Le puzzle du PS ne fait plus dessein

Pochette de l'album Puzzle du groupe de rock écossais Biffy Ciyro - 2007.
Extrait de la pochette de l’album Puzzle du groupe de rock écossais Biffy Ciyro – 2007.

Les « frondeurs » du PS, du moins les quelques sincères qui ont voté la motion de censure proposée par la droite aux côtés des députés communistes, ont raison. Ils peuvent avoir le légitime sentiment d’avoir été « trompés » en pensant que le candidat Hollande, par son programme et des phrases de tribunes destinées à la gauche de la gauche allait, lui Président, ouvrir le chemin d’un gouvernement en capacité de créer des emplois à en réduire rapidement le chômage, d’assécher le cœur financier, si ici le mot cœur garde un sens, d’un capitalisme financier spéculatif et mondial, et dans la foulée d’inverser les tendances climatiques du réchauffement planétaire. Car enfin clament-ils, c’est bien « Le changement, c’est maintenant » que nous avons entendus. Pas faux.

Mais, comme ils sont parmi ceux qui avaient lu le candidat depuis longtemps et avaient été souvent de ses compagnons proches et ayant particulièrement bénéficiés de ses soutiens, ils ne devraient pas être surpris par le tournant social-démocrate « à la française » imprimé depuis longtemps par le Corrézien d’adoption. Sa trajectoire politique – dont celle de chimiste émérite en tant que général des brigades de Solferino, n’est pas nouvelle. Ce n’est pas d’hier qu’avec nombre de ses amis, François Hollande souhaite un tournant socialiste proche de celui imprimé par le SPD allemand lors du congrès de Bad Godesberg… en 1959 !

Ce que la loi Macron a provoqué – puisqu’elle ne sera pas, comme certains l’ont pressenti, la « loi du siècle », notamment compte-tenu de ses propres contradictions née d’une ultime et désespérée volonté d’équilibres au but de satisfaire les tenanciers des arrière-cours socialistes –, c’est un coup d’éclair politique. Salutaire.

Les forces de gauche qui se sont associées à la droite, une partie seulement car il ne faut pas oublier que des centristes ont refusé de s’associer à la motion de censure, le démontrent : il y a deux gauches.

Ce n’est pas une découverte, mais depuis cette nuit d’Epinay-sur-Seine en juin 1971 où François Mitterrand, tout nouvel adhérent, prenait la tête du PS sur une ligne d’union de la gauche grâce à l’accord et au soutien de Pierre Mauroy le géant socialiste des Flandres et Jean-Pierre Chevènement le lion de Belfort (et les deux menaient pourtant fortes batailles opposées sur leurs terrains d’élections), la ligne semblait immuable. Mieux, elle semblait avoir résolue la quadrature du cercle puisqu’allaient s’ensuivre un double septennat et la montée en nombre d’une nouvelle classe de dirigeants victorieux dans la majorité des élections locales.

Un cercle vertueux où l’auto persuasion de ses qualités éternelles allait aveugler plutôt qu’éclairer sur les changements de la société et les persistances d’idéologies politiques anciennes et déclinantes, le communisme, et nouvelles et en perpétuelle crise de croissance, l’écologie politique.

Mais aujourd’hui, à la veille de deux défaites électorales cinglantes annoncées (les départementales et les régionales de 2015), et surtout en charge de la destinée du pays à un moment où de nombreux périls guettent dont celui du chômage de masse, persistant et croissant même, qui détruit au sens premier une large part de la population, les jeux d’équilibres contraires ne valent plus.

Il n’est plus possible, comme par exemple Benoît Hamon en est une singulière expression, de voter pour un gouvernement Valls 1 et d’en être le troisième ministre dans l’ordre d’importance, en mars 2014, pour le quitter pour désaccord dès août de la même année ! À moins, ce qui se confirme tristement aujourd’hui, que l’objectif ne fut que de se poser à l’avance comme celui en capacité, avec ses troupes, de prétendre à prendre la majorité ou peser fortement sur le PS après son congrès programmé pour juin 2015. Congrès qui, pour l’instant, s’annonce factice et de pur affichage… dont on ne sait trop quoi d’ailleurs.

De même il ne suffit pas que l’honorable et respectable maire de Lille grommelle à intervalles réguliers, multiplie les messes basses autant que les coups de menton contre le gouvernement et François Hollande dont elle n’a toujours pas digérer la victoire aux élections primaires où elle a perdu le droit de se présenter aux Français pour la présidentielle de 2012, pour prétendre incarner et posséder les clés d’une politique alternative créatrice d’emplois. Sa gestion locale, malgré son poids politique incontestable, ne plaide pas par des succès frappants. Malheureusement. Pas de réussite majeure et tranchante sur le front de l’emploi pourtant en tête, pour elle-aussi, de ses préoccupations. Et de fortes inquiétudes quant à la montée, scrutin après scrutin et sur des terres ouvrières, du Front National dont la poussée risque d’être dévastatrice lors des prochaines élections. À sa manière, Jean-Luc Mélenchon qui croyait terrasser Marine Le Pen à lui tout seul, en a fait la mordante constatation.

Les socialistes sont donc éparpillés depuis longtemps, mais cette semaine est probablement celle où il apparaît que bien des morceaux ne seront plus recollés et c’est l’explosion « façon puzzle » qui a eu lieu. Mieux : qu’ils ne doivent plus l’être afin que l’action gouvernementale, dans la clarté et dans un quinquennat présidentiel que beaucoup semblent négliger, ne soit pas entravée. Il ne s’agit pas pour autant « d’interdire » aux députés PS de voter contre les propositions de loi du gouvernement. On ne voit pas de quel droit et encore moins comment outre que cette proposition relève davantage de la foucade de tempéraments mal maîtrisés et peu tempérés qui font fi, avec légèreté et dangereusement, du respect des consciences.

Il s’agit plus sérieusement, et notamment pour les deux ans qui viennent, de vérifier si le PS, de « machine à gagner » les élections est en capacité d’avoir une vision pour le pays et la capacité de le gérer au service de son rayonnement, de son développement et donc au service des Français.

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