MONTREUIL, BUDGET, AGENTS MUNICIPAUX ET SERVICE PUBLIC

Petits tas de piècesLa majorité municipale de Montreuil, autour du maire Patrice Bessac, vient de s’illustrer lors des deux derniers conseils municipaux. Le 1er juin sa tenue a du être annulée face à une opposition… qui le 15 juin, toujours aussi conséquente, a été tenue éloignée par une séance à huit-clos mieux protégée qu’un déplacement ministériel. Quelle opposition ? Celle des agents municipaux refusant massivement une « casse-sociale » et notamment deux points à l’ordre du jour concernant l’abandon de la prime spéciale d’installation et du congé de préretraite.

Faillite politique et majorité municipale aux abois

Depuis des mois les relations avec le personnel communal ont révélé un pilotage par le maire – car il en est le premier responsable – d’un amateurisme confondant et d’un mépris cynique du dialogue social. L’utilisation aussi récurrente que provocatrice d’un double langage sur une soi-disante volonté d’ouverture, n’a eu pour effet que d’être une insulte complémentaire.

Les deux conseils municipaux sont l’expression d’une faillite politique d’une majorité aux abois et courant au désastre… de la ville et, mais c’est secondaire, de son existence durable. La bannière où s’inscrivait en lettres d’or le mot d’ordre programmatique « Unir pour réussir » est désormais en lambeaux et bat au vent mauvais. Les électeurs du Parti socialiste et d’Europe Écologie Les Verts qui y avaient cru vivent avec amertume – et certains avec écœurement – cette dérive autoritaire et malsaine où, pour des raisons qui peuvent échapper au sens commun, leurs élus se compromettent gravement sous le joug communiste. À l’inverse, osons l’espérer encore, de leurs convictions.

Cependant au-delà de ces élucubrations il y a plus prosaïquement un vrai problème politique et social qui ne doit pas être masqué. Il est sérieux, ancien et pourtant caché lors de toutes les élections. On ne peut même pas le découvrir entre les lignes des programmes des candidats alors qu’il est dans la tête de TOUS les prétendants. Le poids financier des traitements du personnel municipal est le tabou majeur.

Une histoire ancienne de plusieurs mandats politiques

À Montreuil il est aujourd’hui d’environ 62 % (chiffre quasi officiel même si la transparence n’est pas le fort de l’équipe actuelle), ce qui est proprement – et de l’avis de TOUS – insupportable car empêchant quasiment toute dépense de fonctionnement autre que le minimum. Ce ratio en vient même à limiter les capacités d’investissement. Je ne connais pas un candidat, heureux élu ou malheureux perdant, qui n’ait pas conscience du problème. Mais je sais que TOUS le taisent lors des élections par crainte de perdre les voix du personnel communal, très important sur la ville. Or Montreuil est parfois aujourd’hui obligé d’emprunter pour payer les salaires ! Rien d’étonnant de voir la ville être si proche de voir sa gestion passer sous tutelle de la Préfecture. En effet, on peut considérer que la barre des 50 % ne doit pas être dépassée. C’est dire l’ampleur du travail à accomplir.

La vérité oblige à dire que ce résultat désastreux ne relève pas seulement – et de loin – de la majorité actuelle, même si elle-même s’inscrit encore dans une logique ancienne. Une telle situation est liée à une histoire où les embauches ont été réalisées sans penser à l’avenir, aux vrais besoins, aux évolutions techniques (informatique) et aux nouveaux moyens de service public, comme le guichet unique, facilitant et simplifiant l’aide aux habitants.

C’était l’époque des aveuglements et des revendications auprès de l’État, solution « miracle » pour avoir toujours plus. Comme si jamais les comptes ne devaient être soldés… C’était aussi l’époque du clientélisme. Inconséquence que les élus d’aujourd’hui vivent en effet boomerang.

L’ère de l’improvisation et du mensonge

Patrice Bessac a donc décidé d’agir pour limiter les dépenses de personnel– car c’est bien ce sujet qu’il vise quoi qu’il en dise – pour exister un peu et pour lancer des projets pour notre ville (à supposer qu’il en ait). Il a impérativement besoin de budgets qui lui permettent une ambition minimale. Pour ses propres intérêts, il sait qu’il doit corriger la situation. Malheureusement pour les Montreuillois, et en premier lieu pour les agents municipaux, il agit mal en pur technicien qu’il n’est pas et en mauvais politique qu’il est assurément. Son approche financière est inconséquente car elle ne peut être qu’insuffisante telle qu’elle est présentée (mettre fin à des primes, quel ridicule !). Son approche sociale et politique est contre-productive et insultante pour les agents municipaux qu’il vise comme s’ils étaient responsables d’une politique qu’ils n’ont en rien construite. Elle est désastreuse pour une mobilisation nécessaire à la vitalité d’un service public territorial (ici municipal) indispensable et qui doit être défendu et justement revivifié. Par ailleurs le maire est le premier, avec l’embauche de conseillers et membres de cabinet nombreux à faire contre-exemple… « Faîtes-ce que je dis… mais pas ce que je fais. » Des nouveaux embauchés, sortes de janissaires d’une mairie-bunker, qui par ailleurs ont une fâcheuse tendance à se considérer comme des fonctionnaires qu’ils ne sont pas et qui se permettent de donner des ordres parfaitement illégitimes en droit, scandaleux par leur manque d’éthique et piétinant la simple courtoisie de travail.

 Il faudra bien un jour annoncer une politique de long terme claire et franche

Les équipes municipales de Montreuil, l’actuelle comme celle qui lui succédera, doivent considérer qu’elles ne régleront pas seules la question sur un mandat. Même s’il faut bien commencer. Mais surtout elles ne peuvent pas agir sans – et encore moins contre – les agents municipaux.

Il est vrai qu’il faut un discours de vérité, et donc définir un objectif graduel de baisse des effectifs sur quelques années. Le présenter et en débattre avec les organisations syndicales. Mais avec une vision qui ne soit pas globale et technocratique mais adaptée aux situations des services et aux parcours personnels des salariés. Situations très nombreuses, diverses pour ne pas dire souvent presque particulières. Comment ne pas imaginer, vu le mal-être exprimé par les agents qui date de nombreuses années qu’il n’y ait pas des évolutions nécessaires qui passent par des formations nouvelles, des nouveaux outils techniques, des mutualisations, des changements de postes garant d’évolutions qui pourront garantir un meilleur service rendu. Qui passent d’abord par de la reconnaissance. Aujourd’hui, il est communément admis qu’un absentéisme avoisinant 25 % des agents est fréquent. Ce n’est pas signe de bonne santé du corps municipal. Il est certain que les départs en retraites non remplacés peuvent apparaître comme une « solution ». Mais cela dépend où. Ce qu’il faut regarder de près, et prioritairement, ce sont les secteurs qui ne sont pas pleinement en phase avec les évolutions des besoins des habitants. Parce que reproduisant des réponses obsolètes ici, c’est possible. Mais aussi parce qu’insuffisantes là. En aucun cas il ne s’agit de trancher dans le vif comme les agents en ont le sentiment aujourd’hui se demandant, où qu’ils soient, à quelle sauce ils vont être mangés.

Réhabiliter la politique en dépassant la seule approche technique

Détailler un tel chantier ne peut se faire « à la volée » dans un article comme celui-ci pas plus qu’il ne peut résulter dans une appréciation technocratique, globale et d’ensemble, où le seul objectif est de faire – au seul besoin d’un court terme apeuré et sans vision pour un long terme réfléchi – des économies dans la colonne dépenses. De plus au-delà de l’approche de l’efficacité sociale et économique des services pour les habitants, en chaque lieu la prise en compte des situations des agents est essentielle et peut incliner des vues purement techniques et financières.

Ainsi la « fermeture » de l’Office de Tourisme est-elle juste ou pas ? Je me suis toujours interrogé, et je parle ici à titre purement personnel et ne peut ni ne veut engager mes amis avec qui un temps j’ai été élu et qui eux le sont encore au nom d’Élire Montreuil que je soutiens toujours, sur son utilité réelle et sa structure juridique. Selon moi, son avenir pouvait être débattu et évolué. Le fermer, pourquoi pas ? Mais dans quel but et comment assurer les missions pour lesquelles il était encore utile ? Je ne crois pas que l’examen ait été fait sérieusement. Et pire, socialement, ce qui est évident et scandaleux, c’est la manière dont les personnels ont été traités et pour certains écartés. On peut comprendre que cet exemple, même s’il ne s’agissait pas de fonctionnaires, inquiète le personnel municipal sur sa méthode de faire des économies.

Patrice Bessac, si prompt à dénoncer le gouvernement pour cause « d’austérité » et « d’autoritarisme », ferait bien de se regarder dans le miroir. Sa politesse et sa politique de vernis ne masque pas son arrogance et l’inefficacité de ses actions improvisées.

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