Gorbatchev, Hollande, mal-aimés et passeurs d’avenir

© Photo de François Hollande. AFP
© Photo de François Hollande. AFP

Moscou n’est pas Paris et le communisme n’est pas le socialisme. Le premier fut destitué par un putsch de quarterons bureaucrates staliniens, le second toujours Président sera peut-être écarté à l’issue d’élections libres dans un pays démocratique. Les différences si nombreuses entre l’URSS passée et la France d’aujourd’hui et entre Mikhaïl Gorbatchev et François Hollande – dont il ne s’agit pas de faire un comparatif entre leurs qualités, succès ou échecs – confirment la justesse de l’adage « Comparaison n’est pas raison ».

Pourtant il y a une similitude : les deux dirigeants ont soulevé d’immenses espoirs et les deux sont devenus les mal-aimés de leurs peuples et de leurs soutiens initiaux. Et disons-le, pour certains, les deux ont trahi leur cause : le communisme pour le premier, le socialisme pour le second.

Tous deux ont fait carrière comme des hommes d’appareil avant de tenir les rênes du pouvoir. Il leur est reconnu l’intelligence, un sens politique rare, une finesse dans les jeux d’équilibres subtils entre les tendances qui leur a permis d’accéder à la plus haute fonction. À bien y regarder, au-delà des envolées de tribune, notamment sur les tréteaux des campagnes électorales, ils portaient en eux une volonté de renouveau pour leur pays. Ils le savaient indispensable et ils le pensaient « à leur main ». Et tout deux voulaient le réussir en tant que réformateur ou réformiste. Le premier avait vu l’échec et les atrocités de la révolution de l’intérieur, le second ne l’avait jamais ne serait-ce qu’imaginé. Tous deux sont des partisans de la cohésion nationale et d’une évolution sans brusquerie.

Ils l’ont tenté et ils l’ont raté.

Une raison est peut-être commune à ces deux échecs : l’utilisation de moyens anciens, de la politique mais aussi de l’économie, pour faire émerger le neuf. Dans les deux cas l’enfantement a échoué car la matrice idéologique, communisme d’un côté et socialisme de l’autre, n’était pas en capacité des enfants du siècle.

Il reste que Mikhaïl Gorbatchev et François Hollande ont mis fin à un cycle et en ont ouvert un autre même s’ils n’ont pas réellement dessiné et monté les fondations. Le pouvaient-ils avec leur histoire personnelle et les forces qui les avaient porté au pouvoir ?

Un nouveau, avec de forts relents d’ancien, se construit avec soubresauts dans la nouvelle Russie entre nostalgie, modernisme et rêve de la grandeur historique passée. Le développement économique n’est pas encore vraiment à l’ordre du jour et le peuple est loin d’en bénéficier et la main de fer tsariste et/ou communiste est encore ferme. L’homme nouveau né d’un bloc d’idéologie (quelle vision absurde !) n’est toujours pas en marche et ne le sera jamais. Mais des évolutions irréversibles sont en cours et le monde avance avec les espoirs des hommes qui restent éternels.

Dans la France démocratique du pouvoir présidentiel vécue encore comme une monarchie et de la folie du quinquennat, les Français attendent tout du nouvel élu dans les plus brefs délais. Ils ne peuvent qu’en être déçus. Ils sont, ne retrouvant pas le réel dans les imageries anciennes encore clamées et affichées par les partis politiques, totalement déboussolés, désorientés et plus que déçus. Ils se sentent trahis. Notamment le « peuple de gauche » guidé par des textes des tables de granit depuis des décennies. Mais, preuve en sont les taux de participation aux élections, droite et gauche ne mobilisent plus. L’abstention est la grande gagnante et les extrêmes, plus ou moins populistes, en bénéficient aussi, surtout l’extrême-droite. Ce qui pose un problème essentiel aux forces de gauche comme de droite « traditionnelles » : seront-nous de l’avenir ?

Pour le premier avenir démocratique, l’élection présidentielle de 2017, tout laisse à penser ce jour que la gauche ne sera pas élue, il est même probable qu’elle ne soit pas présente au second tour. Que François Hollande se représente ou tout autre candidat.

Le prochain quinquennat sera donc de droite et compte-tenu du « favori » actuel des sondages, Alain Juppé qui dit ne vouloir assurer qu’un seul mandat, on peut avancer qu’il sera un mandat de transition. C’est même souhaitable !

En effet, la situation économique et politique du pays, la situation internationale devraient obliger à une « union républicaine » (le vocabulaire neuf est peut-être aussi à inventer de ce point de vue) dont on voit qu’elle est souhaitée par un très grand nombre de Français. Des leaders se présentent comme « ni de droite, ni de gauche » comme Emmanuel Macron ou « de droite et de gauche » comme Nathalie Kosciusko-Morizet. Une transition assurée par un Président qui devra être capable d’associer ce qui apparaît encore comme contraires. Le voudra-t-il, le pourra-t-il ? Espérons-le.

Durant ces cinq années, les « grands » partis (est-ce encore raisonnable de les nommer ainsi ?) auront la possibilité de se refonder. A eux de démontrer qu’ils le peuvent. S’ils ratent cette dernière occasion, ils seront remplacés par d’autres mouvements, partis d’où émergeront des personnalités plus ou moins nouvelles mais sans nul doute certaines seront inédites.

Alors l’heure reviendra au débat démocratique qui offre, lors des élections – ces moments indispensables de l’alternance –, la possibilité aux affrontements d’idées. Car si les responsables ne peuvent être hors sol de réalités incontournables, même en République des différences nombreuses existent et sont suffisantes pour ouvrir des chemins différents pour atteindre des objectifs utiles au pays et éviter (plutôt la limiter) la bureaucratie. Et casser la main mise si rapide des baronnies, corset étouffant des sociétés et mal politique éternel. Aléxis Tsípras, pour l’instant, l’a bien compris en Grèce.

Mikhaïl Gorbatchev reste mal aimé en son pays pour lequel il a pourtant tant fait. Et au-delà même de ses frontières. François Hollande l’est aujourd’hui sur sa politique intérieure à l’inverse de sa politique extérieure.

Les historiens seuls pourront dire s’ils auront été des réformateurs importants de leurs pays.

D’ores et déjà, on peut dire qu’ils ont un point de rencontre commun : ils sont des réformateurs (traitres pour les uns) de leur propre système de pensée politique. Des passeurs d’avenir. Ce n’est pas rien et c’est probablement aussi tout leur malheur.

François Hollande sera peut-être le Mikhaïl Gorbatchev français.

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