires de la paroi Nord, invités depuis l’origine de l’opération à rénover leurs façades en concordance avec l’État, avec bien sûr les mêmes matériaux, ont décidé, pour le moment, de différer toute intervention.

Manteau d’Arlequin

Axa et la Caisse des dépôts (par négligence ou par esprit procédurier ?) nous préparent, pour la fin de l’année, une situation inédite : une Grande Arche pour partie remise à neuf, pour partie laissée à l’abandon. On sait qu’Otto von Spreckelsen mourut avant la fin du chantier, épuisé par l’acharnement qu’il mit à préserver son idée. L’Arche ainsi revêtue d’un manteau d’Arlequin, ce serait une deuxième mort pour Otto von Spreckelsen.

De tous les travaux présidentiels, la Grande Arche est certes le plus iconique, le plus photographié. Elle le doit à sa position exceptionnelle. La Grande Arche de la Défense pose un jalon stratégique sur l’axe historique de Paris, qui court du Louvre à la terrasse de Saint-Germain-en-Laye. Sans en fermer la perspective, puisqu’il s’agit d’un bâtiment ouvert, elle est un écho prestigieux à la Pyramide du Louvre. ” Une fenêtre ouverte sur le monde “, disait son auteur. Elle est entrée dans le paysage et, du coup, dans l’histoire de Paris.

L’État et le ministère de la culture doivent assumer la politique qu’ils ont lancée, défendue et menée à son terme. L’ensemble des grands projets présidentiels réalisés au long des dernières décennies, par la volonté de chefs d’État successifs, appelle une sauvegarde : à commencer par le Centre Pompidou jusqu’au dernier-né, le Musée du quai Branly, ils ont permis la Cité de la musique et la Cité des sciences, le Parc de La Villette, le Grand Louvre et la Grande Arche, bien sûr, le ministère des finances, la Grande Bibliothèque et le Musée d’Orsay, l’Opéra Bastille, l’Institut du monde arabe, le Muséum d’histoire naturelle… Nous avons signé ces projets. Nous demandons qu’ils soient mis à l’abri d’interventions aveugles et irréversibles. Ce qui risque de se passer à la Défense en est un exemple.

En espérant, dans une ville déjà riche d’un patrimoine ancien, la nécessaire protection de cet ensemble monumental, qui, avec prémonition, anticipait la Métropole du Grand Paris en affirmant son statut de ville-monde, une sauvegarde responsable et informée doit être assurée. Ainsi la mémoire d’un moment de l’architecture de la fin du XXe  siècle et du début du nôtre sera assumée et transmise.

Collectif d’architectes : Paul Andreu, Paul Chemetov, Adrien Fainsilber, Borja Huidobro, Michel Macary, Jean Nouvel, Carlos Ott, Dominique Perrault, Jean-Paul Philippon, Renzo Piano, Christian de Portzamparc, Martin Robain, Richard Rogers, Rodo Tisnado et Bernard Tschumi.

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