« Il ne pouvait qu’en advenir ainsi… »

La formule peut être ambiguë puisqu’il se peut que le verbe « advenir » soit utilisé dans le sens de « arriver par hasard », alors que le plus souvent elle se veut « de hauteur », donc signe d’une pensée réfléchie par celui qui l’exprime. Autrement dit, moi qui vous livre mon analyse, je vous le dis : « Cela ne pouvait se passer autrement pour qui – comme moi s’entend – savait bien voir… ».

Un certain charme de la discussion politique autour du café mais qui peut vite tourner en rond et enfermer ses plus beaux orateurs.

Porter un costume

« Macron – ici on ne dit pas le président afin d’éviter la répétition a vite enfilé le costume de président »… il ne pouvait qu’en advenir ainsi.

En effet, qui n’a vu ses multiples talents lors de ses meetings de prédicateur : l’entrée en piste sous les sunlights, le marcher droit et le sourire enjôleur, l’empathie et l’écoute, mais aussi la répartie cinglante quand il le faut, la maîtrise face à la brutalité lors du débat de l’entre-deux tours. L’audace de Bonaparte à Arcole et le Napoléon qui prend bien soin de se couronner lui-même, les deux en un et en quelques semaines. Il aura suffit d’une première remontée des Champs-Élysées dans un command car… l’évident choix de la monture du chef. Enfin, sous le costume qui n’est pas d’opérette, cette énergique poignée de main à blanchir les phalanges de la grosse patte de Donald !

L’amusant c’est que de nombreux zélateurs des derniers jours n’avaient pas négligé durant des semaines et des mois de remarquer une jeunesse sympathique… mais porteuse d’immaturité, une bien faible expérience en durée dans la fonction ministérielle, sans parler même de sa pensée-prison d’un pouvoir ni droite, ni gauche, c’est-à-dire en distribution forcée et équilibrée entre la droite et la gauche. En gros lié aux partis, un président de IVème République… un président inexistant.

Tailler un costume

« Un réveille-matin, en forme de canard déchainé, du mercredi – en fait les ministres sortent de leur rêve par une livraison par motard le mardi soir qui précède l’alerte générale sur les radios – pointe un éventuel faux pas d’un ministre… qui aurait eu lieu il y a quelques années »… il ne pouvait qu’en advenir ainsi.

En effet, quel citoyen censé peut croire à une équipe de probité absolue ? Même sous Macron la nature humaine reste la nature humaine ! D’ailleurs, c’était bien la peine de passer au scanner de la transparence tous les futurs ministres – fût-ce au prix d’un jour de retard dans l’annonce du gouvernement 1 du quinquennat – pour découvrir l’inévitable grain de sable qui surgit toujours dans la chaussure.

Là encore les propagateurs d’évidences, quelques jours auparavant, vantaient sans retenue l’irruption de figures nouvelles, le chamboule-tout des vieilles pratiques, l’ère nouvelle qui allait enfin accoucher de la moralisation vraie de la politique.

Faire porter un costume ou tailler un costume serait donc devenu l’alpha et l’oméga de l’analyse politique. C’est un peu gros de fil blanc… un fil qui casse souvent vite le temps passant et l’oubli venu. C’est le temps médiatique. Mais ce sont autant d’images qui font aussi la politique et dont les gouvernants se servent et qu’ils doivent s’apprêter à subir. MM. Macron et Ferrand le savent mieux que quiconque.

Le « Il ne pouvait qu’en advenir qu’ainsi » nous guette tous en vérité. Une sorte de réflexe pavlovien qui puise instinctivement dans le stock des idées reçues et qui évite de se poser la question première de la nécessaire enquête approfondie sur tout événement et néglige aussi l’effort d’approcher par de nouvelles mises en perspective l’actualité changeante. Surtout quand elle bouge profondément. À l’heure où les flux d’informations disponibles sont bien supérieurs en nombre et en qualité aux stocks, où notre capacité d’y accéder est plus aisée que jamais, on devrait être attentifs et surtout curieux et intéressés à découvrir ce qui pourrait se passer de vraiment neuf.

Je ne sais si le monde va changer de base (j’en doute et d’une certaine manière je le redouterai), mais à l’évidence sortir du monde ancien n’est pas aisé. Surtout dans les esprits.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *