En Marche !, stop ou encore ?

© Thomas Samson / AFP

L’épisode a été commenté dans plusieurs médias. Rien de plus normal puisqu’il s’agissait d’un nouvel épisode de tension entre les journalistes, ici les photographes de presse, et le gouvernement dont ils venaient professionnellement et si traditionnellement prendre cliché(s) immortalisant la naissance. Je place le « s » entre parenthèses car c’est de lui dont je souhaite dire quelques mots. Bien davantage que sur ce rapport de force chiens/chats établi depuis quelques semaines entre le pouvoir et les médias. Je ne veux pas aborder ici les écrits, nombreux eux-aussi, sur la liberté de la presse qui pourrait être entamée, ce qui ne me semble pas être le cas – mais veillons-y !, ni sur la fermeture à double tour d’une communication gouvernementale, vécue ainsi par certains et signe pour eux d’un pouvoir aux ordres d’un homme, le président de la République, dont seuls les rayons de sa personnalité solaire seraient autorisés à réchauffer une presse plongée par lui dans une ère glaciaire. Je crois que la période est caractérisée pour un renforcement souhaité par les Français de la fonction présidentielle et de la capacité du Président à ne pas se laisser dicter son agenda par une presse habituée aux confidences des « grands » lors des deux quinquennats précédent. C’est un nouvel équilibre qui se joue, et s’il y a comme une sorte de nouveau régime, c’est bien celui d’un amaigrissement des sources. Celui d’un climat frustration et d’une méfiance dont les uns et les autres devront de toute façon sortir. À suivre de près pour qu’il ne devienne pas un tarissement.

Non, je m’intéresse simplement à cette double image qui interroge sur le ou les clichés possibles de La République en Marche et de son deuxième gouvernement. qui m’est venue à l’esprit lors de la grève des photoreporters qui tournent le dos aux présidents et ministres du gouvernement II d’Édouard Philippe. La bataille qui a opposé la communication et les journalistes s’est jouée en fait sur un choix : celui de la mobilité ou celui de la rigidité.

Passons vite sur le premier épisode, si dérisoire et stupide que l’on a peine à penser qu’il ait pu être décidé car il était évidemment impossible que les nombreux photographes présents ne puissent pas exercer leur travail pour le voir réservé à quelques élus choisis, l’un d’un quotidien, l’autre d’un agence, avec un autre encore d’un magazine… Interdire à une profession d’immortaliser la ligne de départ d’où les ministres allaient enfin – après des semaines épuisantes de scrutins – entrer dans l’action ne collait guère avec l’esprit de la « Révolution » promise par le candidat devenu président.

Éclairons plutôt le second accrochage après le premier vite dissipé. On a voulu interdire aux photographes de prendre les « instants » d’installation et de dispersion de l’avant et de l’après cliché où les corps côte à côte, rang derrière rang, restent droits respiration contenue pour une postérité éternelle au-delà des époques argentiques et pixelisées.

Comment proposer un tel contresens aux valeurs énoncées de La République en Marche ? Outre qu’elle n’est pas encore un parti et reste un mouvement, sa caractéristique principale est justement son adaptabilité, sa souplesse – certains y voient d’ailleurs un grand écart qui leur apparaît irréelle -, sa détermination à saisir les flux économiques et de la société qui traversent notre époque. Une époque de mouvements accélérés dans tous les domaines. Franchement, proposer une image de La République en Marche debout les deux pieds dans les mêmes sabots, c’est symboliquement rater son époque et l’idée apparaît comme une bien étrange manière de peindre cette nouvelle liberté d’action gouvernementale qui se veut en pleine capacité de réponse aux vents qu’elle va devoir affronter.

Décision d’autant plus surprenante que des photos de mouvements – c’est le moins que l’on puisse dire – ont été prises en rafales lorsqu’Emmanuel Macron, afin de démontrer son plein soutien à la candidature de Paris pour les J.O. de 2024, n’a pas hésiter à enfiler les gants de boxe, à poser la veste pour échanger des balles de tennis avec un champion et donner s’asseoir dans un fauteuil roulant pour continuer le sport où il a quelques dispositions avec un handicapé indiquant ainsi toute la place qui doit être celle des J.O. handisports.

D’un côté, un gouvernement que l’on souhaitait voir figé, des ministres contraints à la raideur protocolaire (ce qui ne sera pas le cas au final, car après la photo officielle prise… les journalistes ont patienté quelques petites minutes pour réaliser des clichés plus personnels et dans le mouvement) et un président que l’on pourrait presque qualifier de bondissant.

En Marche !, stop ou encore ? Les images aussi nous parlent et elles diront leurs mots et leurs couleurs.

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