Tourner la page

tourner-la-pagePar son annonce, il y a quelques semaines, de réduire drastiquement le nombre de ses publications sur ce blog, le rédacteur n’avait pas totalement mesuré le défi auquel il s’engageait. Un article par mois… Le mois est passé, et pourtant nombreuses ont été les démangeaisons pour nourrir son Sunday Press, son Samedi comme ça ! et autres rubriques dont celle de la Culture, car je suis toujours autant allé au théâtre et au cinéma. Bon, je participe toujours sur le réseau grâce à ma Page Facebook, quotidiennement, à la marche des fourmis informatiques qui nourrissent les algorithmes qui cernent ainsi de plus en plus mes désirs, mes envies, mon futur. Je me suis aussi déchaîner sur Twitter. Le nombre de mes pépiements a fortement augmenté comme je l’avais annoncé et cela par un jeu de piste brouillé où je crois pouvoir participer à la constitution d’influences. À tort évidemment. Beaucoup d’illusoire, un peu d’enfantin, et un soupçon d’addiction, mais j’ai quand même gagné beaucoup de temps sur l’écriture. C’était un de mes objectifs qui, je sais, indiffère le lecteur, mais il faut savoir être égoïste.

À propos de temps, il me rattrape et le temps est venu de la rédaction sur mon « noble » blog. Quand on affirme à la cantonade n’écrire que rarement, on s’oblige à rédiger un propos intéressant. Alors lequel ? Surtout pas une synthèse lourdingue de tout ce à quoi vous avez échappé !

Le constat est là, il faut tourner la page. Dans l’avenir et sur la durée nous verrons comment, mais pour ce premier essai, je vais justement – et peut-être par facilité – évoquer cette page que je dois tourner en remarquant que je suis loin d’être le seul à m’engager sur ce terrain. Je crois même que je suis carrément dans le vent !

Regardons les américains par exemple. Donald Trump n’est pas seulement un triste sire aux propositions tragiques et aux propos indécents. Il est surtout l’expression forte d’un besoin d’air nouveau pour des millions d’électeurs – et pas seulement de petits blancs nostalgiques du Klu Klux Klan puisqu’il a le soutien de « latinos » – en quête d’existence digne et de reconnaissance. Leur vie a été laminée par la désindustrialisation, la crise des subprimes, la domination de Wall Street… autant de résultats vécus sous les présidence démocrates et républicaines. Le rêve américain ne semble plus accessible aux « petits », aux sans-diplômes (alors que les coûts d’université augmentent), et le sentiment d’abandon domine. Ils sont, comme tous les pauvres de tous les pays, devenus quasiment invisibles des yeux des élites, mais leurs yeux les voient et leur colère va leur dire. L’Obama care ne suffit pas pour inverser ce sentiment d’autant que la persistance du racisme se traduit chaque semaine ou presque par des morts innocents qui tombent sous la gâchette facile de policiers « locaux » que la puissance fédérale ne peut empêcher. Donald Trump est le candidat de cette colère d’électeurs qui ne savent pas qu’avec lui comme président ce serait pire encore.

En France, prenons les primaires, aussi bien de la droite et du centre (centre en l’occurrence bien mal représenté car tirant fortement sur sa droite) que de la gauche, n’offrent-elles pas le spectacle principal d’une tentative de tourner une page dans le processus de désignation des candidats afin d’éviter la présence au deuxième tour des deux anciens présidents ? Il y a naturellement des ambitions personnelles, des programmes aux inclinaisons partiellement différentes dans chaque programme, mais comme aux USA, en Autriche, en Grèce, au Royaume-Uni, en Espagne… pour ne citer que ces pays, avec ou sans primaires, il y a surtout un personnel politique confronté à une défiance majoritaire dès qu’il agit, dirige, gouverne. En France, cela se traduit – pour l’instant du moins – par un rejet massif de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Comme jamais vu.

Rien d’étonnant alors de voir l’émergence de « nouvelles » personnalités, même si beaucoup ont passé plusieurs années sur les bancs de la politique jusque, pour certaines, à avoir détenu un portefeuille ministériel. Toutes, et l’on voit que ce n’est pas seulement la routine et l’attrape-nigaud classique et usé jusqu’à la corde de chaque campagne, veulent enfin exister par eux-mêmes et constatent, à leur manière, l’échec de leur famille politique. Ils disent vouloir incarner un changement de base, un renouveau, une entrée dans le futur économique et écologique en phase avec la réalité et non plus calées sur les idées reçues et sous contrainte du système existant, notamment administratif. Elles ont nom : Apparu, Kosciusco-Morizet, Hamon, Lagarde, Jouanno, Mélenchon, Montebourg, Pécresse, Vallaud-Belkacem, Valls… Bien peu ont été longuement sous les lumières les plus éclairantes, ils ont une certaine jeunesse et il y en a parmi elles qui ont radicalement pris leurs distances avec les pouvoirs qui les avaient pourtant nommées. Bien sûr, dans cette France où l’expérience est si grande lors de l’élection présidentielle tous doivent composer avec de plus anciens (voir les combattre) : Bayrou, Fillon, Hollande, Juppé, Raffarin, Sarkozy qui sont là et parmi lesquels se trouve peut-être le vainqueur… mais peut-être seulement. Car les nouveaux font « le nombre » et l’élu devra compter plus que jamais avec eux. Et surtout, qui ne voit derrière cette liste de femmes et d’hommes la fin des partis qu’ils représentent pourtant encore pour beaucoup. Car les partis « traditionnels » deviennent « éteints ». Le jeune LR semble déjà obsolète car phagocyté par un chef en grande instabilité présente et future, le PS est un astre mort et le PCF qui n’était déjà plus grand chose sera moins encore seul ou dilué dans un mélange provisoire. Quand aux écologistes, bien malin qui connaît leurs dirigeants, leur leader. Effacés. Déjà les réorganisations s’amorcent en coulisses, des changements de nom sont évoqués… avril 2017 sera le début, pour la majorité victorieuse comme pour les oppositions perdantes, l’heure des révisions profondes et déchirantes.

Le Front national n’y échappera pas, car la défaite inéluctable de ce parti qui ne sera jamais « comme les autres », mettra en évidence ses combats internes sanglants. Mais pourtant Marine Le Pen, comme Donald Trump qu’elle soutient, aura réussi son pari. Elle vise avec quasi certitude la présence au second tour et peut-être la première place au premier. Notre démocratie, comme celle des États-Unis, enlisée depuis tant d’années dans ses schémas, ses certitudes, sous domination croissante d’élites devenues des oligarchies, et tombée dans un immobilisme désespérant va donc payer – sans le risque maximal (peut-être pour la dernière fois)– la facture de ses défaillances.

Tourner la page, Emmanuel Macron a d’abord accompli le geste pour lui-même en quittant le gouvernement et il aligne les succès à chaque sondage. On ne peut pas dire que ce serait là le résultat de son évidente intelligence et compétence et de sa jeunesse, car ce serait oublier que les débats qui ont entouré le vote de la loi qui porte son nom ont été nourris d’échanges et de manifestations violentes, obligeant d’ailleurs l’exécutif à reculer sur ses objectifs annoncés. Emmanuel Macron devrait plutôt être impopulaire si l’on s’en tient à des critères classiques, or c’est l’inverse qui se produit. Chacun de ses meetings est un succès relatif mais réel et surtout croissant. Comment ne pas voir (pour ceux qui les lisent) que ses textes écrits commencent à faire sens et annoncent évidemment un programme… si Emmanuel Macron décide de se présenter. Dans tous les cas, de manière surprenante et inédite depuis plusieurs années, une personnalité de premier plan a émergé, et probablement demain elle jouera un rôle incontournable.

Beaucoup de pages se tournent donc… pour certaines déjà entièrement ou pour d’autres en suspension dans l’air avec une esquisse d’espoir. Les prochains chapitres s’écriront différemment selon la plus ou moins grande participation des citoyens. Aux États-Unis, le nombre d’électeurs sera déterminant pour le résultat entre Hillary Clinton et Donald Trump. En France, ce sera exactement le cas pour le résultat des primaires.

Si tous les citoyens qui se sont désintéressés ou qui ne se sont jamais intéressés à la politique s’impliquaient… ce ne serait pas une révolte… Présidents, ce serait une révolution ! Démocratique. Nous verrons.

Et Montreuil dans tout ça… vous vous impatientez car le rédacteur néglige rarement un mot concernant sa bonne ville. Mais, vous l’avez compris, je viens d’évoquer cette exigence de « Tourner la page » or, démocratiquement élue, la majorité est composée d’attelages composites qui comme dirait Balzac ont la vigueur et l’efficacité « des sauts de puces attelées à un char de carton »… C’est donc un « Tourner la page en arrière » auquel nous assistons. Et le futur proche sur lequel nous reviendrons un jour ne laisse en rien supposer un « en avant ! »

Mais qui sait ? Quand les pages se tournent…

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