L’essence totalitaire, la jungle du pire, les crimes légaux, les territoires ghettos d’identité, la grille des communautés.

« Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle (…) Sous les peaux, pendant et après la vie, elle s’étendait, jusqu’à envahir les Blancs qui l’avaient cultivée. Touchait chacun d’entre eux. Les changeait et les transformait. Les rendait sanguinaires, idiots, pires qu’eux-mêmes l’eussent souhaité. » Toni Morrison.
« Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle (…) Sous les peaux, pendant et après la vie, elle s’étendait, jusqu’à envahir les Blancs qui l’avaient cultivée. Touchait chacun d’entre eux. Les changeait et les transformait. Les rendait sanguinaires, idiots, pires qu’eux-mêmes l’eussent souhaité. » Toni Morrison.

Sunday Press 56

(…) Cela ne supprime pas les problèmes posés par l’islam, mais c’est un fait que de plus en plus nombreux sont les intellectuels écrivains et artistes de confession musulmane qui prennent parti publiquement et solennellement en faveur d’une réforme de la lecture des textes sacrés contenant, tout le monde en est d’accord, des incitations claires à la violence. C’est vrai pour tous les textes religieux, dans la mesure où l’essence de la religion est totalitaire. Mais c’est un fait que la lecture du Coran et l’interprétation de certains de ses versets sont savamment manipulés par des partisans de la mort du pêcheur et de l’assassinat de l’infidèle. À partir de là, ce qu’il faut étudier, ce sont les conséquences des mesures à prendre. Il est vrai que la population musulmane en arrive à se sentir discriminée et ostracisée. On peut d’autant mieux le comprendre que les juifs ont assez souffert de ce qu’on leur attribue dans la responsabilité de tous les malheurs ainsi transformés en une malédiction. C’est ainsi, je veux dire en réagissant d’une manière irresponsable au radicalisme d’une religion, que l’on passe par glissement de la xénophobie au racisme. La solution la plus évidente, le première à mettre en œuvre parce qu’elle dépend de chacun d’entre nous, c’est d’offrir toute notre sympathie et notre aide aux réformateurs et à leur volonté de se faire entendre.

Jean Daniel, L’OBS, 21 au 27 mai 2015, n° 2637.

(…) Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle. Eaux rapides et non navigables, babouins hurlant et se balançant, serpents endormis, gencives rouges prêtes à boire le doux sang blanc. En un sens pensait Acquitté, ils avaient raison. Plus les gens de couleur dépensaient d’énergie à tenter de convaincre les Blancs de leur douceur, de leur intelligence et de leur nature aimante, humaine, plus ils s’épuisaient à les convaincre de ce dont eux, les Noirs, ne pensaient pas que l’on pût douter, et plus la jungle s’épaississait entre eux et devenait inextricable. Mais ce n’était pas la sorte de jungle qu’ils apportaient ici en venant de l’autre endroit (vivable). C’était une jungle que les Blancs avaient plantée. Et elle poussait. Elle s’étendait. Sous les peaux, pendant et après la vie, elle s’étendait, jusqu’à envahir les Blancs qui l’avaient cultivée. Touchait chacun d’entre eux. Les changeait et les transformait. Les rendait sanguinaires, idiots, pires qu’eux-mêmes l’eussent souhaité.

Toni Morrison, écrivain (Beloved), le un, 20 mai, N° 57.

(…) Définissant l’intelligence comme une machine désirante, et l’appliquant à « une démolition incessante de notre confort intellectuel » (ainsi qu’il résume le travail du philosophe Jacques Derrida), Roland Barthes dénonce la violence latente des consensus grégaires. Il retient cette leçon du théâtre de Bertold Brecht, telle le Berliner Ensemble la lui a révélée, en 1954, dans Mère Courage : « Sous la règle, toujours dénoncer l’abus. » Cette vigilance décapante se manifeste dans Mythologies, publiée en 1957, chapelet de courts chapitres qui épinglent la France petite-bourgeoise de la IVe République finissante, celle qui se reconnaît dans le programme électoral de Pierre Poujade, se tord de rire aux matchs de catch, se dévergonde aux spectacles de strip-tease. Du bifteck-frites au Tour de France, du visage de Greta Garbo à la margarine Astra, le mythe selon Barthes tient un discours faussement rassurant, adresse un message au code hypocritement innocent et dépolitisé. Lors de l’affaire criminelle Gaston Dominici, jamais élucidée, Barthes prononce un réquisitoire sans appel contre la façon dont la justice et la presse ont dessaisi de sa parole un présumé coupable peu loquace : « Voler son langage à un homme au nom-même du langage, tous les crimes légaux commencent par là. » Avant d’être un intellectuel engagé à gauche, mais toujours circonspect (« autant j’ai un attachement profond au politique, autant j’ai une intolérance au discours militant »), Roland Barthes a été un universitaire en marge.

Gilles Macassar, Télérama, 23 au 29 mai, N° 3410.

(…) Le débat politique et médiatique évoque souvent les questions d’identité comme si c’était un concept « hors sol ». Or, en France, parler identité, c’est avant tout parler territoire. Réfléchir à l’islamisme, à son combat politique, à ses prétentions expansionnistes, c’est avant tout réfléchir à des enjeux territoriaux. À l’instar du mouvement – plus anecdotique – des « bonnets rouges », qui ont fondé leur action sur l’exaltation du territoire breton, les islamistes se sont implantés en banlieue, d’où ils ont entrepris de mener une politique de conquête à petits pas. Et la décentralisation fait beaucoup pour les y aider. (…) Elle concentre trop de pouvoirs dans les mains d’élus locaux fragilisés par la crise économique et son cortège de mécontentements. Des élus sur lesquels les pressions d’électorats communautaires s’exercent plus facilement. Des élus qui s’arrangent avec un tissu associatif lentement noyauté par les islamistes – clubs sportifs, associations de femmes, etc. –, qui se proposent aimablement d’organiser le ghetto, et arrangent la pente de la démission. Petit à petit, le maire qui croit maîtriser, voire manipuler, se retrouve otage. Et si un courageux décide de s’émanciper, il perd toute chance d’être élu ou réélu. Ce sont ces distorsions-là qui font craquer la République sur ces territoires.

Malek Boutih, propos recueillis par Anne Rosencher, Marianne, 22 au 28 mai 2015, N°944.

En Guadeloupe et en Martinique, les gens ont peur d’avoir une pensée singularisée. Avant de prendre position, on se demande ce que tel ou tel groupe va penser. L’individu a du mal à se détacher du groupe. Des linguistes ont d’ailleurs remarqué que la littérature antillaise n’est pas une littérature du « je » mais du « on » : il n’y a pas l’épaisseur de la subjectivité, on parle de tout sauf de soi. Moi, lorsque j’interviens dans le débat, j’écris à la première personne et j’assume les risques (menaces, insultes) que je peux prendre. Très symptomatique de cette situation: « l’affaire Niort-Zandronis ». Début avril, Danick Zandronis [un militant indépendantiste] a attaqué l’historien Jean-François Niort [professeur à l’université de Pointe-à-Pitre] sur ses travaux sur le Code noir. Il a écrit: «N’oublie pas que tu es un Blanc France et, du côté des militants et patriotes, TOUT est perçu et analysé selon cette grille.» Il le compare à un «petit Salman Rushdie» et lui conseille d’«aller exercer ses talents hors de notre pays car il est persona non grata». Ici, quasiment tout le monde a désapprouvé, mais personne n’a osé le dire. Pourquoi? Parce que Niort est blanc. C’est comme s’il n’était pas de la communauté. Il a fallu que je me batte seul pendant des semaines avant que d’autres se joignent à moi pour dire que la position de Zandronis était inadmissible.

Jacky Dahomay, philosophe, Libération, 23 & 23 mai 2015, N°10577.

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