Renouveau politique : pas de jugement précipité !

Le précipité politique et médiatique est à éviter pour tout changement politique. Ne prenons pas les déclarations actuelles sur les « prises de conscience » et « les engagements de changement fondamental » comme le socle d’un futur qui s’annonce mais ne peut se construire et révéler que lentement. Surtout parce qu’il y a urgence. Ne tombons ni dans l’acide, ni dans le basique.
Le précipité politique et médiatique est à éviter pour tout changement politique. Ne prenons pas les déclarations actuelles sur les « prises de conscience » et « les engagements de changement fondamental » comme le socle d’un futur qui s’annonce mais ne peut se construire et révéler que lentement. Surtout parce qu’il y a urgence. Ne tombons ni dans l’acide, ni dans le basique.

Attention ! Sur les voies, certes incertaines, de la rénovation politique, un train peut en cacher un autre.

Ainsi, les pronostiqueurs de l’échec – souvent patentés du cynisme élégant bien en cours – et les autres rieurs – vaccinés il est vrai par la répétition si ancienne des faux semblants – devraient être prudents dans leur pronostic du pire. On peut même le souhaiter.

À défaut de les convaincre (d’une certaine manière, nous avons d’ailleurs besoin de leur vigilance), peut-on du moins les appeler à ne pas se précipiter dans l’analyse à courte vue qui fait les titres depuis une semaine.

En effet, je ne sais si nous devons vivre la vie comme une circonstance, mais l’histoire nous a enseigné que la politique devait ses plus grands moments (positifs et négatifs) aux circonstances. Or après les résultats des régionales de 2015, nous y sommes.

La précipitation, elle submerge les écrans et les ondes par le vide de déclarations où la main sur le cœur – et non l’inverse – les dirigeants politiques s’improvisent en petits peintres au costume blanc immaculé et porteurs des pots de peintures du renouveau fraîchement ouverts après le grand lessivage de leurs boutiques provoqué par la vague du Front national. Non pas un jet passager venu d’une houle portée par un mauvais vent, mais une puissance qui ne trompe pas ses origines de lame de fond attendue.

Les uns disent qu’ils doivent changer le nom de leur parti (Julien Dray). L’ami de celui-ci (Jean-Christophe Cambadélis) préfère regarder hors ses murs et invite un autre parti, « le centre » (par ailleurs composite), à se détacher de la droite. De ce côté plusieurs font le constat qu’à vouloir copier le Front national… les citoyens préfèrent l’original à la copie et que face à lui il faut un Front républicain (Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Pierre Raffarin). Leur leader (Nicolas Sarkozy) préfère, le soir des résultats, quitter le siège de son parti et laisser ses « ouailles » orphelines pour, la mine chiffon, se poser – pour la photo qui fera jaser – sur la banquette du stade du PSG et échanger ses visions sur l’avenir de la France (et probablement du monde) avec son ami Qatari qui en est le propriétaire.

De ces précipitations politiques accélérées par l’appétit des médias simplificateurs et de l’empressement irréfléchi à y répondre pour tenir la flamme de l’existence factice allumée, on ne retiendra bientôt bien peu de chose. Cette logorrhée est faible en arguments.

Un seul est clair car il s’agit d’un appel au secours pour sa propre vie : celui de « la main tendue » à François Hollande par Cécile Duflot pour une reconstruction de la gauche. C’est l’histoire du noyé des élections qui veut remonter à bord du bateau qu’il a lui-même sabordé.

Mais plus généralement, au-delà de cette semaine confuse, n’attendons rien d’une politique précipitée car, sérieusement, le futur ne peut être dessiné rapidement.

Le hasard, dont certains pensent qu’il va être la providence de leur parti, est surtout un inattendu facétieux. Et peu d’hommes savent le saisir. Ils sont très rares, et comme souvent en politiques, ils sont alors seuls à devoir agir. Souvent contre leur parti pour une rencontre positive avec leur pays.

À cette heure, ils ne sont que deux à pouvoir se saisir de cette opportunité qui leur est offerte.

À gauche, le président François Hollande constate ce qu’il sait depuis longtemps : ses alliés d’hier – Front de gauche (tous rouges confondus) et écologistes (tous verts déchirés) – sont effacés de l’histoire vivante. Pour des raisons et de manière différentes. Ils n’ont pas su saisir leur époque et les Français n’attendent rien d’eux pour les plus hautes responsabilités. Il a donc l’obligation de changer, de rénover, de fonder une nouvelle approche et une nouvelle action de la politique. En un mot d’élargir, de constituer de nouvelles agrégations. Le pourra-t-il pour 2017 ? C’est court. Très court même quand on sait que tout candidat a besoin d’un parti sinon derrière lui, du moins loyalement à ses côtés. Mais étant Président, son parti ce sont les Français et il peut leur parler directement.

Alain Juppé est à droite celui qui, par sa place à part construite patiemment, avec rigueur et méthode sur les quais de Bordeaux, peut légitimement s’affranchir d’un passé qu’il juge révolu pour l’avoir longtemps pratiqué et analysé. La tâche n’est guère plus simple pour lui. Car Nicolas Sarkozy – peut-être pas le grand perdant, mais assurément le grand perdu de la dernière période tant il apparaît dans ses déclarations et ses décisions comme totalement égaré par son désir aveuglant de revanche personnelle – continue à s’agiter avec des soutiens encore puissants. Mais, compte-tenu de son lent mais progressif décrochage avec les Français, il est probable que certains vont prendre leurs distances.

Droite, gauche… gauche, droite, l’état de la France est tel que ces distinctions mêmes ne sont plus tout à fait pertinentes au vu des circonstances. Il est désormais avéré qu’il ne s’agit pas des bons mots pour la reconstruction du lien de la politique avec les citoyens. Non qu’ils ne fassent plus sens, car ils porteront toujours de vraies différences essentielles à l’indispensable alternance démocratique. Mais en ces temps de perdition des repères, les deux qualificatifs, d’autant plus qu’ils sont sur-joués le plus souvent et éructés de manière automatique. Ces « marqueurs » apparaissent pour ce qu’ils sont : dogmatiques et comme tout réflexe pavlovien, ils n’ont en rien la capacité d’aider à la mobilisation nécessaire pour mettre fin à la défiance croissante des Français. Les deux grandes familles de l’idéal républicain s’usent dans ces postures destructrices pour la société.

Naturellement, elles devront s’opposer demain pour le débat démocratique mais continuer, sur tous les sujets et quoi que fasse « l’autre », ce spectacle factice de fausse opposition, c’est prendre le risque d’un bien mauvais précipité chimique qui peut provoquer la dissolution des deux parties. Au profit de l’élément explosif rejeté au fond des urnes lors du second tour des régionales, mais qui, nous le savons, attend le prochain tour. Le sien.

La responsabilité, puisque l’urgence est grande, est de prendre son temps et d’éviter les précipitations du temps médiatique, au risque que l’emballement des solutions vites pensées ne viennent au contraire démontrer l’incapacité du changement réel.

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