« Le Montreuillois » , c’est donc ça ! ?

N'oubliez pas de dire merci au Maire ainsi qu'au grand "Conseil éditorial" pour cette publication qui fera ! C'est retour vers le futur, mais un futur vraiment antérieur.
N’oubliez pas de dire merci au Maire ainsi qu’au grand “Conseiller éditorial” pour cette publication qui fera date ! C’est retour vers le futur, mais un futur vraiment antérieur.

La dialectique peut-elle casser des briques ?, film d’inspiration situationniste construit sur le détournement des films kung-fu chinois, posait la question au début des années 1970. On peut constater, avec la livraison du nouveau bulletin municipal au titre proprement extraordinaire « Le Montreuillois » que la dialectique de comptoir peut aboutir sur le fond et la forme à ce qu’elle provoquait dans le film : une impuissance totale pour faire tomber les bureaucrates violents au pouvoir. Il reste à espérer qu’elle ne suive pas la conclusion du film : seule la violence peut agir.

Le bimensuel, qui sera peu lu comme son prédécesseur et comme tous les bulletins municipaux de France contrairement aux études complaisantes destinées à capter de la publicité, ne provoquera certes pas un tsunami. À peine une vaguelette dans un verre. Mais tout de même !

Le titre : une révélation.

Un titre c’est important sur le fond. Le maire lui-même, c’est normal car chacun sait qu’avec son conseiller en communication ayant œuvré plusieurs mois rémunéré par la mairie… et aujourd’hui devenu prestataire privé « chargé de la conception éditoriale » rémunéré par la société de communication créatrice du nouveau produit, tient à nous l’expliquer dans son éditorial : « Le Montreuillois, vous, Madame, vous, Monsieur, vous en êtes Un. Vous êtes, et nous sommes des êtres singuliers. En même temps, des dénominateurs communs nous réunissent. Le plus grand d’entre eux tient au fait que nous sommes montreuillois ». Bigre, voilà un raisonnement à renverser les tables.

Passons sur le « vous, Madame » un féminin peu apparent dans le titre. Mais allons à l’essentiel, car c’est à cet endroit qu’il y a la révélation principale : la volonté communiste de construire un homme nouveau ne faiblit pas. Elle renaît. Bon, l’empire s’est effondré sur ses propres insuffisances, crimes et turpitudes et incapacités fondamentales. Mais… il reste Montreuil ! Et le Montreuillois est l’homme valeureux, une sorte d’Astérix de la pensée et de l’action qui va redonner vie aux espoirs d’une humanité sur la connaissance de l’autre. Le maire s’interroge (et nous interroge par la même occasion) : « Qui est ce chauffeur de bus qui, dans le matin froid, nous conduit vers nos destinations ? » Il faut avoir l’esprit singulièrement échauffé et la main chaude pour écrire cela. Vous avez bien lu, on en est là !

Ainsi, la rhétorique communiste ancienne, aux trompettes claironnantes des collectivisations, celles des moyens de production et celles des esprits, veut créer Le Montreuillois en se couvrant d’un vernis nouveau clinquant d’une reconnaissance de nos individualités distinctes. Quelle contradiction, quel contresens… quelle manipulation (petite, il est vrai) ! Qui peut penser un instant que la pensée bolchévique s’inscrit désormais dans la logique libérale de la Révolution française ? Celle de la liberté d’être, justement.

Avec l’ancien titre « Tous Montreuil », on mesurait clairement que c’était la somme de tous qui faisait cette entité vivante, plurielle, riche de ses diversités. C’est directement lisible. Là on lit qu’il va falloir en être. Pas nécessairement dans l’arbre généalogique, car il y aurait beaucoup d’exclus… Mais on sent bien qu’il y a un moule. Serait-ce celui, stakhanoviste, de l’Homme de marbre ? Avec des médailles et des discours de récompense – sans parler de la Une du journal – lorsqu’il est « conforme » aux objectifs du Plan… ou sinon, c’est la disgrâce. Et chacun de se poser les questions qui hantent : « Suis-je Montreuillois ? » ; « Est-ce que j’ai bien agi ? » ; « Suis-je assez positif pour la ville ? Pour la majorité municipale » ; « Est-ce que je ne suis pas en train de m’éloigner ? » ; « Ai-je vraiment une tête de Montreuillois ? En ai-je envie ? » Bref : « suis-je Le Montreuillois ». Un jour aurons-nous le Montreuillois des Montreuillois, le plus capé ? Pour tout dire LE Montreuillois capitale.

Tous Montreuil agrégeait. Le Montreuillois divise.

La forme : la régression

Allons vite, ne soyons pas cruel. Je sais que le Vintage est à la mode. Mais quand même, trop, c’est trop. Le rouge, la mosaïque de photos pleine face (enfin la réalité bien cadrée, enfin de ceux qui aiment vivre à Montreuil. Ceux qui n’aiment pas, pas de photos. Punis.), la police (ni voyez pas malice ») de caractères ombrée…, on n’est pas dans le tract imprimé Stencil à l’encre violette qui tâche les doigts, mais c’est un retour graphique vers le futur très, mais vraiment très, antérieur. Du moins pour la Une. Les pages intérieures se suivent sans originalité (vous avez dit « conception éditoriale » ?) et c’est toujours la logique du roman-photo à l’ancienne qui préside (Montrons « les gens », ils aiment ça, ils nous le rendront.). On ne sait plus où on est, ce qui est somme toute logique puisque le but est de faire tourner les têtes dans l’ivresse du selfie. Et go ! Tourne, tourne. Il y a bien le nouveau cahier « La vie dans nos quartiers » (écrit en capitales et ombré sur fond rouge qui vibre à faire cligner les yeux). Sauf que c’est toujours pareil, le roman photo à la manière « façades Potemkine » continue. Et sauf que ce n’est pas toujours seulement les quartiers…

Là où le casque est enfoncé le plus profond, c’est avec le carnet des sapeurs-pompiers. Je sais, tout le monde les adore et moi aussi. On ne se moque pas. Gloire à eux. Sérieusement. Je les salue donc. Mais je ne sais si Le Montreuillois les honorent efficacement avec sa colonne de page 3 qui enfilent quatre brèves dont je cite les titres : « Accident de travail : une cheville fracturée » ; « Victime d’un malaise cardiaque » ; « Accident de la route sur la A3 » ; « Feu, étincelles et arcs électriques ». En voilà de l’info ! Mais, il se prend pour qui Le Montreuillois ? Un quotidien de la PQR ? Le conseiller éditorial va faire comment avec son bimestriel (pardon, celui du maire), comment va-t-il trier les interventions des pompiers. En effet, les pompiers interviennent beaucoup. Sacré boulot de rédacteur de choisir entre un feu de poubelle et la réanimation d’une victime de crise cardiaque. Les avis d’obsèques, c’est pour quand ?

Si ce n’était qu’imbécile, on pourrait s’en tenir à se moquer. Mais, c’est pitoyable et on en reste consterné.

Une vitrine de la politique d’aujourd’hui

Les politiques ont désormais une vision de la société « à leur format ». Petit format. D’ailleurs Le Montreuillois un est petit Montreuillois. Réduit à son unité qui se voudrait l’aune de tous. On y trouve, en partie, l’explication de cette distance qui sépare les citoyens de leurs élites et de leurs élus. Elle ne cesse de produire ses pires effets. Non seulement les dirigeants et les institutions ne son plus reconnus, mais désormais les Français les rejettent. Les élus sont de gauche, leur communication étale le rouge. Ils sont écologistes, elle broute dans le vert. C’est leur identité, mais ce n’est pas celle des Français. Ni des Montreuillois. De ces citoyens qu’ils devraient, élus, représenter tous. Rouge, vert, bleu, rose, orange… Ces gesticulations de communication (car qui peut dire qu’il y avait réellement besoin, au-delà des évolutions nécessaires et courantes de tout média, d’un nouveau journal ?). Les élus ainsi amidonnés dans leur routine dépassée et leurs jeux de « Mon empreinte, maintenant je la pose partout » ne servent pas la ville. En fait, avec ces petites pensées qui tournent en rond, ils sont le plus souvent serviles. Ces guerres de tranchées enfantines ne sont là que pour être au service de leur Parti. Ceux-là même qui les ont formaté… et parfois les nourrissent directement et indirectement depuis leurs biberons d’adulte. C’est l’ère de la régression.

Personnellement j’en prends le Parti d’en rire… mais c’est un rire triste. Et je n’oublie pas que ce plaisir du maire est réalisé avec les impôts des Montreuillois.

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