Oui, je me saisis de la démocratie offerte par les primaires

primairePour la seconde fois, demain, je vais aller voter à la primaire de la droite et du centre. Et je vais voter Alain Juppé. Sans hésiter, car c’est un choix décidé depuis de très nombreux mois.

Bien sûr, je n’hésite pas à signer le texte comme citoyen : « partageant les valeurs républicaines de la droite et du centre et s’engageant pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France. » Pour deux raisons : 1 / je crois que les valeurs républicaines ne sont ni de droite, ni de gauche mais partagées par une grande majorité de femmes et d’hommes de droite comme de gauche. Notamment par Alain Juppé… et j’ajouterai d’ailleurs par François Fillon ; 2 / quant à l’alternance nécessaire au redressement de la France, bien que le propos mériterait qu’on s’y arrête plus avant, je dirai simplement qu’à la fin des septennats et quinquennats que nous venons de vivre, la phrase est pleine d’actualité. J’ajouterai que la démocratie, de manière générique, a un besoin régulier d’alternance. Peut-être pas de manière aussi rapprochée.

Mais, justement, depuis de longs mois, il m’est non seulement apparu que François Hollande, le président pour lequel j’ai voté aux primaires du Parti socialiste (aux deux tours) et à l’élection présidentielle (aux deux tours) m’apparaissait en contradiction avec ce qu’il avait levé comme espérance, mais aussi qu’il s’était placé et laissé volontairement enfermé dans un jeu de donnant-donnant avec l’opposition venue de son propre camp : les frondeurs et faux alliés (le PCF et les Verts).

Les deux éléments sont de fait liés : la majorité parlementaire ne tenait qu’à un fil (le 49,3) parce que la gauche composite d’un puzzle historique aux pions usés… n’existait pas. Et cela, François Hollande le savait en prenant le pouvoir. Il n’a pas su ou n’a pas voulu s’extraire de cette illusion avec laquelle il a cru pouvoir encore composer – comme il l’avait fait tant et tant d’années ! – mais il s’est retrouvé isolé alors qu’il suffisait de lire son programme, et de lire ce qu’était l’homme politique depuis des années, pour mesurer combien il aurait pu être le social-démocrate enfin agissant sans complexe. La tardive nomination de Manuel Valls comme premier ministre a d’autant moins modifier cette tentative d’équilibre que chaque nouveau projet de loi s’est vu raboté jusqu’à la quasi-inexistence en de nombreux cas. C’est pour cela que j’avais eu cette formule – qui n’a valeur que de formule – « François Hollande est le Mikhaïl Gorbatchev français ». Le second a mis fin au communisme soviétique – nécessaire à son pays – et le premier aura mis fin à l’union de la gauche qui n’en était plus une que de façade, construction d’appareils bureaucratiques. Et leurs peuples comme leurs famille politiques leur reprocheront jusqu’à la détestation – parfaitement injuste et souvent odieuse – avant que, les années passant, on en reconnaisse certains mérites qui apparaîtront incontestables.

Les derniers mois n’ont fait que renforcer ce sentiment que j’aurai préféré voir inversé, car la seule possibilité entrevue de « survie » par les caciques du Parti socialiste et de la gauche « traditionnelle » relève encore de l’alchimie incantatoire, pour ne pas dire plus simplement des combinaisons de couloirs étroits. Et insuffisamment larges pour les ego en présence.

Il n’était donc pas question pour moi, de rejouer le match avec une telle équipe. Subterfuge inadapté à la situation nationale et internationale. Pour autant je suis certain que le pays, justement la vie de l’alternance démocratique, aura besoin d’une droite et d’une gauche… mais les deux ont à se reconstruire profondément.

Comme l’existence des primaires nous permet de choisir les candidats qui nous apparaissent les plus proches de nos idées, je ne vois en rien – contrairement à quelques expressions lues sur les réseaux sociaux (que je trouve souvent limitées dans la réflexion) – pourquoi chaque citoyen ne pourrait pas s’en saisir. Le processus est quand même bien supérieur en qualité à l’élection en petit comité, en arrangements entre clans, en bataille à couteau tiré dans des sections ne représentant rien ou presque, vantée par ceux qui y trouvaient leur bonheur… le plus souvent d’élus aux positions confortées. C’est d’ailleurs aussi un moyen de mesurer combien il y a plusieurs droites et plusieurs gauches. Pourquoi me priverai-je de faire en sorte de préférer pour la France – car c’est bien de cela qu’il s’agit, ne l’oublions jamais ! – un possible débat final entre par exemple un Alain Juppé et François Hollande plutôt qu’à un Jean-François Copé face à Benoît Hamon ? Je précise que les primaires offrent la possibilité démocratique de retenir la seconde hypothèse comme la première.

Et puis, depuis de longs mois aussi, se profile – sans que cela soit d’ailleurs aussi certain qu’annoncé – la présence au second tour de Marine Le Pen. Or, sans parler de Nicolas Sarkozy châtié aussi pour cela par son propre camp, il m’importe que le candidat de droite soit absolument d’une droiture sans faille et sans compromis avec ce populisme (a minima…) et ce fascisme rampant qui fait que le Front national ne sera jamais un « parti comme les autres » qui menace les fondements de la société multiculturelle, riche de ses talents accumulés au fil de l’histoire. Alain Juppé m’apparaît, avec évidence, d’une constante rigueur sur ce point. Je ne considère pas pour autant François Fillon comme étant le représentant d’un Pétainisme… même si son conservatisme « versaillais » et certains de ses penchants idéologiques dont il assume l’affiliation me semble absolument en contradiction avec l’énergie et les nécessités du siècle en cours.

Alors oui, sans hésiter, je voterai demain pour Alain Juppé, fusse en surprenant quelques-uns de mes amis et compagnons de route politique. Bien que la plupart ont compris depuis longtemps que ma liberté de parole et d’action n’a jamais été entamée par les logiques de « fausse fidélité », car j’ai su en assumer de vraies, et de respect à la « ligne » (la bonne, évidemment).

Au contraire, avec quelques millions de Français, j’aurai l’impression (et davantage encore) de participer à un des rares moment de démocratie offert à tous.

Je ne donne ici aucune leçon de civisme à quiconque, et je n’en ai aucune à recevoir.

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