Champagne oui, my Lord ! Mais seulement du bon.

À Westminster, les Lords ne veulent pas échanger leurs bulles avec les députés. My God !
À Westminster, les Lords ne veulent pas échanger leurs bulles avec les députés. Qui peut y penser ? My God !

Sunday Press 36

« Nous sommes entrés par la porte de Jaffa et nous avons dîné à 6 heures du soir. Jérusalem est un chantier entouré de murailles. – Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises : (idée forte). Il y a quantité de merdes et de ruines. Le juif polonais avec son bonnet de peau de renard glisse en silence le long des murs délabrés, à l’ombre desquels le soldat turc engourdi roule, tout en fumant, son chapelet musulman. Les Arméniens maudissent les Grecs, lesquels détestent les Latins, qui excommunient les Coptes. Tout cela est encore plus triste que grotesque. Ça peut bien être plus grotesque que triste. Tout dépend du point de vue. Mais n’anticipons pas sur les détails. La première chose que nous ayons remarquée dans les rues, c’est une boucherie. (…) Tout à l’entour ça pue à crever ; près de là deux bâtons croisés d’où pend un croc. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louis Bouilhet, Jérusalem, le un, 17 décembre 2014, N°37.

(…) L’antisémitisme classique, nationaliste, catholique, a régressé. La France de droite est beaucoup moins antisémite qu’il y a cinquante ans. Et l’État français condamne tout acte qui s’en réclame, sans hésitation, ni faiblesse. Je ne crois pas que nous assistions à une vague généralisée d’antisémitisme, mais il ne faut pas minimiser son expansion dans certains secteurs de la société (…) D’abord au sein du monde issu de l’immigration arabo-musulmane. Certains membres s’identifient à la cause palestinienne, avec le raccourci : les Palestiniens sont opprimés par Israël, et Israël c’est les Juifs. Une frange minoritaire verse dans l’islamisme radical, obsessionnellement antisémite. Il existe aussi, marginal, un antisémitisme de gauche qui s’appuie sur deux simplifications : les Juifs, c’est l’argent, et nous sommes anticapitalistes ; Israël est colonisateur et nous sommes anticolonialistes. On rencontre enfin des antisémites dans la population noire, reprenant la thèse de l’universitaire new-yorkais Leonard Jeffries, démentie par les grands intellectuels noirs américains, selon laquelle les Juifs auraient organisé la traite négrière. Ils leur reprochent aussi de s’arroger le monopole de la souffrance historique sans laisser d’espace à l’esclavage. Passée par les Antilles, cette thèse alimente le discours de Dieudonné, dont l’impact a aussi révélé un aspect essentiel de l’antisémitisme contemporain : le rôle d’Internet.

Michel Wievorka, propos recueillis par Juliette Bénabent et Vincent Remy, Télérama, 20 au 26 décembre 2014, N°3388.

(…) Très peu de livres ou d’artistes ont eu une influence politique immédiate. Mais, sans art et sans culture, rien ne change. Dans un pays comme le Mozambique, pendant la guerre d’indépendance (1964-1974), l’art et la culture étaient la colle qui unifiait la nation. La langue ne suffisait pas. Alors on dansait. Partout, la même danse. La culture est la cavalerie qui guette à l’orée des bois, et débarque quand tout s’effondre. L’art et la culture ont une signification énorme, mais pas isolée du reste. Pendant la guerre, au Mozambique, les gens allaient au théâtre pour rire. C’était un acte de résistance. Ils voyaient sur scène les possibilités d’une autre vie. (…) Quand on vit dans une énorme insécurité politique et économique, la question de l’identité est très importante. Et l’identité, la culture et l’art sont liés. Il n’y a pas très longtemps, à Maputo, la capitale du Mozambique, j’ai discuté avec un groupe de garçons qui surveillaient ma voiture. Des enfants des rues, qui mentent en permanence. Et qui peut les en blâmer ? Ils ne font pas confiance aux adultes. Je leur ai demandé ce dont ils rêvaient le plus. Leur réponse m’a beaucoup surpris. Ce n’était pas d’une mère, ou d’un foyer. Mais d’une carte d’identité : un nom, une photographie, qui attestent qu’ils ne sont pas interchangeables. Avoir une identité. Cela a modifié ma perception de ce qu’est la culture.

Henning Mankel, propos recueillis par Anne-Françoise Hivert, Libération, 20 & 21 décembre 2014, N°10449.

(…) Des économies, oui, mais pas à n’importe quel prix. C’est ce que la presse britannique vient de révéler au sujet des Lords et de leur champagne. Ceux qui siègent en manteaux d’hermine et perruques à la Haute Chambre du Parlement britannique auraient en effet refusé la mutualisation de leur service de restauration avec celui des députés de la Chambre des communes. Une mesure proposée dans le cadre d’un plan d’économie visant à réduire les frais de fonctionnement du palais de Westminster, qui abrite les deux Chambres. Le motif de ce rejet ? La crainte que la qualité du champagne en pâtisse.

Guillaume Gendron, M le magazine du Monde, 20 décembre 2014, N°170.

(…) Croire que l’Allemagne n’a pas besoin de l’Europe, c’est aussi une illusion. L’Allemagne a massivement profité de l’Europe entre 2003 et 2008. Si elle a pu redresser son économie, c’est grâce aux réformes, mais aussi parce que l’essentiel de ses exportations allait vers les pays de la zone euro qui se portaient bien à l’époque. Maintenant c’est l’inverse. Je souhaiterais que l’Allemagne fasse davantage d’efforts pour renforcer sa propre croissance et créer une dynamique pour l’ensemble de l’Europe. Une grande partie des exportations allemandes sont alimentées par des importations de prestations de la zone euro, et donc aussi de la France qui est le principal partenaire de l’Allemagne. Les Allemands doivent comprendre que nous sommes tous dans le même bateau. (…) Attirer les investissements privés, c’est la clé pour plus de croissance en Europe. Même si l’on atteint seulement la moitié ou même un tiers du projet initial de 315 milliards d’euros, ce sera déjà quelque chose ! Ce premier pas (le plan d’investissement de Jean-Claude Juncker) n’exclut pas que les pays membres injectent de l’argent. J’espère que le gouvernement allemand apportera sa pierre à l’édifice. Un effort d e10 milliards d’euros suffirait à multiplier les possibilités d’investissement par dix. Il faut identifier les bons projets, mettre l’accent sur les PME et éviter la bureaucratie. Maintenant c’est aux politiques de mettre toute leur énergie pour faire de ce plan une réussite.

Marcel Fratzscher, économiste allemand, propos recueillis par Odile Benyahaia-Kouider, L’OBS, 18 au 24 décembre 2014, n°2615.

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